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Montréal, 2048. Une foule anarchique et cosmopolite fourmille le long de la rue sainte Catherine. L’armada populaire est multicolore de peau tandis que les corps sont de chair, de métal, ou bien encore métis. Homme et androïde, chacun est différent mais tous sont identiques dans la masse, individus trop pressés, croisant l’autre sans même le regarder. C’est une tourbe de bras et de jambes. D’identités.
Certains sont riches. D’autres sont pauvres. Loin du manichéisme, ils manipulent, écrasent. Grondent, se révoltent. Se soumettent ou subissent. Ignorent et se contentent d’avancer. Ils vivent, se confrontent et se répondent car cette foule polymorphe, insaisissable, est l’essence même du mouvement. C’est la danse des humanités.
De notre société.
L'archiviste // Léandre Luissier
Fonda trop gentille
1/17 : Event 2 : Le Grand Débat
1/17 : MAJ 4 + secret santa (zieute)
25/08/17 :MAJ 3 et intrigue 2
06/16 :Ouverture d'Exantrop
Intrigue — Divergence // Suite à la catastrophe de la AH exposition, des groupes anti-androides se forment tandis que les industriels essayent de séduire de nouveau les acheteurs…



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 Le musée des souvenirs amers (Asha)

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Durante Valenti
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Double-compte : Athena, Benjamin Desmarais
Surnom : Val, Dudu (...), Dante
Age du Montréalais : 30
Emploi/loisirs : Propriétaire du Festin des Morts
Portrait robot : - Ancien homme de main de la famille Marchesi, une famille mafieuse assez influente à Montréal
- Fils adoptif de Lorenzo Marchesi
- Un vrai MAMA'S BOY!!!
- A quitté sa vie de crime il y a quatre ans environ
- Adore les films, surtout les vieux films
- Fume et boit probablement beaucoup trop


L’hiver semble déjà vouloir passer. Mi-février. C’est pas croyable. Je ne peux m’en plaindre. La dernière année a défilé à une telle vitesse que je ne sais plus comment ni pourquoi j’en suis où j’en suis. Pour la première fois depuis trop longtemps, je décide de prendre du temps pour moi. Il y a une petite brume qui flotte sur Montréal en ce matin froid. Je suis rarement debout à une telle heure, mais le sommeil m’échappe. Je ne sais pas pourquoi. Mais le pourchasse pour encore quatre ou cinq heures ne m’intéresse pas. J’ai abdiqué : je me suis levé, je me suis habillé, je suis sorti. L’air plus frais que froid, la brume, la neige fondante et les quelques taches vertes éparpillées ça et là. Enfin, presque vertes.

Ma mère est partie. J’ai une journée pour moi seul, et je ne sais quoi en faire. Sur l’énorme terrasse de mon condo, je fume. Je regarde l’heure. Je soupire. Une journée. Les cinémas n’ouvrent pas encore avant un bon moment. Quoi que si je veux une bonne expérience, il faudrait que je sorte de la ville. D’habitude, en région les salles sont… traditionnelles. Peut-être cet après-midi.

Finalement, j’écrase mon mégot. La ville m’attend. Je vais aller là où je me retrouve toujours lorsque je recherche l’inspiration.

Pas la peine de prendre la voiture, je marche. Les rues de la ville ne sont pas aussi désertées que je l’aurais préféré. Cela m’étonne à peine. Montréal ne dort jamais complètement. Moi non plus, dans les faits. C’est peut-être pourquoi je m’y sens si à mon aise. Direction Place-des-Arts. Je m’infiltre dans le complexe avec un soupir. Le vent matinal était agréable et la ville souterraine est parfois si étouffante. Tant pis.

Je m’arrête dans un petit café pour un simple déjeuner : café, pâtisserie, journal. Je laisse le temps passer. Le musée ouvre ses portes bientôt. Il est peu probable qu’une foule m’y attende, mais je préfère les salles au calme. J’y serai une heure après l’ouverture. Journal lu, café bu, pâtisserie engloutie, je me remets en route.

