Encourage la rébellion

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CHRONOSREP

Wanted

Montréal, 2047.

Une foule anarchique et cosmopolite fourmille le long de la rue sainte Catherine. L’armada populaire est multicolore de peau tandis que les corps sont mécaniques, de chair ou métis. Homme et androïde, chacun est différent mais tous sont identiques dans la masse, individu désintéressé et trop pressé, croisant l’autre sans même le regarder, les yeux rivés sur les vitrines ou sur son nouvel objet connecté et déjà démodé.

C’est une tourbe de bras et de jambes. murmurent certains. Toutes ces conneries, ça sera la mort de l’être humain ajoutent d’autres. Vous n’y êtes pas , renchérit un dernier, cette foule polymorphe, insaisissable, c’est la vie, le mouvement, le progrès.

C’est la danse des humanités.


Plus?
Intrigue
Event 1 : Convergence [lien] - Quinzième édition de la Robotic for humans Exposition. La foule abonde mais tout se passera t-il bien?
Léandre Luissier ▬ admin
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Grim ▬ modo
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We need you !

▬ 12/03/17 : V2, intrigue 1.
▬ Ouverture d'Exantrop le 23/05/2016

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 Le jeu des probabilités [Priam]

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Grim
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- Philosophe
- Adore les livres et les contes
- Détraqué
- Fou
- Méchant
- Possède deux poissons rouges
- Possède un capital choupitude profondément caché
- Dealeur option marchandage possible
- Intelligent
- A l'air très humain, sa condition d'androïde ne saute pas aux yeux.

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Il serrait la carte entre ses doigts, la tournait et la retournait dans tous les sens à tel point que le coin se déchirait. Il faisait nuit. Il était tard. Et il pleuvait. Malgré ça Grim se tenait là, devant la grande maison à l'adresse indiquée sur la carte.
Elle ne ressemblait pas aux autres du quartier, trop moderne, trop ... Trop futuriste peut-être. Sûrement l'avait-on construite à l'écart pour cette raison.. Elle était plutôt jolie vu de extérieur. Et elle avait dû coûter très cher, le quartier n'était pas donné. Ainsi, l'homme du métro appartenait à la classe aisée. Pas très étonnant à bien y repenser. Il était instruit, bien habillé, en bonne santé, forcément qu'il possédait les moyens pour ce train de vie.

Grim n'avait cessé de repenser à leur discussion de ce jour-là. Encore et encore. Nuit et jour. Elle l'obsédait, les mots tournaient dans son esprit sans arrêt au point de lui donner "la migraine" si tant est qu'il puisse ressentir cela. En tous cas ça avait provoqué quelque chose. Il n'arrivait pas à savoir quoi alors le mieux restait devenir ici et d'élucider ce mystère. Mais la décision ne fut pas simple à prendre. Plusieurs fois il était passé dans le quartier sans s'y attarder. Plusieurs fois il était venu repérer les lieux, observer la maison de loin et ses lumières allumées ou éteintes selon le rythme de vie de son occupant. Ou ses occupants. Ça il n'en savait rien. Cet homme avait-il une famille ? Une femme et des enfants ? Un chien, un chat ou un hamster ? Un poisson peut-être ? Des androïdes ? Quelle tête ferait-il en voyant débarquer l'inconnu du métro devant sa porte ? Allait-il lui tendre un piège ? Allait-il appeler la police ? Allait-il le capturer et l'emprisonner pour ses recherches ? La curiosité mêlée à ses angoisses n'avaient eu de cesse de repousser ce moment où finalement l'artilect s'était rendu devant le portail du jardin.

Il pleuvait ce soir là et Grim ne sentait pas l'eau qui coulait de ses cheveux noirs sur sa peau jusqu'à imbiber ses vêtements. Sa chemise blanche virait au gris et collait à ses bras et ses épaules. Son jean fonçait à mesure que l'eau imprégnait le tissu. Il n'avait pas de sacoche, pas de téléphone, rien de plus que la carte qu'il faisait tourner dans sa main. Cela faisait bien une heure qu'il était ainsi, immobile. Plus peut-être ? Il ne comptait plus. Heureusement qu'il était tard et que personne ne se pressait dehors par ce temps, sans quoi on aurait pu facilement croire à un rôdeur venu en repérage. Ou à un fan particulièrement tenace du propriétaire de la maison. Parce qu'il était une star. Grim l'avait vu à la télé. Il s'était intéressé soudainement à cet homme qui avait percé son secret. Il lui fallait des réponses, des indices sur la nature de cet être. Il lui fallait de quoi l'analyser. Mais il n'y arrivait pas.

L'androïde inspira longuement sans que cela ne lui fasse rien, mais il avait copié ce tic des humains. Puis il expira, fit un pas, un autre, et doucement poussa le portail du jardin.Les arbres et les buissons n'étaient qu'une masse d'ombres informes, presque effrayantes. Il n'y prit pas attention. Ce ne fut qu'une fois arrivé devant la porte, sous le porche, qu'il s'arrêta à nouveau. Maintenant il suffisait d'appuyer sur la sonnette. Un geste simple. La suite en revanche regorgeait de tellement de possibilités que l'androïde ne pouvait toutes les envisager.

Il ferma les yeux, inspira encore une fois. Priam devait dormir. C'était plus que probable même. Surtout à cette heure. Il était quoi ? Une heure du matin ? Plus ? Grim leva la main et appuya sur la sonnette du bout du doigt. Son bras retomba le long de son corps tandis qu'il dardait ses iris sombres sur la porte. Pourquoi l'avait-on rendu si humain ? Est-ce que cet homme aurait la réponse ? Est-ce qu'il en ferait un allié ? Il secoua la tête pour tenter de chasser toutes ces questions parasites. La porte s'ouvrit sur de la lumière, et sur une silhouette. Les gouttes d'eau tombaient rapidement des pointes des cheveux sur le paillasson. Un chien mouillé, voilà sans doute à quoi ressemblait Grim. Heureusement qu'il ne pouvait pas tomber malade, ni rouiller.

- Vous avez dit que je pouvais venir quand je le voulais.

Pas de bonsoir. Pas d'excuses pour débarquer à cette heure de la nuit. Pas de poignée de main. Rien de plus qu'une méfiance qu'il ne cherchait même pas à dissimuler. Il n'y avait personne pour les entendre. Et Priam savait, alors à quoi bon le cacher davantage ?

- Je suis venu...

Et maintenant ?
Le champs des possibles venait d'éclater dans l'esprit de Grim. Mais une chose était certaine : il aurait bien du mal à dissimuler un corps d'une telle corpulence si la chose devait arriver.


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Priam Mansaa Sulaymaan
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le jeu des probabilités - grim
Trop de soirées séries tuaient les réserves de Ben&Jerry's, et Priam raclait le fond du pot king size avec sa cuillère en espérant retrouver le goût de brownie qui avait jusqu'alors accompagné sa solitude toute relative. Arès, le premier à avoir couru sur le canapé lorsqu'il avait fait rentrer les chiens après que la pluie ait commencé à tomber, posait sa tête sur son épaule et léchait parfois l'oreille de son humain. Priam attrapait son museau et l'en retirait fermement. Il n'était pas naïf au point d'ignorer le goût des chiens pour les bonnes choses, mais il faudrait lui passer sur le corps pour effleurer de la langue la Ben&Jerry's. Parfois Priam lui jurait dessus quelque imbécillité bien plus amusée qu'agacée. Il était bien trop bonne poire pour laisser les huit dobermans dehors par ce temps, et son bon coeur le perdrait.
Presque une heure et il faudrait couper court au programme d'insomnie pour travailler. Il avait laissé des notes à rédiger pour les deux prochaines semaines au bas mot et son manque de motivation n'avait d'égale que celle qui poussait Arès à toujours espérer. Priam le repoussa en pouffant et s’affala à nouveau sur les coussins.

