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Montréal, 2047. Une foule anarchique et cosmopolite fourmille le long de la rue sainte Catherine. L’armada populaire est multicolore de peau tandis que les corps sont mécaniques, de chair ou métis. Homme et androïde, chacun est différent mais tous sont identiques dans la masse, individu désintéressé et trop pressé, croisant l’autre sans même le regarder, les yeux rivés sur les vitrines ou sur son nouvel objet connecté et déjà démodé. C’est une tourbe de bras et de jambes. murmurent certains. Toutes ces conneries, ça sera la mort de l’être humain, ajoutent d’autres. Vous n’y êtes pas , renchérit un dernier, cette foule polymorphe, insaisissable, c’est la vie, le mouvement, le progrès.
C’est la danse des humanités.
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Divergence // Suite à la catastrophe de la AH exposition, des groupes anti-androides se forment tandis que les industriels essayent de séduire de nouveau les acheteurs…
Léandre Luissier ▬ présent
George adamsmp

▬ MAJ et intrigue 2 : 25 aout 2017
▬ Ouverture d'Exantrop le fin mai 2016

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 lettres modernes ;;

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Caïn
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biorsaes


MessageSujet: lettres modernes ;;   Jeu 9 Fév - 21:17

Comme des fois je travaille et que je m'organise comme une chiasse, je me suis dit que ce serait sympa de m'aider à m'organiser en vous donnant à voir mes notes et exposés/séquences pédagogiques pour m'aider à avancer rapidement et/ou à ne pas trop me disperser. L'idée d'avoir un public, toussa toussa.
Certains le savent - et le titre est assez explicite, je suis en lettres modernes et mes écrits porteront sur mes cours, et prendront la forme pour le plus souvent de commentaires de textes. La plupart du temps, il s'agira de notes, car destinées à être présentées à l'oral, mais vous n'êtes pas à l'abri de quelque chose de plus complet ou rédigé, selon mon emploi du temps et la motivation.

Aussi, comme c'est en forgeant qu'on devient forgeron et que ça peut être intéressant, si l'envie vous prend de me proposer un texte à étudier, feel free. Il faudra que mon emploi du temps le permettre, toujours, mais dans l'idée je peux me débrouiller. Ci-dessous vous trouverez la liste de mes compétences pour que, quand même, je ne vous sorte pas trop de conneries.

En espérant que cela vous plaise, je conçois que ce genre de galerie ne doit pas être très populaire haha.

si vous vous emmerdez ;;
•• XVIII°, XIX°, XX°, XXI° siècles français.
•• N'importe quel genre littéraire : faites juste attention à ce que l'extrait présente un intérêt littéraire (description, dialogue, événement singulier dans la narration...).
•• Pour le moment, je suis assez doué sur les analyses de : Balzac, Zola, Montesquieu, Robbe-Grillet, Ponge, Baudelaire, Molière, Lenau et Shakespeare.


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Caïn
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biorsaes


MessageSujet: Re: lettres modernes ;;   Jeu 9 Fév - 21:20

L'ART - THÉOPHILE GAUTIER ;;

Ancien romantique (participait aux salon de l'Arsenal de Charles Nodier). Se désolidarise du mouvement après l'échec des Burgraves de Victor Hugo et devient l'un des chefs de file du mouvement parnassien duquel sa formule "L'art pour l'art" devient le slogan.
Écrit entre autres sur Wagner et Berlioz (qui mettra ses poèmes en mélodie dans Les Nuits d'été) pour la musique, pour la peinture Doré, Manet et Delacroix, Le Capitaine Fracasse et le livret du ballet Giselle d'Adolphe Adam (argument et explication ;; équivalent du travail de Da Ponte pour Mozart sur Don Juan).
Les Fleurs du Mal de Baudelaire lui sont dédiées. Qualifié de « poète impeccable ».

Parnasse : voit dans la beauté la seule fin de l'art. Refuse l'engagement de l'artiste et l'idée de l'invisible subjectivité des romantiques au profit d'une beauté visible de l'art (d'où la forme très travaillée du poème), valorisant le travail de l'artiste "artisan" des mots et sa pérennité, d'où l'image récurrente de la sculpture ou encore de l'Antiquité (majoritairement grecque) comme référence de durabilité.
Cela dit, quête de l'impassibilité impossible : en écrivant, malgré sa recherche du beau pour le beau, l'auteur s'engage au moins dans une esthétique qui, pour les parnassiens, est aussi leur éthique. Le mot devrait préexister sur toute forme de signifié, et le poème être un bibelot ; or l'idée même que L'Art soit une profession de foi pour le mouvement parnassien va à l'encontre dudit mouvement. Gautier entend cependant créer une forme définie et purement plastique à sa poésie.
Originellement 1852 - clôt le recueil Émaux et Camées en 1857. Titre évocateur du poème-parure, référence aux bijoux.