Comme prévu, le MAC est dénué de vie. Une des employées me reconnaît. Elle me sourit. Je n’ai pas encore vu la nouvelle exposition « À la manière de… ». Je ne sais pas si elle me plaira. Je n’aime pas les nouvelles tendances artistiques. En fait, ce n’est pas qu’elle me déplaise, mais tout ce qui est numérique me laisse de marbre. Ce que j’aime ici c’est la proximité à l’art. Je ne suis pas un grand artiste, et je ne peux expliquer pourquoi certaines pièces me parlent et d’autres pas, mais je peux passer des heures dans des musées à apprécier le travail d’autrui. C’est mon plan pour ce matin : me perdre dans un monde inventé par quelqu’un d’autre : laisser mes émotions et mes pensées se faire guider calmement.

J’entreprends donc une procession lente dans chacune des pièces. Je m’arrête, j’observe, j’apprécie. Quelques employés me parlent au détour d’une œuvre. Ils me reconnaissent. Je ne suis pas venu depuis longtemps. Ils commençaient à s’inquiéter. Rires polis. Je discute avec eux. Une pièce entière est dédiée à une énorme muraille. Une mappemonde inspirée par Mondrian et Kandinsky. Des panneaux lumineux s’allument et s’éteignent, faisant partie intégrante de l’œuvre. Je prends place devant celle-ci.

Je pensais rester ici seulement quelques minutes. Cependant en m’asseyant, je pose la main sur quelque chose. Un carnet. Je regarde autour. Personne en vue. J’attends un moment, personne ne revient. Il a probablement bêtement été oublié. Il semble bien usé, le genre qu’on utilise pour faire des croquis mais qui finit toujours au fond de son sac. Les coins sont reliés légèrement. La curiosité emporte cette manche et le civisme se fait dire qu’il devra attendre son tour.

Je l’ouvre donc. Baigné dans la lumière bleu pâle de la murale, je commence à tourner les pages une à une. J’observe avec attention. C’est mieux que ce que je pourrais faire, c’est certain. Il y a une attention aux détails impressionnante et le coup de crayon est assuré. Surtout des portraits. Des croquis. Probablement de gens que l’artiste a croisé. Je me monte une histoire dans ma tête. Je ne sais pas pourquoi. Je regarde les dessins et je les fais vivre quelques minutes. J’imagine leur passé, la situation, leur avenir, je me plais à imaginer leurs noms… comme c’est stupide.

J’étais sur le point de remettre le carnet à sa place quand je vois ce croquis. Quelqu’un que je connais. Que j’ai connu. Que je n’ai pas vu depuis des années. Je la pensais morte. Je fronce des sourcils, je secoue la tête. Je regarde avec plus d’attention, il y a relativement peu de détails de l’environnement.

Je pose le carnet sur le banc à nouveau. Je me perds. Tout est en sourdine un moment. Comme face à une réalisation aussi soudaine que brutale. Je remarque à peine le changement d’éclairage. La présence d’autrui. Le retour de l’artiste…
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Aramis Asha Atkins
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Surnom : lil wolf
Portrait robot : ♙ 23 ans (19/12). Originaire de Russie. Papa Américain. Maman Russe. Orphelin. Témoin de l'assassinat de ses parents mais trop jeune pour s'en souvenir réellement, hanté par quelques échos de la scène.

♙ Artiste de toile, de papier ou de rue. Mémoire photographique. Prudent, n'accorde que peu sa confiance. Paradoxalement peu confiance en lui sur beaucoup de domaines.

♙ Yeux gris, cheveux très pâles. 1m79. 72 kg. Solide et endurant, rapide. Bonne résistance aux coups durant un combat, tendance à en pâtir après.

♙ Parle en #3AA6AC (+ italique pour l'anglais).


Asha ne se fait pas d'idées, il sait parfaitement quand une journée commence mal et c'est le cas de celle-ci. En plus d'avoir mis plusieurs trop longues heures à s'endormir la veille au soir, il n'avait pas cessé de se réveiller, tremblant sur des cauchemars, les poings serrés sur les draps et le souffle court, pour passer finalement dans son hamac après deux autres heures de vide. Il avait rejoint Morphée juste un petit temps encore, tiré de nouveau de son sommeil par un rayon de soleil venu chatouiller sa peau dès l'aube arrivée. Il avait du abdiquer il faut bien le dire, s'était mis debout, douché habillé, avalé son petit déjeuner non sans avoir réussi à coller par terre la bouteille de lait et du coup avait du tout nettoyer, puis il s'était résolu à sortir. Vraiment pas un bon départ.