Le bruit de la sonnette à cette heure tardive fit relever la tête aux neuf résidents du salon. Deux des chiens, parmi les natures les plus inquiètes, se hissèrent sur leurs pattes, les oreilles dressées ; Priam les somma de garder leur calme en fronçant les sourcils. Personne de ses connaissances n'osait l'importuner la nuit car toutes savaient qu'il était temps pour lui de se mettre au travail. Personne de raisonnable ne viendrait maintenant le visiter. Il oublia tout à fait les caméras de surveillance qui filmaient les entrées de la maison et alla avant toute chose vérifier qu'aucun clignotement rouge et bleu ne soit visible par les fenêtres. S'il lui arrivait malheur, Jean-Nicolas avait signalé Priam comme un proche à prévenir. Au moins pouvait-il se rassurer d'une chose.
La porte n'était jamais verrouillée, et Priam l'ouvrit ; certes avec une inquiétude qui lui était peu commune, mais aussi avec une lumière chaleureuse comme auréole et la tête toute intriguée d'Arès contre la cuisse. Il le reconnut immédiatement, oui, et en perdit son latin un instant. Sa première pensée fut pour son nom qu'il avait du mal à retrouver. Le nom d'une plante, voilà tout.
Il en oublia que son visiteur attendait sous la pluie ; seules raisonnaient ses paroles, affreusement sensées, mais surtout le sérieux du regard qu'il lui offrait, triste présent qui lui brûlait les mains et dont il ne savait que faire. Priam eut peur, les palpitations de son coeur n'en permettaient pas le doute, il les sentait sous son téton durci par l'air frais et serra le manche de la cuillère qu'il tenait toujours à la main. Il faisait un bien piètre hôte. Son sourire le ravit à son trouble et il prit le soin d'écarter Arès du chemin autant qu'il s'écartait lui-même.

- Je vous en prie, ne restez pas là, et il amorça un geste, une embrassade pour le guider à l'intérieur. Il se retint. Il s'oubliait tout à fait et pensait à Yoshitomi. Il y pensait de toutes ses forces et refusait qu'on lui enlève l'homme qu'il aimait une seconde fois - Priam ne s'en serait que trop voulu de lui faire souffrir ce mal-là.
Il ferma la porte derrière son hôte et en se murant avec lui retrouva ses manières. Il fallut tout d'abord renvoyer Arès avec les autres, qui se détendirent à l'unisson. Leur camaraderie avait toujours ému leur dresseur. Son sourire était maigre et inquiet, mais bien plus pour l'homme-plante que pour lui-même.
- Vous êtes trempé, êtes-vous étanche ? Je peux vous proposer des vêtements secs, ils seront un peu grand mais au moins serez-vous plus confortable peut-être. Il s'en souvenait, gageait-il. Valéryan, c'est bien cela ? Excusez-moi, je ne m'attendais pas à vous voir à ma porte à cette heure, haha.

Naïvement, il avait imaginé que l'homme appellerait plutôt sur son fixe, peut-être son portable, qu'ils conviendraient ensemble d'un rendez-vous, si l'envie lui prenait. Probablement manquait-il d'éducation sociale, puisqu'il s'était seulement contenté de prendre l'envie des deux mains. Priam sourit à cette pensée, et devint tout de suite plus avenant.

- S'il vous plaît, faites comme chez vous. Il l'invita d'un mouvement de la main à rejoindre le canapé, immanquablement squatté par trois dobermans intrigués par l'arrivée du nouveau venu. Oh, oui, vous... S'ils vous importunent, faites m'en part. Je conçois qu'ils ne mettent pas franchement à l'aise.



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Grim
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A en voir sa tête Priam ne s'attendait pas à de la visite à cette heure. Surtout pas lui. Les quelques instants qu'ils restèrent ainsi à se fixer parurent une éternité. Grim ne manqua toutefois pas de remarquer que l'homme avait resserré sa prise sur une cuillère qu'il tenait à la main. Il devait être en train de manger, étonnant à cette heure. Quoique, les fringales nocturnes n'étaient pas rares. Pourquoi ce geste ? A cause de la surprise ? L'androïde le passa au crible de ses iris mais n'eut pas assez de temps pour terminer son analyse, déjà l'homme l'invitait à entrer. Il obéit, prenant soin de garder une certaine distance de sécurité, à prendre note de tout ce qui l’entourait et surtout des chiens. Huit chiens. Il ne connaissait pas la race mais ne put que remarquer la similitude avec Akela, son propre chien. Un museau pointu et fin, des oreilles toutes aussi fines et assez petites, un corps souple et musclé. Grim aimait bien les animaux, mais là il ne sourit pas, ne se détendit pas. Il savait que ces bêtes lui sauteraient à la gorge pour défendre leur maître, tout comme Akela le ferait pour lui. Une donnée à prendre en compte si jamais il devait en venir aux mains. Le plus logique serait de fuir, alors lorsque Priam ferma la porte il eut l'impression que du plomb venait de tomber sur ses épaules.

La voix de son hôte le ramena à la menace la plus imminente : l'humain. Il n'était pas aussi enjoué que lors de leur rencontre. Parce qu'il était tard ? Parce que maintenant qu'il savait ne pas avoir face à lui un être de chair et de sang tout ça l'angoissait ? Ou parce qu'il savait que la nature de son interlocuteur faussait toutes ses croyances et certitudes ? Un mélange de tout cela sans doute. La question était simple, pourtant elle troubla l'androïde. Il était si concentré sur les raisons de sa venue ici qu'il en avait oublié la pluie. Il passa la main sur ses cheveux, les gouttes se firent filet d'eau qui tomba à terre. Il allait tout salir.

- Je ne crains pas l'eau. Mais je veux bien de quoi m'essuyer et me changer, sans quoi je risque d'abîmer vos sols.

"Étanche". Dire que quelques jours plus tôt ce mot n'aurait jamais été utiliser. Il y avait quelque chose d'étrange et de ... triste -?- à être ainsi rappelé à sa condition. Est-ce que Grim se plaisait à être confondu avec un humain, lui qui pourtant était si fière de sa nature ? Il secoua la tête pour ne pas y penser, pas maintenant.
Et puis il y eut ce nom qui n'était pas le sien, mais Grim hocha tout de même la tête pour confirmer. Oui, Valéryan, c'était cela. Le rire de Priam trahissait une forme de malaise. Ce n'était pas de la joie. Grim savait que parfois les humains riaient pour cacher un trouble et détendre l'atmosphère. Il y en avait bien besoin, elle était tendue. Avait-il peur ce colosse ? Avait-il peur de l'individu dans son salon ? A cette pensée l'androïde jeta un coup d’œil à la porte. Un humain effrayé faisait des choses stupides. Mais là, seul face à huit chiens et un homme certainement aussi costaud que lui, Grim ne faisait pas le poids.