EN QUOI CE POÈME S’IDENTIFIE COMME LE MANIFESTE DU MOUVEMENT PARNASSIEN -

Quatre mouvements ;
I - Définition de l'art poétique parnassien
II - Poète sculpteur
III - Poète peintre
IV - L'inscription de l'art poétique dans la postérité

14 quatrains de 3 hexasyllabes et 1 dissyllabe chacun
Rimes croisées, riches ou suffisantes

Oui, l’œuvre sort plus belle
D'une forme au travail
Rebelle,
Vers, marbre, onyx, émail.
Oui = affirmation catégorique. Ce que le poète va décrire s'impose comme vérité. Œuvre = poème ; Forme = cœur de l’œuvre qui trouve sa beauté dans la complexité de sa construction. Rebelle = isolé par le rejet, mise en valeur de la résistance de la matière poétique (les mots) et de la difficulté de l'exercice. Énumération commencée par "vers", à égalité avec des matériaux nobles et précieux de sculpture (matière solide). Poète orfèvre des mots.

Point de contraintes fausses !
Mais que pour marcher droit
Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit.
Exclamation ; Point = langage soutenu. N'impose pas de règles précises (pas classicisme). Mais = opposition. Muse : figure d'inspiration qu'on éduque (figure de l'enfant qui apprend à marcher) ; rejet et mise en valeur ; tutoyée ; conseil de travail donné directement au symbole de l'inspiration. Non seulement c'est bien pour elle d'avoir des règles, mais en plus c'est mieux. Cothurne (sandale gréco-romaine) = métaphore du vers // critique des facilités rythmiques de l'alexandrin romantique. Forme plus courte pour plus de rigueur et de réflexion sur son travail.

Fi du rythme commode,
Comme un soulier trop grand,
Du mode
Que tout pied quitte et prend !
Fi = langage soutenu. Rythme commode = alexandrins, considérés à la fois comme faciles et peu ou plus adapté à la poésie (soulier trop grand). Pied = désignait un groupe de syllabes dans la poésie grecque et latine ; aujourd'hui utilisé en poésie anglaise et, en français, par abus de langage comme synonyme de syllabe. Vers sensiblement plus courts dans le poème.

Statuaire, repousse
L'argile que pétrit
Le pouce
Quand flotte ailleurs l'esprit :
Statuaire = interpellation = sculpteur. Repousse = laisser tomber les matériaux moins nobles et faciles à travailler (argile qu'on peut manipuler d'un doigt). Poésie = art fait pour durer et fixer la pensée fugace et éphémère (flotte). Argile = glaise, matériau utilisé par Dieu pour créer l'homme ; la poésie est autre chose, plus noble, plus proche de l'Antiquité gréco-romaine et de son polythéisme (possibilité d'avoir plusieurs poèmes et donc plusieurs dieux ?). Deux points = introduit le sculpteur au savoir-faire.

Lutte avec le carrare,
Avec le paros dur
Et rare,
Gardiens du contour pur ;
Lutte = travail acharné et soin à apporter au matériau précieux (rare // contour pur). Carrare et paros = synonymes de marbre, tout deux présentés comme ce qui permet de fixer l'esprit ; le poète sculpteur y grave des mots sous forme de vers courts, ici "contour pur". Rime carrare/rare renforce la noblesse du marbre et la difficulté de le travailler de telle sorte à ce qu'il corresponde aux exigences parnassiennes.

Emprunte à Syracuse
Son bronze où fermement
S'accuse
Le trait fier et charmant ;
Référence à Syracuse, ville connue pour son bronze. Le poète doit s'inspirer de l'Antiquité et s'en servir comme modèle. "S'accuse" ici utilisé pour souligner le "trait", image du vers.

D'une main délicate
Poursuis dans un filon
D'agate
Le profil d'Apollon.
CC de moyen = douceur mise en avant ; poète sculpteur doit respecter son matériau pour en tirer le meilleur. "Poursuis" = quête de la figure divine (Apollon = dieu grec des arts et de la beauté entre autres). La poésie a le pouvoir de produire le divin et "l'essence" de la beauté. Agate = semi précieuse utilisée dans l'Antiquité par les grecs.