"Votre monnaie monsieur." Il a la tête ailleurs et son regard (souligné de cernes) fixé plus loin, sur les premières personnes qui déambulent déjà dans les galeries suite à l'ouverture du Musée d'Art Contemporain. Il sait pas vraiment pourquoi il est venu là, peut-être par besoin de calme, mais ce qui est certain cependant c'est qu'il n'a pas oublié de prendre son carnet et ses crayons. "Monsieur !" Ça s'agace à sa gauche, il cligne des yeux et s'arrache à ce qu'il observait, les lèvres entrouvertes sur un "oui ?" qu'il abandonne dès qu'il remarque que c'est lui qui est en tort et qu'il gêne en plus. Il récupère donc rapidement sa monnaie qu'il glisse dans sa poche et s'empresse de traverser les pièces pour trouver celle qui l'intéresse.

A vrai dire elle n'a rien de vraiment différent des autres, c'est juste celle dans laquelle il se sent le mieux, et il s'installe sur l'un des bancs, sort ses affaires.

Aussitôt ses doigts s'empressent de faire courir sur le papier le crayon de papier avec lequel il esquisse les visages qui passent. Quelques instants de la vie d'inconnus qui ne font pas assez attention à lui pour remarquer, de simples secondes éphémères inscrites dans son esprit dès qu'il les englobe d'un regard. Oui, quelques secondes, il n'a besoin que de ça pour qu'une image vienne s'ancrer sur sa rétine, et ses mains alors se mettent en mouvement, jamais pressées toujours sûres d'elles. Il s'attarde sur un vieil homme au regard triste. Sur une femme. Sur l'un de ces gosses modernes avec une tablette dans la main qui sait même plus regarder le monde.

Sale gosse. Asha relève les yeux et remarque qu'il a perdu quelque chose et ça le fait grimacer, par réflexe il pose le carnet sur le banc avant d'aller ramasser la chose. Ça n'est rien qu'un porte clé et le blond grimace (foutue journée décidément !) et se précipite à sa suite.

Sauf que le gamin n'est plus là et qu'il est comme un imbécile planté au milieu du passage.
Il doit de ce fait parcourir plusieurs salles pour le retrouver.

Une fois le porte clé rendu à son propriétaire il retourne à son banc mais y a un homme dessus. Et le carnet qui a bougé. Il fronce le nez, les sourcils, s'approche à pas mesurés et discrets. "Are you okay ?" En temps normal il aurait attaqué, parce qu'il est de ceux qui n'aiment pas qu'on touche à ses affaires. Pourtant, parce qu'il a l'air chamboulé et qu'il ne s'est pas barré avec, Asha ne s'y autorise pas et récupère simplement son bien d'une main rapide. "Vous semblez avoir vu un fantôme." Il reprend le français parce qu'il s'est juré de faire des efforts même si définitivement ça n'a pour lui rien de naturel.
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Durante Valenti
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- Fils adoptif de Lorenzo Marchesi
- Un vrai MAMA'S BOY!!!
- A quitté sa vie de crime il y a quatre ans environ
- Adore les films, surtout les vieux films
- Fume et boit probablement beaucoup trop


Aucune surprise dans sa réaction. Je n’ai en rien caché que j’ai pris le carnet. Je n’ai fait aucun effort pour le poser sur le banc avec le même angle. J’aurais pu. Je sais porter attention aux détails. Cela n’était pas nécessaire. En fait, je ne pensais qu’il reviendrait. Sa voix me frappe comme un coup de batte en pleine tête. Je pense que je recule même un peu quand il me parle. Ce n’était pas les mots ou même sa voix. C’était… cet inévitable retour à la réalité. Pendant quelques secondes (ou quelques minutes), je me suis égaré. Je me suis retrouvé des années plus tôt, avec cette femme que je n’avais vu depuis si longtemps. Et une partie de mon esprit ne voulait revenir à la réalité, préférant s’éterniser dans ce moment qui, malheureusement, m’a filé entre les doigts. Je remarque à peine qu’il me parle en anglais, puis en français. Ces deux langues me sont tout autant familière et cohabitent dans mon esprit. Je ne mentirai pas : l’anglais me vient plus facilement. Mais je respecte son choix. Cela m’indiffère.