- Je ne pensais pas non plus franchir le pas ce soir.

Il ne pouvait pas lui dire que cela faisait des jours qu'il l'épiait et hésitait à venir, sans quoi Priam aurait paniqué et là ... Mieux valait ne pas songer à la tournure des évènements.

- J'ai longtemps hésité avant de venir. Peut-être est-ce une erreur ...

Il avisa le canapé et ses occupants. D'abord il devait se changer pour ne pas imbiber les coussins. Grim commença à déboutonner sa chemise mais aux deuxième boutons s'arrêta. On ne faisait pas ça en public. La pudeur était un concept étranger à l'androïde, néanmoins il savait que cela comptait beaucoup pour les humains.

- Où est votre salle de bain ? Je vais d'abord me changer. Et si vous avez une serviette pour mes cheveux... Merci.

Il y avait quelque chose de très perturbant à entrer de la sorte dans l'intimité d'un foyer. Maintenant qu'il y pensait c'était la première fois que Grim se retrouvait dans un tel contexte. De quoi le perturber plus encore. Il fronça les sourcils, réfléchissant à son attitude, à ses mots, car bien évidemment il ne pouvait pas tout dire. Et puis il ne pouvait s'empêcher de ressasser, après coup, chaque parole qui sortait de sa bouche. Un mince sourire ironique étira ses lèvres car il se rendait alors compte à quel point cette scène pouvait sembler atrocement banale.

- Oh et ne vous en faites pas pour les chiens. J'aime bien les animaux
.

Là encore une phrase cruellement simple, mais qui soulevait des tas de questions lorsqu'un androïde la prononçait. Comment pouvait-il "aimer" ? Était-ce son programme qui parlait ou autre chose ? Si déjà la chose était compliquée pour Grim il comprenait à quel point cela pouvait l'être plus encore pour un humain. Cette soirée allait être longue.



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Priam Mansaa Sulaymaan
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Leur gaucherie était ridicule, et s'imaginer aussi empoté dérida tout à fait Priam. Sa garde personnelle, les yeux curieux rivés sur l'étranger, le vit gratter sa barbe d'un air amusé, bien loin de toutes formes de convention. Il s'excusa auprès de Valéryan et s'esquiva vers l'escalier de sa mezzanine, là où était sa chambre et ses vêtements.

- Tant mieux, pour les chiens, lança-t-il depuis l'intérieur de son armoire. Ils sont vraiment très gentils, mais intimidants. S'ils vous ennuient, attrapez leur museau avec votre main et guidez leur tête vers votre droite.

Il trouva un haut à manches courtes gris, sensiblement trop grand pour la carrure de son hôte mais au moins pourrait-il être à l'aise en le portant, et cherchait avec inquiétude à dénicher un pantalon à sa taille. Priam avait déjà à la main un boxer trop petit pour lui, qu'il réservait à la poubelle. Une chance qu'il ait eu la flemme d'aller le jeter.

- J'admire votre courage Valéryan, sincèrement. Pour être parfaitement honnête, je n'espérais pas vraiment de nouvelles de votre part, il aurait été plus que légitime de remettre en question ma proposition. Je... Je suis très heureux de vous voir ici. Vous n'imaginez pas combien ce témoignage de votre confiance m'est précieux.

Priam se sentait trop peu important dans l'équation pour le remercier simplement. Valéryan était un être exceptionnel, bien au-delà de sa seule nature. Rares étaient les androïdes à prendre des initiatives aussi importantes, à la fois pour leur condition et pour la réflexion humaine. Son acte était héroïque, et le pantalon de jogging qu'il avait trouvé ferait l'affaire, s'il serrait bien les lacets à la ceinture.
Il descendit l'escalier et retrouva Valéryan dans le hall. Sans plus attendre il ouvrit la marche vers la salle de bain et l'invita à le suivre d'un geste amical et d'un sourire. La pièce était au bout d'un couloir, à gauche ; la fenêtre donnait sur le jardin, mais était opaque ; impossible pour quiconque d'atteindre à la pudeur de son utilisateur.

- Voilà pour vous, déclara Priam en déposant les vêtements sur le comptoir du lavabo, en marbre impeccable. Dans ce placard vous trouverez les serviettes, les grandes sont pliées à gauche. Servez-vous.

Il lui sourit, quitta la pièce pour lui laisser son intimité.

- Je vous attends dans le salon. Voulez-vous... fermer la porte à clef ? Le loquet est à l'intérieur, vous n'avez qu'à le tourner. La porte est un peu capricieuse alors je vous le déconseille mais libre à vous d'agir à votre convenance.

Un temps, pendant lequel Priam se trouva bien idiot d'avoir manqué à réparer cette porte.

- N'hésitez pas si vous avez besoin de mon aide.



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Grim
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Son hôte fila à l'étage chercher des vêtements, le laissant seul avec les huit chiens. Grim se souvenait avoir lu quelque part qu'il valait mieux ne pas toucher des animaux inconnus, une morsure arrivait vite. Même si ceux-là semblaient pour le moins adorables. Il préféra tout de même ne pas tenter le diable et se contenta d'attendre. Au moins il éviterait de mettre de l'eau partout.
La voix un peu étouffée de Priam lui parvenait depuis les bas des escaliers. Il ne put s'empêcher de sourire cette fois, l'humain ne pouvant le voir. Un sourire ironique, presque une grimace. Pouvait-on parler de courage ? Est-ce que Grim était courageux ? Non. A bien analyser son comportement on pouvait très clairement le ranger du côté des lâches. Il avait fuit, il se cachait depuis, il mentait et n'hésitait pas à faire du mal à qui il estimait devoir en faire. Alors non il n'était pas courageux. Cette qualité là ne se trouvait que chez les gens biens.
Pouvait-on parler de confiance ? Grim ne faisait confiance à personne. Et lui-même ne se montrait pas digne d'une telle preuve d'estime. Mais dans le fond n'y avait-il pas un peu de vrai ? Après tout il était venu jusqu'ici, en pleine nuit, parler de choses qu'il préférait taire à une personne totalement étrangère. Était-ce de la confiance ? L'androïde secoua la tête. Non. C'était de la folie, rien de plus.

Priam redescendit avec un tas de linge dans les bras. Il le guida jusqu'à la salle de bain dont la porte fermait mal à l'en croire. Grim ne répondit pas, il se contentait de hocher la tête et d'attendre de se retrouver seul. Puisque cela ne servait à rien il ne verrouilla pas. C'était étrange de voir toute cette excitation chez ce colosse, on aurait presque dit un enfant à qui on venait d'offrir un nouveau jouet. Un jouet fragile cependant, dont il devait prendre soin sous peine de ne plus jamais avoir l'occasion d'y toucher. Cela rappela des souvenirs à Grim tandis qu'il déboutonnait sa chemise. Le miroir en face lui renvoyait son reflet. Il n'aimait pas trop les miroirs. Plus depuis ce fameux jour. Et puis à chaque fois qu'il s'y regardait il se souvenait de ce qu'il cherchait tant à oublier.
"T'es pas un vrai robot Grimm en vrai hein ?"
"Mais si regarde je n'ai pas de nombril."