Peintre, fuis l'aquarelle,
Et fixe la couleur
Trop frêle
Au four de l'émailleur.
Peintre = Interpellation ; aquarelle = technique transparente et fluide (contrairement à la gouache par ex) ; image de la peinture fragile et impossible à maîtriser parfaitement qui laisse une partie de la création hasardeuse. Couleur "frêle" que le poète doit fixer en même temps que la forme ; outre l'esthétique technique et rythmique du poème, sa substance elle aussi doit être belle. Couleur = vocabulaire / figures de style. Émailleur (émaux) : travail de l'émail à fixer sur le métal (artisanat). Poète artiste et artisan.

Fais les sirènes bleues,
Tordant de cent façons
Leurs queues,
Les monstres des blasons ;
Sirènes = selon l'héraldique (science des blasons) apparaît avec un miroir "azur", attribut de la sirène grecque. Manière de montrer toute l'étendue du savoir-faire du peintre - mouvement - des queues - et couleur (Delacroix) en "opposition" avec le dessin (Ingres). Image de beauté ; thème peint aussi beau que la forme.

Dans son nimbe trilobe
La Vierge et son Jésus,
Le globe
Avec la croix dessus.
Nimbe : auréole de lumière ; trilobe = forme de trèfle (trinité). Vierge (écho du bleu des sirènes) et Jésus enfant mis en valeur. Syncrétisme : fusion de plusieurs éléments culturels/religieux, en l'occurrence chrétienté et antiquité grecque. Globe : orbe crucifère représentant le monde et image de la puissance du christ. Beauté des thèmes et des formes : on fait du beau avec du beau.

Tout passe. - L'art robuste
Seul a l'éternité.
Le buste
Survit à la cité.
Tout passe = tout trépasse. Vanité : seul subsiste l'art qui traverse le temps. Buste = image de la sculpture grecque seule vestige des ruines de l'Antiquité. Rime robuste/buste renforce l'intemporalité de l'art.

Et la médaille austère
Que trouve un laboureur
Sous terre
Révèle un empereur.
Médaille austère : dépourvue de sens mais seule témoin de l'Histoire. Laboureur : réalité de l'époque contemporaine de Gautier ; on trouve des vestiges de l'histoire quand on creuse car passé pas si enfoui que ça, même encore aujourd'hui. L'art assure la postérité, héritage de civilisations et cultures.

Les dieux eux-mêmes meurent,
Mais les vers souverains
Demeurent
Plus forts que les airains.
Dieux = grecs, qu'on connait grâce aux statues. Vers souverains = aussi noble que l'empereur qu'ils peuvent révéler et plus solides que le métal. Airains = alliage de cuivre.

Sculpte, lime, cisèle ;
Que ton rêve flottant
Se scelle
Dans le bloc résistant !
Énumération de verbes liés à l'orfèvrerie et à la joaillerie. Écho au titre du recueil Émaux et Camées. Graver les idées et rêves dans le marbre et les déterminer clairement, avoir le contrôle sur sa création.


Art poétique qui doit mettre à l'honneur la forme et se départir du fond. À l'instar de Boileau, Gautier énonce ici sa conception de la poésie et de l'art en général. Image du poète orfèvre : travail du beau par le beau à l'aide d'une forme parfaitement maîtrisée. Sujets toujours beaux, par opposition à Baudelaire qui prendra du laid/grotesque pour le sublimer.


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Caïn
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biorsaes


MessageSujet: Re: lettres modernes ;;   Ven 17 Mar - 20:44

LETTRES PERSANES, LETTRE XI (EXTRAIT) - MONTESQUIEU ;;

Lettres persanes (1721). Roman épistolaire dont la lettre numéro 11, de Usbek à Mirza (ami resté en Perse), est une réponse à la lettre 10 de Mirza qui demandait à Usbek de lui expliquer sa pensée : "les hommes étaient nés pour être vertueux et que la justice est une qualité qui leur est aussi propre que l'existence". Choisit la forme de l'apologue pour lui expliquer sa pensée. Récit dans le récit qui dure de la lettre 11 à 14.
Apologue : courte fable qui illustre une vérité morale. Ici, l'histoire des Troglodytes. L'extrait est l'introduction de cet apologue.