« Un fantôme…? »

Je suis encore sous le choc. Je secoue la tête lentement. La lumière dominante de la pièce change encore une fois. Elle devient jaune. Dans une autre situation, cela pourrait paraître léger. Mais pas pour moi. Pas en ce moment. C’est simplement un rappel au monde réel. Un appel que je ne peux ignorer.

« Oui, on peut dire ça. »

Je pourrais l’ignorer. C’est évènement n’en serait un autre que je jouerais en boucle, de temps à autres… dans un moment d’ennui. Mais, non… je veux savoir, je dois savoir. Ainsi, je me reprends. « J’en comprends donc que c’est ton carnet? » Je le tutoie. Aucun intérêt à être formel avec lui. Je pourrais l’être, mais ne pas l’être ne m’engage à rien. Je me sens vieux, encore une fois. Peu importe.

La question est purement rhétorique. Arriver à cette conclusion n’était pas difficile. Je m’attends à ce qu’il comprenne que j’aie déjà tissé ce lien. « Il y a un dessin… je me demande de quand il date. Et où tu as bien pu voir son sujet. »

Je lui souris un peu. Ce n’est pas mon air naturel. Mais je me fais engageant. Je ne veux pas l’effrayer, ou l’ennuyer, avec mes questions. Je voudrais des réponses et je ne le connais pas encore assez pour savoir quelle approche va marcher le mieux. Alors il vaut mieux rester poli, bien qu’informel, et ne pas exiger quoi que ce soit.

[Edité parce qu'il manquait un bout à la dernière phrase.]
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Aramis Asha Atkins
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♙ Parle en #3AA6AC (+ italique pour l'anglais).


Un battement de cils.

Juste une petite seconde il l'observe Aramis cet homme au visage marqué par l'âge et la fatigue, et aussi par ce petit autre chose sur lequel il ne pose pour le moment aucune hypothèse. Il inscrit chaque détail dans sa mémoire, la courbe de la mâchoire, la forme du nez, les pattes d'oies au coin des paupières et cette lueur au fond des yeux, s'attarde sur la couleur du regard et puis s'enfuit sur celle des lèvres avant de reporter son attention sur lui, l'homme tout entier et plus seulement quelques morceaux dissociés. L'être humain et plus un sujet d'Art dont il couchera certainement les traits sur une feuille dès qu'il en prendra le temps, une fois rentré chez lui, ce qui n'est plus un projet immédiat. Qui serait-il après tout pour le laisser là et filer à toutes jambes vu la façon dont l'homme a l'air bouleversé ? Un garçon lambda pour sûr, lové dans l'égoïsme de la société actuelle et incapable de se préoccuper des autres, ce que parfois il se refuse à être. C'est pourtant pas par excès de gentillesse, Asha a seulement du mal de temps en temps à passer outre le malheur quand il se trouve devant son nez, après tout ça ne lui coûte rien.

Alors il s'assied sur un petit bout de banc. Ses anthracites interrogent, curieuses, quand ses lèvres ne prononcent rien, un silence pour l'encourager à continuer. Et ça l'agace pour sûr de ne pas avoir une réponse dans la seconde, pourtant son visage habilement reste de marbre et il attend, sans parler, confirmant simplement par un hochement de tête qu'il est bien propriétaire du carnet. Il n'y a pas besoin d'extrapoler et d'y passer des heures, son attitude l'a parfaitement prouvé lorsqu'il s'est empressé de ramasser son bien, mais surtout il veut savoir, comprendre.

Sauf que pour ça il doit attendre que l'homme se décide à lui en dire plus.

Il laisserait presque échapper un soupir de soulagement lorsque c'est le cas, au lieu de le faire pourtant il se rapproche un peu et ouvre le calepin sur les dernières pages, synonymes des derniers jours passés. Faut dire qu'il est plutôt habitué aux paysages en perspectives inattendues lui qui aime à courir les toits pour y peindre horizons et buildings d'une ville qui ne dort jamais ou souvenirs d'une terre natale qu'il a quitté pour échapper à des échos trop douloureux. Mais là n'est pas la question et il pose l'objet sur les genoux de cet inconnu complètement torturé par ce qu'il a vu.