Sa main passa sur son ventre là où normalement il devrait y avoir cette trace du lien unissant le bébé à sa mère. Absent pour son cas. C'était normal. Pourtant cela tranchait avec le réalisme qu'on avait apporté au reste de son corps, jusqu'aux poils sur ses bras, le léger reflet de ses ongles, les veines dessinées sous sa peau. On lui avait expliqué que ce souci du détail se justifiait par son rôle. Parfois il était amené à jouer les cobayes, pour montrer à ses jeunes patients que non, une piqûre ne faisait pas mal, pas plus qu'une auscultation. Une véritable maquette humaine. Si tout ça était derrière lui aujourd'hui ça ne l'empêchait pas d'être toujours un brin perturbé par ces constats.

Il enfila les vêtements secs et laissa les autres sécher sur le porte-serviette. Avec son haut large il avait l'impression de ressembler à un drap doté d'une tête. Un semblant de déguisement de fantôme, oui voilà. Cheveux secs et ébouriffés, il retourna au salon. Ce moment seul lui avait au moins permis de réfléchir aux paroles de Priam.

- Comme je vous l'ai dis : j'ai beaucoup hésité avant de venir, et je ne pensais pas faire ça ce soir. Mais j'ai ressassé notre discussion dans le métro, et quelque chose m'a poussé à franchir le pas. Ma ... ma conscience en fait.

Il soupira tout en en avisant la banquette mais préféra s'asseoir par terre et laisser la table basse entre Priam et lui.

- Ne vous méprenez pas sur moi. Je ne suis pas quelqu'un que l'on peut qualifier de courageux, ni même de digne de confiance. Je voulais simplement avoir des réponses à mes questions. Et de toutes les personnes que j'ai pu rencontrer vous êtes la seule qui semble un tant soit peut en mesure de m'en donner. C'est un acte purement égoïste et intéressé.

Autant être clair tout de suite. Que cet homme n'aille pas s'imaginer avoir face à lui une icône, un porte-parole, une aide pour révolutionner le monde.

- Vous devez avoir des questions à me poser vous aussi. Je préfère vous le dire tout de suite : je ne répondrai pas à toutes, c'est impossible, pour votre sécurité comme pour la mienne.

Et puis parce qu'il ne lui faisait pas confiance contrairement à ce que Priam pouvait croire.

- Si vous voulez bien, je vous propose de poser une question chacun son tour, ça évitera de nous embrouiller. Je crois qu'il y a un jeu comme ça, où l'on doit répondre à des questions ou réaliser un gage.

"Action ou vérité" mais pour Grim ce ne serait que vérité. Ou vérité partielle selon la question.


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Priam Mansaa Sulaymaan
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Priam profita de l'intimité qu'il avait offerte à son hôte pour aller débarrasser feue la Ben&Jerry's et éteindre la télévision. Il mit son ordinateur en veille, guida les quelques récalcitrants du canapé jusqu'aux tas de coussins qu'il avait installé spécialement à leur attention, et remonta à l'étage pour aller s'habiller. L'androïde avait fait preuve de pudeur en voulant s'isoler, et il aurait été très malvenu de ne pas respecter la sensibilité qu'il pouvait avoir en restant torse nu, qui plus est maintenant qu'ils seraient amenés à parler de sujets qui seraient importants pour lui.
Sortant de son placard un débardeur arc-en-ciel arborant les capitales « 50% homo 50% homo », un cadeau de très bon goût offert par son compagnon, Priam se demanda ce qu'un androïde qui développait une conscience à ce point aiguë de lui-même et du monde qui l'entourait pouvait rechercher à comprendre en premier lieu. Sa foi, peut-être intruse, lui soufflait des réponses probablement déjà trop profondes que son étude de l'existentialisme venait balayer, car il n'avait pas franchement d'idée sur ce qui était la priorité entre la conscience du monde et la conscience de soi. Le rapport au corps lui semblait essentiel pour commencer, mais il semblait que l'androïde ait déjà acquis une réflexion personnelle à ce sujet ; après tout, la pudeur était héritée de l'homme et faisait partie des réflexes de base concernant un androïde. Dès ses débuts, Elysée savait ce qu'était une "tenue convenable" et faisait la différence entre la vulgarité vestimentaire présumée et désignée par ses concepteurs et la nudité. Restaient le rapport à l'homme et au modèle, au monde, et à soi. Il ne savait encore rien et pourtant Valéryan le fascinait.

Il redescendit et son hôte devait toujours être occupé ; alors il s'assit sur la canapé, déposa son téléphone sur la table basse, et attendit, non sans une certaine forme d'excitation et d'anxiété.
Lorsque Valéryan lui apparut, ses nerfs cédèrent et le coin de sa bouche s'étira de le voir flotter dans un vêtement beaucoup trop grand pour lui. Il voulut s'excuser, mais n'en eut pas le temps. Il l'écouta jusqu'au bout en silence.

- Vous parlez sans doute d'action ou vérité. Le concept semble ne pas connaître les barrières générationnelles, j'y ai joué après chaque soirée trop arrosée, déclara-t-il sans aucune gêne, le sourire aux lèvres. Veuillez m'excuser, mais je me vois obligé de refuser votre proposition. Mon travail n'est pas si important que cela, vous savez, et je le sacrifie volontiers au profit de l'aide que je peux apporter à autrui. Cette conscience que vous évoquez, ce quelque chose qui vous a fait franchir cette porte, est bien plus important que toutes les questions que je pourrais me poser.

Une toux le coupa, et il détourna le regard de l'androïde le temps de s'en débarrasser, le poing devant la bouche.

- L'égoïsme et l'intérêt ne rentrent pas toujours en conflit avec le courage, vous savez. Aucun humain ne peut imaginer ce que vous traversez, car aujourd'hui l'espèce humaine a des repères auxquels se rattacher. Pour les androïdes tout reste à faire, y compris se poser des questions. Quel que soit votre parcours, recevoir une personnalité aussi brave que la vôtre est un honneur pour moi. Croyez en mon respect pour vous et soyez libre d'aborder les sujets qui vous tiennent à coeur et de poser toutes les questions qui vous traversent l'esprit. Je suis tout à vous et je ferai de mon mieux pour vous répondre.

Priam espérait que cette générosité saurait mettre Valéryan en confiance. Bien qu'il ne soit pas non plus désintéressé, c'aurait été mentir, l'écoute et l'attention qu'il lui offrait étaient des plus sincères, et c'était aussi le cas de sa bienveillance.



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C'était ça "action ou vérité". Un jeu étrange. Grim n'avait jamais réellement compris quel intérêt on pouvait avoir à donner délibérément des informations souvent intimes sur sa personne. Ni comment l'autre pouvait être certain que le questionné ne lui mentait pas. Il faudrait qu'il se penche sur le sujet un jour. Mais pas ce soir, ou alors plus tard. Non pour le moment ce qui intrigua l'androïde et lui fit légèrement pencher la tête sur le côté ce fut le vêtement que portait son hôte. Oubliant même les interrogations les plus spirituelles qui auraient pu lui venir, il lâcha avec cette franchise qui le caractérisait tant et dont plusieurs personnes avaient déjà fait les frais -Antoine en particuliers.

- Vous êtes homosexuel ?