« Il y avait en Arabie un petit peuple, appelé Troglodyte, qui descendait de ces anciens Troglodytes qui, si nous en croyons les historiens, ressemblaient plus à des bêtes qu'à des hommes. Ceux-ci n'étaient point si contrefaits, ils n'étaient point velus comme des ours, ils ne sifflaient point, ils avaient des yeux ; mais ils étaient si méchants et si féroces, qu'il n'y avait parmi eux aucun principe d'équité ni de justice.
Ils avaient un roi d'une origine étrangère, qui, voulant corriger la méchanceté de leur naturel, les traitait sévèrement ; mais ils conjurèrent contre lui, le tuèrent, et exterminèrent toute la famille royale.
Le coup étant fait, ils s'assemblèrent pour choisir un gouvernement ; et, après bien des dissensions, ils créèrent des magistrats. Mais à peine les eurent-ils élus, qu'ils leur devinrent insupportables ; et ils les massacrèrent encore.
Ce peuple, libre de ce nouveau joug, ne consulta plus que son naturel sauvage. Tous les particuliers convinrent qu'ils n'obéiraient plus à personne ; que chacun veillerait uniquement à ses intérêts, sans consulter ceux des autres.
Cette résolution unanime flattait extrêmement tous les particuliers. Ils disaient : Qu'ai-je affaire d'aller me tuer à travailler pour des gens dont je ne me soucie point ? Je penserai uniquement à moi ; je vivrai heureux. Que m'importe que les autres le soient ? Je me procurerai tous mes besoins ; et, pourvu que je les aie, je ne me soucie point que tous les autres Troglodytes soient misérables.
On était dans le mois où l'on ensemence les terres ; chacun dit : je ne labourerai mon champ que pour qu'il me fournisse le blé qu'il me faut pour me nourrir ; une plus grande quantité me serait inutile : je ne prendrai point de la peine pour rien.
Les terres de ce petit royaume n'étaient pas de même nature : il y en avait d'arides et de montagneuses, et d'autres qui, dans un terrain bas, étaient arrosées de plusieurs ruisseaux. Cette année la sécheresse fut très grande ; de manière que les terres qui étaient dans les lieux élevés manquèrent absolument, tandis que celles qui purent être arrosées furent très fertiles : ainsi les peuples des montagne périrent presque tous de faim par la dureté des autres, qui leur refusèrent de partager la récolte.
L'année d'ensuite fut très pluvieuse : les lieux élevés se trouvèrent d'une fertilité extraordinaire, et les terres basses furent submergées. La moitié du peuple cria une seconde fois famine ; mais ces misérables trouvèrent des gens aussi durs qu'ils l'avaient été eux-mêmes. »


- En quoi l'introduction du récit des Troglodytes, racontée par Usbek, crée-t-elle le contre exemple des convictions politiques et sociales de Montesquieu ?

I - Présentation des Troglodytes (1er paragraphe)
II - Evolution de leur système politique (3 paragraphes suivants)
III - L'égoïsme des Troglodytes comme moteur de leur société... (2 paragraphes suivants)
IV - ... et ses conséquences (fin de l'extrait)

I - Mise en contexte.
« Il y avait en Arabie » : accroche propre à un conte (cadre spatio-temporel imprécis). "en Arabie" rapport à l'orientalisme (imaginaire/fantasme de l'Orient), fait rêver le lecteur.
Troglodyte : mis en valeur par l'italique. Qualifié de "petit peuple" : en souligne la rareté et le caractère unique. Immédiatement rapprochés du sens du mot en français (quelqu'un qui vit dans une caverne/grotte) pour en afficher la parenté. Les Troglodytes dont il est question ici sont les descendants d'hommes sauvages décrits par "les historiens" (Hérodote et Pomponius Mela, deux historiens et géographes romains ayant existé, qui appuient la véracité des faits présentés).
"Ceux-ci n'étaient point si contrefaits" : contrefaits = difformes. Formule "n'étaient point si" souligne l'immuable bestialité des anciens Troglodytes et leur évolution. Comparaison introduite par les deux points avec l'animal ("point velus comme des ours // ne sifflaient point") pour souligner la nature de leur ancêtres et ancrer le récit dans une réalité possible. "deux yeux" = les rapproche de notre humanité ; "mais" : coordination amenant tout de suite les limites de cette comparaison et sa conséquence logique. "si méchants et si féroces" : formules d'insistance "si" les déshumanisant davantage ; adjectifs ayant trait à l'animal sauvage. "Parmi eux" : leur nature-même entrant en conflit avec les principes d'équité et de justice ; fatalité du constat.
Description d'un peuple de créatures humanoïdes abstraits à partir de références existantes. Malgré leur évolution physique, les traits comportementaux qu'ils ont conservés de leurs ancêtres sont ceux qui les empêchent d'accéder aux principes d'équité et de justice que défend Usbek.