"Which one ?"

Il penche la tête et puis se sent obligé d'ajouter quelques précisions histoire d'éviter l'habituel regard surpris ou moqueur de celui qui pense que son aide est vaine, ce qui est loin d'être le cas. Ça fait bien des années qu'Aramis lui même ne sous estime plus sa mémoire.

"Je me souviens de chaque dessin. Quand je l'ai fait, où, à quelle heure de la journée. Alors je peux vous aider je pense."

Son accent est quelque peu à couper au couteau et il se prend à espérer que l'adulte comprendra tout ce qu'il a voulu lui dire. C'est qu'il fait des efforts pour articuler correctement quand il y pense mais ça reste compliqué et pas du tout systématique. Pour autant ce n'est pas un complexe puisqu'il maîtrise parfaitement l'anglais et le russe, des avantages non considérables qui lui permettent de communiquer correctement si cette troisième langue pose problème.

HRP:
 
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Durante Valenti
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Ça ne m’embête pas qu’il prenne son temps. Je connais les artistes. Ils vivent dans leur monde. Ils vivent à leur rythme. De toute façon, qu’ai-je d’autre à faire en ce matin précis? Rien, justement. Une journée pour profiter de la ville, pour profiter du fait que je ne suis plus pauvre. Si ce dessin ne m’avait pas interpelé, je serais passé à une autre salle. J’aurais poursuivi mes observations. Dans une autre vie, peut-être, aurais-je été un artiste. C’était quelque chose que j’aurais voulu. Mais je me suis souvent fait reprendre : ce que tu fais est une forme d’art, Durante… ce n’est pas à la portée de tous. Que de la merde.

J’aimerais fumer en ce moment. Pour cet inconnu, ce n’est probablement qu’un visage, un amalgame de formes et de lignes se bousculant, sans histoire, sans passé. Comment pourrait-il savoir? Un ombre traverse mon regard, traverse mon esprit. Est-ce que je veux vraiment ouvrir cette boîte de Pandore? Que ferai-je de cette information? En général, je laisse le passé dans le passé, mais…

Un hochement de la tête pour signifier que je comprends. Il n’a pas à s’inquiéter de mon cheminement mental. Il n’a pas beosin de savoir ce qui me trouble. Je me fais ben, normalement, cela ne se discernerait pas sur mon visage. Une page tour. Une autre. Surtout des bâtiments, des paysages. Son style est impressionnant, et les plans de vue sont presque troublants.

Je lui explique, d’une voix neutre, rauque. « C’est une femme, peut-être fin quarantaine. Sur ton dessin elle avait un foulard dans les cheveux avec des boucles d’oreilles circulaires assez imposantes…» Je lui montre la taille en formant un cercle avec mes index et mes pouces. « Un regard triste et sombre… on dirait qu’elle est sortie tout droit d’un vieux film… elle avait un manteau long et une robe style dépassé… tu n’as pas dessiné ses pieds par manque de temps ou d’espace? »

J’ai une bonne mémoire mais j’ai l’impression de ne pas m’être arrêté sur les détails, ou du moins sur les bons détails. J’étais trop concentrer sur son visage, sur ses mains aux doigts longs, la tristesse très bien démontrée dans son dessin.
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Aramis Asha Atkins
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Aramis ne bouge pas. Lové dans le silence et dans l'attente il se fait discret, ne parle plus, avale l'air en gorgées basses pour ne pas perturber, ne pas remuer l'inconnu plus qu'il ne l'est déjà. Il a l'habitude de toute façon de s'effacer, se faire oublier pour une minute ou même plusieurs heures, mais toujours il observe, jamais il perd son temps, note les détails auquel il s'accroche, tout ce qui semble important. La présence d'un cheveu blanc. La teinte d'un iris. La tristesse brisant le masque que beaucoup s'imposent. Le mouvement des lèvres à chaque mot. Et les expressions, chaque geste. Tout ce qu'il peut imprimer comme une carte d'identité. Car si l'homme n'est encore qu'un inconnu sans aucun nom, il a désormais une place dans son esprit, un tiroir rien qu'à lui où Aramis rangera tout ce qu'il sait de lui à partir de maintenant. Comme la description de cette femme par exemple, dont il se souvient d'ailleurs parfaitement. S'il n'a pas dessiné ses pieds ? Sans intérêt, ce n'est pas ça qu'il voulait mais la tristesse dans son regard à elle aussi, ce look un peu particulier qui lui allait à merveille, et toutes ces petites choses qui la rendaient comme elle lui semblait être sur le coup : Unique. Malheureuse. Ô combien oui.