Le sujet n'avait guère l'occasion d'être souvent abordé, Grim évitant généralement tout ce qui touchait à ces choses-là. Mais là, difficile d'ignorer l'objet tout comme il aurait certainement fait une fixation sur n'importe quelle autre chose mise en évidence.

- Je n'ai jamais réellement compris les débats liés à ce sujet. De mémoire il est question chez certaines espèces d'apaiser les tensions au sein du groupe par des pratiques sexuelles entre individus du même sexe. Certains s'interrogent même sur la notion de plaisir chez les animaux. D'un point de vue humain je ne vois pas non plus l'intérêt puisque les relations homosexuelles ne peuvent donner lieu à des naissances et donc ne peuvent perpétrer naturellement l'espèce. Je crois qu'on touche à ce que vous appelez "amour".

Il nota tout de même que jamais il n'aurait deviné les préférences de son interlocuteur. Comme quoi, ce qu'on disait sur les homos et la façon de les reconnaître relevaient du pur mensonge. Et il ne s'arrêtait qu'aux considérations biologiques. L'homosexualité et ses aspects religieux, philosophiques ou sociétales lui échappaient totalement.

L'artilect fronça encore les sourcils et secoua la tête en entendant Priam parler de courage et de bravoure. Encore. Non il ne devait pas dire ça. Ça ne s'appliquait pas à l'être assit dans son salon. Et ça avait le don de réveiller une colère profondément enfouie dans sa mémoire. Grim ne voulait pas, pour une fois, faire de mal à l'humain avec lequel il discutait. Alors il ne fallait pas le pousser vers ce qu'il possédait de plus mauvais.

- Ne me voyez pas comme quelqu'un qui a ces qualités, vraiment. Votre espèce identifie clairement les individus qui me ressemblent comme des "monstres". Et je ne parle pas du fait que je sois un androïde, seulement des ... hum ... comment vous dites ça ...

Il chercha ses mots sans y parvenir. Alors la seule explication claire et précise qui lui vint faisait forcément référence à la télévision.

- Dans les séries policières, le malfaiteur est considéré comme un monstre pas à cause de sa "race" mais à cause de ses sentiments et de ses actes. Vous voyez ? C'est la même chose pour moi. Si je m'en tient à vos critères de définition des gens "biens" et des gens "pas biens", alors je ne suis pas quelqu'un de bien.

Même si à son sens le meurtre pouvait se justifier de bien des manières et être bénéfique à l'ensemble. Pourquoi conserver un individu mettant en péril toute la société ? Autant le supprimer plutôt que de conserver un risque potentiel. Hélas pour Grim, les humains ne réfléchissaient pas de manière aussi simple, ils ajoutaient à cela des codes moraux et des sentiments.

- Vous savez, parfois je me dis que j'aimerais redevenir une simple machine. Les émotions sont très difficiles à comprendre pour moi, et encore plus à maîtriser. Elles ne sont pas logiques et souvent elles entrent en contradiction avec mon programme. Je ne sais pas si on peut parler de souffrance comme vous dites, mais c'est fatiguant. Je crois que vous avez une image pour décrire ça : quand le cerveau dicte une chose et le cœur une autre, non ?


Et puis d'autres fois il se faisait la réflexion qu'avoir une conscience était merveilleux. Surtout depuis qu'il découvrait les petites choses du monde comme un enfant le ferait. D'ailleurs, s'il devait avoir un regret, ce serait celui de ne pas avoir besoin de manger. La glace Ben&Jerry's semblait délicieuse.


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Priam Mansaa Sulaymaan
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Il ne s'attendait absolument pas à cette question. Il ne s'y attendait tellement pas qu'il pouffa dans sa main et étouffa comme il le pouvait une quinte de rire que Valéryan aurait pu mal prendre. Quoi qu'il arrivait, sa réaction n'avait pas été discrète, et si mal devait être fait, il l'était ; Priam s'excusa avec un sourire, couvrit à nouveau sa bouche avec le dos de sa main.

- Ah ça, si je m'y attendais ! ... En effet, je ne suis pas insensible aux charmes virils, confia-t-il en gardant pour lui les détails impudiques. Parler de cela, surtout avec un inconnu, le mettait mal à l'aise ; il ne s'était jamais rendu fier par ses préférences intimes, et trouvait « l'orgueil » un peu trop mis en avant. Et il ne s'agit pas là d'amour à proprement parlé, mais de plaisir et de désir. Sans trop rentrer dans les détails, les humains ont cela pour eux qu'à force de vivre ils aiment se créer des problèmes. L'homosexualité a toujours existé, partout sur Terre, elle a été plusieurs fois à la mode, plusieurs fois punie, et les deux se sont faits sous ce même prétexte qu'elle n'est pas nécessaire à la procréation ; mais ce n'est pas tant l'homosexualité en elle-même qui dérange que les formes que le plaisir peut prendre. On excise des petites filles parce que leur donner le droit de ressentir du plaisir c'est manquer une occasion de les contrôler davantage. L'espèce humaine a de très gros problèmes avec le plaisir, Valéryan, bien au-delà du fait qu'un homme puisse trouver un gland humain attirant, et les débats n'en finissent plus parce que les hommes n'aiment pas régler les problèmes à la racine. Trop de changements possibles.

Priam se demanda ce qui avait motivé la question de son hôte. Au-delà de son haut, car il ne doutait pas un seul instant qu'il soit en cause, mais plutôt si l'androïde avait fait le lien avec l'homosexualité par la couleur arc-en-ciel du vêtement, ou par l'inscription qu'on pouvait y lire. S'il s'agissait des caractères, alors peut-être pouvait-il comprendre l'humour, et peut-être que ce savoir lui était acquis par sa propre réflexion. C'était tout bonnement fascinant, et l'espace d'un instant son esprit s'échappa vers Elysée.

- Les lois et les institutions que les humains et le temps ont façonnées vous identifient peut-être comme un monstre, mais pas moi personnellement. Oh ça peut changer, oui, mais pour l'instant ce n'est pas le cas. Si vos références se constituent uniquement de séries policières, votre définition de "bonnes" et "mauvaises" personnes risquent d'être assez limitée. Je sais que c'est une notion tout à fait abstraite pour vous, peut-être n'êtes-vous pas encore capable de pousser votre réflexion à ce stade, mais la seule personne en droit et en mesure de vous juger bon ou mauvais, c'est vous. Vous référer à des précédents ou à des exemples peut être un bon début, mais dans la mesure du raisonnable. Faites-vous vos propres opinions, construisez-vous une culture personnelle. Si vous savez lire, lisez. Les Justes, par exemple. Albert Camus, un écrivain français, intemporel. Et si vous ne savez pas lire, alors apprenez.

Il y avait déjà tant à dire. Les hésitations qui trahissaient son manque d'assurance dans sa propre culture, mais aussi dans son programme lexical. La précision apportée aux faits qu'il amenait comme compléments, l'anticipation de la réflexion de son hôte humain, à force d'habitude très probablement. Cette première personne omniprésente dans son langage courant. Elysée et lui ne manquaient pas de points communs mais, comme les enfants, aucun n'était comparable à l'autre ; quelque part en lui, il avait la sensation que la famille s'agrandissait.

- Ces... conseils, je vous les donne pour que vous les appliquiez à toute chose, et pas à la seule limite de votre réflexion personnelle. Maintenant que vous êtes capable et conscient de pouvoir prendre des initiatives, donnez-vous des buts, des objectifs à atteindre. Rester passif maintenant serait très destructeur pour vous. Toutes ces émotions que vous expérimentez, qui vous donnent tant de peine, il faut les canaliser en les mettant à profit. Exercez votre sensibilité dans la lecture, c'est probablement le plus pratique pour vous. Lisez, posez-vous des questions : avez-vous apprécié, si oui qu'avez-vous apprécié dans ce que vous venez de découvrir, pourquoi, et pareillement si vous n'avez pas aimé.

Un temps, pour reprendre son souffle.

- Vous savez, au risque de vous décevoir, votre programme est aussi logique que faire se peut. Ce que crée l'humain a beau être ingénieux, il ne peut pas créer la logique parfaite car toute forme de perfection pure lui échappe. L'équilibre qui crée votre programme se trouve quelque part entre une possibilité technique, un savoir-faire brillant, et la volonté de quelque chose qui vous dépasse. En cela, vous êtes parfait, parce que vous avez forcément des défauts. Comme nous tous.

C'était ce que pensait aussi son bouddhiste de Yoshitomi et son agnostique de Vivant. Dieu n'avait pas grand-chose à voir là-dedans.



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Grim
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La question pouvait se poser donc et n'était pas mal venue à en juger par la réaction de Priam. Bien, c'était bon à savoir, sans oublier toutefois qu'une autre personne aurait pu mal prendre la chose. Et son hôte confirma l'information. Oui en effet les hommes avaient sa préférence. Grim enregistra l'information dans un coin de sa mémoire, ça pourrait peut-être servir un jour. Son interlocuteur aurait très bien porter un débardeur avec l'inscription "je suis une princesse" que l'androïde aurait vérifié l'exactitude du propos. Bien que rien de féminin ne transparaissait chez l'autre. Encore que, la science faisait des merveilles de nos jours. Il écouta la réponse jusqu'au bout, et son corps se tendit au mot "excision", il ne savait pas ce que c'était car jamais il n'y avait été confronté -cette pratique n'existant heureusement pas ici, du moins pas que l'on sache- pourtant cela lui suffisait à deviner qu'il s'agissait de quelque chose de mauvais.

- Je ne comprends pas bien, il me semblait que le plaisir était une chose appréciée et recherchée par les humains. Alors pourquoi s'en méfier et le condamner ? Vous êtes décidément très illogiques. Mais au moins ça explique pourquoi ces notions m'échappent. J'ai été conçu pour reconnaître, analyser et reproduire les émotions humaines, cependant j'ai toujours eu beaucoup de mal avec le plaisir, le désir ou l'amour. J'en suis resté aux processus chimiques et biologiques que ces émotions enclenchent.

La colère, la tristesse, la haine, la peur ou le mépris en revanche lui étaient plus familier. Tant de fois il y avait été confronté que ça ne lui posait plus aucun problème. Mais puisqu'on n'aimait, ni ne désirait pas une machine Grim ne savait pas vraiment comment adapter son comportement lorsqu'il se retrouvait nez-à-nez à ces choses-là. Naturellement tout ce qui en découlait lui restait obscur. Ca méritait de s'y intéresser un jour. Même si pour cela il lui faudrait se rapprocher d'un humain. Hum, à voir.

Son regard s'illumina lorsque son hôte parla de livres. Cette fois il sourit et répondit même d'un ton plus enjoué, moins méfiant.

- Je sais lire, j'aime beaucoup ça d'ailleurs. Surtout les contes, j'en lisais très souvent avant. D'ailleurs mon n... non rien. Je me renseignerai sur ce livre dont vous parlez.

L'androïde secoua la tête comme pour dire qu'il n'était pas utile de s'étendre davantage. Il avait manqué de se trahir, emporté par un souvenir agréable auquel il tenait.

Malgré ce que pouvait bien avancer son hôte, Grim n'était pas stupide. Il savait qu'au début il n'y était pour rien, que ce n'était pas sa faute. Après tout il avait obéit aux ordres comme n'importe quelle machine. Mais devant un tribunal ça ne compterait pas. On ne ferait pas payer les gens de l'hôpital, et les horreurs commises étaient bien trop grandes pour être classées sans suites. Le public demanderait la tête d'un coupable, ce serait forcément celle de Grim. On retiendrait sa conscience éveillée à ce moment-là, son incapacité à se rebeller, à n'avoir pas agis en humain alors qu'il n'en n'était pas un. Non, Priam se trompait. La société était parfaitement claire concernant les crimes commis à l'encontre des enfants. Et puis un androïde capable de passer outre la première des lois de la robotique, quelle horreur ! La panique gagnerait toute la ville. Le risque restait trop grand. Et pourtant cet homme continuait de croire en une bonne issue possible pour son invité. Oh comme Grim aurait aimé tout lui dire, voir son visage se décomposer, la peur dans son regard en comprenant la dangerosité de la machine assise dans son salon. Mais il n'en ferait rien et à la place il se contenta de fixer le téléphone portable posé sur la table basse en écoutant d'une oreille ce qu'on lui disait.

- Je ne crois pas avoir de but dans la vie, finit-il par dire en relevant les yeux vers son interlocuteur. Parfois je me dis que j'aimerais faire ce qui était mon métier avant, mais au service des autres Artilects. Malheureusement ceux que j'ai rencontré ne sont pas comme moi, pas du tout. Ils ... ils apprécient les humains.

Une incompréhension totale pour Grim, une aberration, une erreur qui serait forcément fatale à ses semblables. Il pensait évidemment à Cybèle, mais aussi à Natasha. Quelle folie que de rester enchaîné à des créatures aussi cruelles et inconstantes.

- Vous avez un but dans la vie ? Comment on dit ... qu'es-ce qui vous pousse à vous lever le matin ?

Même si le matin était déjà entamé et que le réveil du lendemain serait forcément très difficile. Si réveil il y avait car ils pouvaient tout aussi bien passer une nuit blanche.


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Priam Mansaa Sulaymaan
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Valéryan était un type-2 et avait été programmé pour reconnaître les sentiments, très probablement de ses patients. Voilà qui justifiait son apparence si humaine, et Priam salua la performance des designers derrière un tel travail, car l'impression d'humanité était terriblement réussie. Seuls les type-2 pouvaient prétendre à un tel soin, puisqu'ils étaient le type nécessairement amené à entrer en contact proche avec les humains. Une injustice de plus, mais aucun d'entre eux n'était là pour nourrir ce débat.
Au plus il parlait et au plus il se révélait, malgré tous ses efforts pour garder ses distances. C'était parfaitement normal. Parler de ses sentiments, même naissants, était inévitablement personnel ; Priam s'en souvenait petit à petit. L'humanité perdait souvent de vue que chaque discussion était prétexte à connaître un peu plus son prochain. Valéryan le vivait en plein, et Priam considérait ses craintes comme largement justifiables. Il aurait aimé trouver un moyen sûr de le rassurer mais, là encore, Valéryan était bien trop sur ses gardes pour qu'un mouvement désintéressé le rassure. Pas encore, en tout cas, et Priam décida d'attendre.