"Par manque d'intérêt. Ses chaussures étaient banales et mornes et ce n'était pas ce qui m'intéressait chez elle."

Gris, si gris ses yeux et pourtant emprunts de cette lueur vive et belle quand il les pose sur ses dessins et puis sur l'homme. Ils ont ce côté quelque peu dérangeant certainement parce que ce n'est pas une couleur à laquelle on est habitué, et pourtant... Son père paraît-il avait les mêmes, il ignore si c'est vrai mais c'est ce qu'on lui a dit tout ce temps chez son grand père, "tu as les mêmes yeux que ton père.". Et qui après tout aurait mieux pu lui parler de lui que cet homme qui l'avait élevé ? Il était le dernier, ses autres grands-parents n'ayant visiblement pas eu la bonté de venir le chercher alors qu'ils auraient pu, manque d'argent paraît-il, valait mieux pour lui qu'il soit en foyer. Foutaises, pourtant s'il leur en a voulu il peut sans aucun doute comprendre, quoiqu'il aurait aimé passer les voir avant de partir. Leur poser des questions, demander un tas de chose à propos de sa mère. Ils avaient été les seuls à vraiment l'avoir connu. Sauf que le jour où il avait frappé à la porte il n'avait trouvé qu'un silence de Mort malgré la voiture garée devant le minuscule garage.

Comme si la Faucheuse en personne était venue les visiter alors qu'il n'avait jamais été qu'un enfant malheureux, brisé par la vie et par la Mort et par tout un tas d'événements. Étranglé par la solitude et tout ce qu'il n'avait jamais pu savoir, tout ce qu'on n'avait jamais voulu lui dire. Mais bon, ce n'est pas la question et il secoue la tête comme pour se sortir de ces pensées et souvenirs dans lesquels il refuse de replonger.

"Elle était ici ce matin." Ça tombe comme une sentence mais il ne peut pas le lui cacher, après tout il le lui a dit non, qu'il va l'aider ? Qu'il va l'aider parce qu'il le veut mais surtout parce qu'il le peut. "Elle faisait que passer mais elle a attiré mon regard. C'était y a quoi... une heure ? A peine. Elle est peut-être toujours ici." Et il sait pas pourquoi mais il se sent obligé de venir poser sa main sur l'épaule de l'homme pour la presser légèrement entre ses doigts. "Vous voulez... qu'on aille la chercher ? Il est probable qu'elle soit toujours là, non ?"

Ça brille toujours dans son regard la vie et aussi la curiosité. Et s'il ne pose pas de question, il est prêt à partir avec lui pour la chercher cette femme, louipot prêt à partir sur les traces de sa proie. Il n'y a rien de plus excitant que la traque non après tout ? Tout comme résoudre les mystères du monde, les mystères des Hommes et d'un seul actuellement.
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Ici? Au musée? Je sens mon cœur qui manque quelques temps. Pourquoi suis-je si nerveux? Elle ne m’est pas intimement liée. La revoir ne changera pas ma vie. Elle ne me parlera probablement pas. Elle a coupé les ponts avec les Marchesi de façon bien claire, contrairement à moi. Mais de savoir qu’elle est en vie, qu’elle va bien, qu’elle prend le temps d’apprécier ces choses fines dont on a profité dans l’insouciance de l’adolescence.