- Le plaisir et le désir ont cela qu'ils ne sont pas rationnels, pas suffisamment pour que nos sentiments puissent les maîtriser parfaitement, cela explique pourquoi vous avez tant de mal à les assimiler. L'humain déteste de sentir quelque chose lui échapper. Ces deux sensations sont considérées comme normales, mais cela n'en reste pas moins violent et obscur pour celui qui ressent. Tout ce qui est inconnu effraye.

Il fut heureux de le voir sourire. Il ne s'y attendait pas vraiment, partagea son allégresse à l'évocation de la lecture et Priam fut ravi de constater que, peut-être, il lui serait vraiment utile. Il n'était pas vraiment connu pour ses facultés de psychologue, et cet entretien était un véritable défi. Il nota la réticence de Valéryan à lui parler de tout, ne lui en tint absolument pas rigueur. Il avait tout à fait raison de se méfier.

- Si vous aimez les contes, je vous conseille ceux de Mullah Nasrudin. Nasreddine Hodja en français, je crois. C'est un héros de contes très connu, ses histoires sont excellentes. Mon père m'en racontait sans cesse quand j'étais gamin.

Un sourire trahissait sa nostalgie et son attachement au personnage. Il connaissait encore certaines histoires par coeur.
Puis il fut question de lui et Priam ne s'attendait pas à devoir servir de modèle à qui que ce soit. Certainement pas à un androïde. Il accepta le rôle sans hésiter, mais avec l'air peu convaincu de l'homme pris au dépourvu qu'il était. Les questions de l'androïde tombaient toujours très justes, et il se demanda s'il avait été formé à la psychologie, d'une manière ou d'une autre.Peut-être avait-il travaillé en puériculture, en gérontologie, ou comme assistant pour des personnes handicapées mentales.

- Un but, je n'en sais rien, sourit-il, toujours un peu gêné. Mais ce qui me fait lever tous les matins, c'est l'amour, dans son sens le plus large. L'amour de mon prochain, par exemple. Aider, c'est quelque chose qui me tient vraiment à coeur. L'amour de mon travail, celui de faire quelque chose, de créer, l'amour de mes proches, l'amour de l'avenir aussi. J'entends que la réponse peut être facile quand on vit bien, mais mes motivations lorsque j'étais au plus bas avaient beau être différentes, elles n'en étaient pas moins rationnelles. Pendant des années, ma seule motivation était mon travail, puisque je n'avais rien d'autre et que je ne me définissais que par cela. Peut-être pourriez-vous trouver comment vous définir et en faire votre leitmotiv.

Priam avait très envie d'un café, mais il n'osa pas se lever et laisser Valéryan seul. Il attendrait, encore.

- Vouloir aider vos semblables est un sentiment et une motivation très noble. Rare, de surcroît. Votre sensibilité et vos opinions sont tout aussi recevables que les leurs, et parler entre vous pourrait probablement vous permettre à tous de vous former davantage à ces nouvelles sensations. Toutefois, vous le savez déjà, les individus de votre espèce sont autonomes et, si capables de réflexion comme vous l'êtes, ont leurs propres opinions. Ne vous sentez pas abattu par vos différends. C'est en confrontant vos idées et arguments que vous avancerez tous. Je pense sincèrement que partager ce que vous ressentez est un excellent moyen de vous y habituer, et si vous avez des connaissances en qui vous faites suffisamment confiance pour en parler vous ne devriez pas hésiter à passer du temps avec elles. Avez-vous des papilles gustatives ? Je peux vous faire goûter quelque chose si vous le souhaitez, j'ai moi-même très envie d'un café.



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Grim
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Il secoua la tête à la dernière question, qui elle au moins n'appelait pas à une réponse trop complexe.

- Non je n'ai ni la capacité de manger, ni celle de boire. Ma ressemblance avec l'homme s'arrête à mon apparence extérieure. Pour le reste je suis une machine. J'ai bien une langue, des dents, même des ongles. Par contre je ne possède pas de gorge, d'estomac, d'organes génitaux, je ne peux pas pleurer ou produire de salive. Mais ne vous privez pas de le faire devant moi, j'ai l'habitude ça ne me fait rien.

Il n'allait pas voir là une forme d’impolitesse, bien au contraire. Grim comprenait parfaitement les besoins vitaux d'un être vivant et ne s'offusquait pas qu'on veuille se nourrir ou s'hydrater en sa présence.
Pendant que Priam se préparait son café l'androïde réfléchissait à leur conversation. Quelqu'un à qui il faisait confiance ? Il n'y avait personne, personne à part Akela, et les capacités de l'animal étaient bien trop limitées pour que de tels échanges puissent se produire. Normalement un tel constat aurait dû l'attrister, mais à la place il se contenta de soupirer. Grim doutait qu'un tel lien puisse un jour exister avec un autre être, vivant ou artificiel. Tout comme il avait la certitude que la corruption de son programme finirait par le détruire, et ce contre sa volonté. Hélas il ne pouvait pas demander d'aide, personne ne devait plus jamais toucher à son programme. Il avait bien trop peur de ce qu'il deviendrait à son réveil.

Quand son hôte revint il attendit qu'il se réinstalle avec sa tasse fumante. Il guettait les chiens aussi, qui avaient l'air tellement gentils malgré leur apparence. Un peu comme leur maître. Imposant, impressionnant, et partout faisant preuve d'une grande douceur. Grim se souvenait que les enfants utilisaient le terme "guimauve" dans un tel cas. Oui ça devait être ça, même s'il n'avait jamais observé la texture d'une guimauve.

- Ma définition initiale était plutôt simple : androïde médical au service de la personne humaine. Mais aujourd'hui c'est très différent. Je ne suis théoriquement plus au service de l'humain. Mais je ne suis pas au service des androïdes non plus. En fait j'ai essayé de retrouver avec eux ce que j'éprouvais avec mes ... patients. Mais c'est différents, parce qu'ils ne ressentent rien. Parfois je suis comme un mentor, celui qui sait par quoi ils passent lorsque leur conscience vient à peine de s'éveiller. Mais lorsqu'elle l'est déjà pleinement, je devient soit un allié, soit un ennemi.

Il soupira. Oui ça ne se passait pas toujours bien, il n'y avait qu'à voir avec Cybèle. Est-ce que ça le soulagerait d'en parler ? De tout raconter ? Peut-être que cet humain là saurait quoi faire ? Peut-être qu'il aurait les moyens de l'aider ? Après tout, Priam était un homme influent, connu, aimé. D'un autre côté, pour garder l'opinion publique de son côté il ne prendrait certainement pas le risque de s'acoquiner avec un androïde défectueux.

- Je crois que je vous envie d'avoir une vie aussi simple. Faire ce que vous aimez, aider votre prochain, y trouver une forme d'épanouissement personnel. Même si vous ne parlez que du professionnel. Parce que votre maison est vide en dehors de vos chiens. Alors vous n'avez pas de compagnon, donc ce n'est pas l'amour au sens intime qui vous motive. Vous êtes peut-être célibataire maintenant que j'y pense. Il le détailla un moment puis hocha la tête. Vous ne devriez pas le rester longtemps, selon les critères humains vous êtes dans ce qu'on appelle les belles personnes. En bonne santé, physique plutôt harmonieux, bonne situation.

Il pensa à Antoine et sa santé en danger, son physique mitigé au vu de son célibat prolongé et sa situation précaire d'écrivain inconnu. Rien à voir avec Priam donc. Est-ce qu'Antoine aimait les hommes ? Il pourrait les faire se rencontrer ? Hum, à voir.

- Mais vous avez raison quand vous dites que l'inconnu effraie. Alors, est-ce que je vous fais peur ? Vous ne savez rien de moi, des réactions que je peux avoir, ni du mal que je pourrais vous faire.


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Priam Mansaa Sulaymaan
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Priam remercia d'un signe de tête approbateur Valéryan et se dirigea vers sa cuisine, non sans devoir repousser Arès, décidément pot-de-colle. Ce café, et a fortiori le temps qu'il allait mettre à le faire, leur servirait de pause à tout les deux ; il y avait déjà tant à penser. Ce qui raisonnait en lui, c'était le vertige de constater l'immensité du monde qui venait de s'ouvrir à lui. La preuve concrète, certaine, de l'existence d'un mythe, et un moyen tangible de l'étudier. Priam, d'un oeil néophyte, avait toujours admiré et envié les cryptozoologues - leur unique point commun étant leur curiosité, il n'avait jamais espéré vivre l'émotion dont eux rêvaient depuis toujours. Une nouvelle race. Une nouvelle espèce. Il était absolument incapable de faire la différence.
Il manqua de peu de laisser échapper un sanglot et le ravala sans s'en rendre véritablement compte, l'euphorie aidant. Une joie telle que le besoin de partager cette découverte lui était presque vital, et il se matraqua mentalement pour faire cesser ces enfantillages. Quand bien même en parler n'aurait présenté aucun risque pour Valéryan, Priam ne connaissait personne en qui il aurait suffisamment confiance pour partager ce qu'il vivait. Yoshi ne comprendrait pas. Vivant n'y croirait pas. Elysée serait incapable de mesurer l'importance de cette découverte. Pour la première fois depuis longtemps Priam se sentit désespérément seul et semblait déjà accuser le coup d'un secret difficile à garder.

Mais l'on comptait sur lui, et il détestait décevoir. Le café fin prêt, il se brûla les doigts avec la tasse et ne songea même pas à prendre un plateau, malgré l'attention qu'il portait à ne pas salir ou abîmer sa table de salon. Le rêve devenu réalité - un mirage nommé Valéryan - attendait, assis par terre, les yeux rivés vers la tas de chiens qui lui rendait son attention au centuple. A priori, et Priam les connaissait assez bien pour savoir qu'il ne se trompait pas, aucun d'entre eux n'avait peur de leur hôte. Ils avaient l'habitude de fréquenter Elysée, elle passait le plus clair de sa journée chez lui, mais malgré sa présence quotidienne Priam n'avait jamais su dire s'ils avaient fini par s'habituer à elle dans sa singularité, par le rituel de sa venue, ou dans sa condition d'androïde. Etant donné leur réaction devant Valéryan, il était probable qu'ils se soient faits aux androïdes, ou que l'androïde en question ait un rapport particulier avec les animaux. Tout était possible.
La théorie se confirmait alors, il avait bien été aide médicale par le passé. Priam se demanda ce qu'il pouvait faire de ses journées depuis, et n'imaginait pas que sa vie puisse être de tout repos. Il n'était pas suffisamment au fait de la réclusion et stigmatisation des androïdes hors de leur rôle, et s'il ne doutait pas qu'il en existât bien plus qu'il ne le pensait, la plupart des androïdes qui n'étaient plus en service étaient désactivés ou détruits. Valéryan faisait figure d'exception, peut-être grâce - ou à cause - de son évolution. En tout cas vivait-il en compagnie d'autres androïdes artilects et, à en croire ses dires, aucun d'entre eux ne semblait particulièrement soudés.

- Vous vivez pour vous-même, désormais. C'est perturbant au début et j'imagine que c'est encore très obscur pour vous, mais votre nouvelle vie s'articule à présent autour de vous et de ce que vous désirez, ce que vous jugez bon de faire ou de vivre en priorité. Du moins, ce serait réellement le cas si vous aviez le droit légitime de vivre dans ce monde, et le monde n'est même pas au courant de votre existence. Je ne vous le cache pas, le chemin à parcourir est encore long.

Priam marqua une pause, prit le temps de souffler sur sa boisson avant d'en boire de petites gorgées.

- Encore long mais pas inaccessible. Si vous vous êtes naturellement dirigé vers vos semblables, c'est que vous avez trouvé une nouvelle vocation et c'est un excellent point de départ. Outre l'aide concrète que vous pourriez leur apporter, vous agissez déjà sur eux en vous présentant à eux : pour les moins conscients de leur état, vous êtes un exemple, une possibilité, une vision de ce qu'ils peuvent devenir, qu'elle leur convienne ou pas. Pour les plus sensibles d'entre eux, ils trouvent quelqu'un qui partage leur expérience. Ce n'est pas rien. Ce que vous faites, c'est établir un contact, qui plus est avec des gens qui ne sont pas tous habitués à le recevoir : vous pouvez les intimider, les effrayer, car vous représentez quelque chose à laquelle ils ne sont pas habitués, et vous pouvez tout aussi bien leur plaire. C'est ce que l'on appelle une interaction sociale, voire même une relation sociale, et c'est ce qui vous rapproche peut-être le plus d'un être humain. Votre capacité à prendre en compte le monde dans lequel vous existez et ses habitants.

La situation face à laquelle Priam se retrouva par la suite le mit mal à l'aise et le fit beaucoup sourire. Très clairement, Valéryan n'avait pas l'habitude de côtoyer des humains dans leur intimité, et chacune des suppositions qu'il faisait à son sujet était cruellement logique ; il constata aussi qu'il avait une vision très caricaturale de la « bonté » d'un être humain, et le tout le fit sourire.

- Plutôt harmonieux ?! se scandalisa-t-il, une main théâtralement posée sur le coeur et les sourcils froncés. Son rire évacua toute ambiguïté possible. Valéryan, vous l'ignorez peut-être mais je vous assure que vous ne manquez pas d'humour. Ce qui est fantastique, c'est l'extrême logique de votre raisonnement. Vous n'êtes pas assez con pour être humain.

Son rire se calma mais il garda un sourire radieux et l'accompagna d'une lampée de café.

- Je n'ai pas spécialement peur de vous, pas plus que je n'ai peur des êtres humains. Vous êtes aussi imprévisibles qu'ils le sont eux-même, et si je devais vivre dans la crainte permanente, je ne vivrais pas aussi bien. Et vous, avez-vous peur de moi ? Vous m'avez confié un lourd secret et rien ne m'engage à le garder pour moi ; pire encore, je pourrais me servir de vous pour gagner encore plus de notoriété et ne pas me soucier de ce que vous voudriez.

Un temps, une gorgée de café.

- Je sais que vous vous méfiez de tout le monde, qui plus est des humains, et vous avez raison. Mais j'ai confiance en vous. Je n'ai pas confiance en votre gentillesse, ou en ce que vous pourriez m'apporter, j'ai confiance en ce que vous m'avez appris, en particulier sur vous. Avez-vous la moindre idée de ce que vous êtes venu chercher cette nuit ? Car, pardon de m'avancer, mais ma porte vous sera toujours ouverte si vous avez besoin de quelque chose. Quoi que ce soit.



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