Je passe nerveusement ma main dans mes cheveux courts. Ma bague dorée se prend dans mes cheveux et je fais une grimace. Aucun lien avec la conversation. Mais quiconque sait lire un humain saura reconnaître l’hésitation sur mon visage. Je passe mes doigts sur mon menton, pensif. D’un côté, j’aimerais m’assurer que la vie la traite bien, savoir pourquoi elle est partie, savoir ce qu’elle devient… d’un autre, je doute qu’elle ne veuille me voir, après tout, elle s’est donné toute une peine pour disparaitre sans laisser de trace.

Ce garçon me semble un peu étrange. Qui offre son aide de cette façon dans une époque comme la nôtre? Sans rien attendre? Par ennui…? Son accent ne ment pas, c’est un étranger. C’est un artiste. Pourquoi je questionne chaque détail? Une vie de crime (même organisé) m’a appris à rester sur mes gardes. Mais est-ce vraiment utile ici?

Ici. Ce matin. Ces mots résonnes dans ma tête, comme une boucle qui ne veut s’arrêter. Je sais que j’ai peu de temps avant de commencer à paraître bizarre. Je ne veux pas étayer ma vie devant lui. Mes dilemmes sont les miens seulement.

« Mmh… » Je garde un air froid. Peut-être sait-il lire dans mon regard que quelque chose traverse mon esprit. Je ne sais pas. Je ne veux pas le savoir. Je regarde ma montre. Une heure. Il y a une heure. C’est effectivement possible qu’elle soit encore ici. Peu probable, mais possible. « Oui, pourquoi pas. »

Je réponds finalement. Peut-être que je me laisse entraîner par la candeur de l’artiste. Après tout, il semble encore si jeune et son regard encore si vif. Tout l’inverse du mien. Un regard perçant, lourd, dans lequel les heurts du passé sont marqués à jamais. Je trouve bizarre qu’il touche mon épaule ainsi. Grave? Non. Étrange? Un peu. Je me tends, mais cela ne dure qu’une fraction de seconde. Ma vie d’avant est encore gravée dans mon corps et dans mes réflexes. Heureusement, le travail au public m’a habitué à ce genre de contacts même avec des étrangers.

« Elle aimait vraiment les œuvres d’Alfred Pellan... c’est un point de départ comme un autre… » Elle pouvait passer des heures dans cette seule pièce. Je ne sais pas si c’est le cas, je ne sais pas si elle y est retournée.

Je me lève pour faire face au jeune artiste. Je lui souris, enfin. Mon sourire trahit peut-être un peu mon âge. Tant pis. « Je m’appelle Durante. Enchanté. » Je lui tends la main. Aussi bien s’embêter de formules d’usage si nous sommes pour passer même un peu de temps ensemble. Peut-être fera-t-il de même. Peut-être pas.
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Aramis Asha Atkins
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♙ Yeux gris, cheveux très pâles. 1m79. 72 kg. Solide et endurant, rapide. Bonne résistance aux coups durant un combat, tendance à en pâtir après.

♙ Parle en #3AA6AC (+ italique pour l'anglais).


L'homme hésite. Asha ne remue pas. Il s'est de nouveau tu et il attend, il attend une réaction, une réponse, quelque chose en oui ou bien non qui leur dira s'ils continuent ensemble ou reprennent deux routes éloignées, lui dans ses dessins et l'autre... et bien il n'en sait rien, il a ses propres affaires sans nul doute et même si ce n'est pas le cas et qu'il décide de se morfondre dans ses souvenirs ce n'est certainement pas lui qui l'en blâmera. Après tout qui sont-ils l'un pour l'autre hormis deux parfaits étrangers ? Aramis n'a jamais prétendu vouloir obtenir une quelconque influence sur sa vie, bien loin de là, et ce n'est pas non plus ce qu'il recherche en essayant de l'aider. Après tout c'est de sa faute non s'ils en sont là ? Il n'avait qu'à pas la dessiner elle et n'aurait pas dû non plus oublier son carnet, et dans ces cas là, s'il avait désiré se débarrasser de cet inconnu, il aurait pu le faire dès le départ, récupérer son bien et s'en aller. Ça n'aurait pas été très difficile, il aurait suffi de se laisser happer par les personnes présentes pour disparaître et ils ne se seraient jamais revus, fin de l'histoire pour eux. Or il est resté, et s'il veut l'aider c'est peut-être un peu par inquiétude pour lui, par gentillesse également.

Il y a des jours comme ça où il a beau tout faire pour rester hors du monde ça semble complètement impossible, il se passe une simple chose, un événement qui chamboule tout et le ramène de force aux autres. Alors il doit s'ouvrir à eux au lieu d'être lové dans sa tête et des fois c'est pas désagréable, ça peut aller. Si ça avait été le cas encore une fois il s'en serait allé mais non, il est là, c'est comme ça. Et dans sa tête il note les informations (sans trop de peine) que donne son inconnu du musée.

Alfred Pellan hm ? C'est un point de départ en effet alors autant commencer par là s'ils veulent avoir une chance de la trouver. Et étonnamment, même si Asha ne la connaît pas cette femme, il voudrait vraiment pouvoir poser la main dessus, rendre à l'homme son sourire ou quelque chose comme ça, le voir régler ses comptes avec ce qu'il imagine être un bout de son passé. Est-ce le cas ? A en voir la tristesse dans le regard et la consternation dont il a fait preuve c'est fortement possible même si pour le moment il n'arrive pas à en deviner plus. Puis à vrai dire il n'en a pas envie – même si pour d'autres ils ne se gêne absolument pas, relever les détails et analyser c'est son truc après tout, il adore ça, laissant son cerveau décrypter sans problèmes les situations qui s'offrent à lui. L'un de ses atouts principaux en combat pour sûr en plus de sa rapidité à réagir et sa façon de bouger, d'esquiver, de renvoyer les coups sans trop peiner. Parce qu'il n'est peut-être pas des plus surprenants dans sa façon de frapper mais il a une foutue endurance à toute épreuve le blond. Enfin, là n'est pas le sujet et au lieu de penser à tout ça il revient à l'homme.

Durante. Il lui saisit la main. D'abord sans penser à répondre par son prénom. A vrai dire il se rattrape après quelques secondes et un léger rougissement sur le coin des joues malgré tout (chose rare). "Aramis." Il attend le sourire moqueur ou l'incrédulité devant un prénom pareil, c'est pas comme s'il avait pas l'habitude, les autres gosses étaient pas tendres avec lui à ce propos à l'orphelinat et même dans la Meute ils ont souvent esquissé des prémisses de raillerie que l'Alpha faisait taire d'une parole sèche quand ils ont eu vent de son prénom. Parce que les loups se moquent pas des leurs. Heureusement personne ne l'appelait ainsi car pour tous il était Asha ou juste Loup. Ça lui allait bien comme ça. Encore aujourd'hui il a envie de juste donner ça pour son identité, Loup, parce qu'au fond c'est ce qu'il est, loup égaré loin de sa meute disloquée sous le meurtre de leur meneur. Loup blanc solitaire.

"Dépêchons-nous. Si elle est toujours là on la trouvera, croyez-moi." Il lui sourit, convaincu qu'ils y arriveront. Au moins ils essaient, c'est l'essentiel non ? Il lui jette un regard. Curieux. "Ça fait longtemps qu'elle est partie ?" Était-ce une histoire d'amour ? Amitié ? Il ne sait pas, il cherche, se questionne. Mais ces choses là ne se font pas non ? Il s'en moque, si Durante veut qu'il se taise il n'aura qu'à le lui dire, en attendant lui il interroge. "Vous avez l'air d'avoir tenu à elle." Sa voix est basse, tranquille, et si faire la conversation pourrait le déconcentrer de ses recherches ce n'est pas le cas puisqu'il laisse ses yeux courir sur les différentes personnes qui croisent leurs chemins. Du coin d'un œil il repère des chaussures qui pourraient être les siennes, qui sont les siennes à vrai dire, mais quand il relève le museau ce n'est pas le cas et dans sa tête ça le fait râler. Sans intérêt les chaussures, il l'avait dit non ? Trop communes pour être elle, comme un cadeau que l'on reçoit et qu'on se force à porter pour ne pas blesser. Les mêmes aux pieds d'une autre femme. Par réflexe il les pointe d'un doigt, comme un gamin. "Elle portait ce modèle dans cette même couleur."

Sacrée mémoire qu'il a là Asha.

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Le musée des souvenirs amers (Asha)
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