II - Conditions politiques des Troglodytes dans l'ordre chronologique. Passent par trois régimes différents : monarchie, république et anarchie (débouchant sur l'anomie). Similitudes avec histoire romaine : rois de Rome (Tarquin le Superbe étrusque), consuls puis guerre civile. Conjonction coordination "mais" systématique à chaque retournement de situation.
"correction de la méchanceté" par un roi étranger : ne peuvent se gouverner eux-même. Corriger : à la fois supprimer les défauts mais aussi châtier, d'où la sévérité de son règne. Effet d'unisson pour le destituer dans le sang : "ils conjurèrent" : connotation négative du geste à sa source. Rythme ternaire "conjurèrent/tuèrent/exterminèrent" : verbes forts avec apothéose finale, marque la détermination, la brutalité et la volonté de mettre fin à la monarchie définitivement.
"Le coup étant fait" : sonne comme une blague, conséquence directe, la suite est immédiate. Rime "s'assemblèrent/créèrent" faisant écho au rythme ternaire qui a mis fin à la monarchie, signe d'unité des troglodytes mais annonce non seulement les désaccords qui mènent à la république mais aussi le fait qu'elle ne pourra pas durer. "à peine" : immédiat, toute forme d'unité est vouée à l'échec ; "les eurent-ils élus qu'ils leur devinrent insupportables" : réaction très violente, comme une allergie à leurs actions communes. "massacrèrent" : rime. "encore" : recommencement de l'acte violent : banalité. Ne supportent aucune contrainte, même celles qu'ils s'imposent seuls.
"libre de ce nouveau joug" : se présentent comme victimes de toute forme de gouvernement : rien ne leur convient sinon leur singularité/égoïsme. Foisonnement de termes marquant l'unité dans la singularité : "peuple" singulier ; "tous les particuliers", "personne", "chacun", "uniquement", "autres". Deux tournures négatives : "ne consulta plus que" et "ils n'obéiraient plus" : fin des tentatives de trouver un gouvernement leur correspondant d'un commun accord.
Insistance sur la bestialité innée de leur comportement par l'assimilation systématique du "naturel" à des syntagmes la soulignant : "la méchanceté de leur naturel" ; "ils leur devinrent insupportables" ; "son naturel sauvage". Tournures actives dès qu'il s'agit des troglodytes : nervosité, action, peuple sanguin qui réagit immédiatement à tout ce qui le contrarie.
Triomphe de l'égoïsme et de la violence naturels des troglodytes.

III - "Résolution" du problème du gouvernement par sa suppression, ce qui est une fierté. Discours direct des Troglodytes introduit par "ils disaient" et "chacun dit": unanimité du discours soulignée par nombreux syntagmes déjà vus : "unanime", "chacun", "uniquement" et au discours direct "je" "moi" et "mon/mes" opposés aux "autres".
Deux questions rhétoriques : " Qu'ai-je affaire d'aller me tuer à travailler pour des gens dont je ne me soucie point ?" "Que m'importe que les autres le soient ?" Penser à autrui est difficile et demande un effort insoutenable. "Qu'ai-je affaire" = notion de rendement, générosité devrait être productive : en l'occurrence, pas de projection dans le futur, pas de conscience des conséquences des actions sur le long terme et pas de conscience de ce que peut rapporter une générosité intéressée : pas de notion de générosité ? Comme ils pensent pareil, personne ne peut contester. Point-virgule introduisant la conséquence : penser à soi est source de bonheur. Aucune conscience collective, mais cette absence de conscience collective est elle-même unanime : annonce du programme des troglodytes expliquant comment faire pour ne penser qu'à soi : est une résolution à part entière suite aux déboires gouvernementales, réaction immédiate à un problème immédiat ; capables de voir l'instant présent uniquement. Situation temporelle "le mois où l'on ensemence les terres" : la première priorité des troglodytes est la gestion de la nourriture sur laquelle ils ne pourront pas s'entendre entre eux. Égoïsme marqué par l'écho de l'adjectif "tous" pour parler des besoins et des autres dont on se moque de la possible misère ; répétition de "je ne me soucie point".
Égoïsme fin en soi - problème d'organisation considéré comme terminé maintenant que chacun ne pense qu'à lui et n'existe que pour lui-même.

IV - Chiasme narratif pour montrer les conséquences de l'attitude des Troglodytes.
Retour à la forme du conte : imparfait à valeur de description pour parler de la topographie du royaume, séparé par des différences de reliefs pour diviser plus encore la population. Terrain inhospitalier : enchaîne en deux ans sécheresse et inondation. "Cette année" et "l'année suivante" : complément circ temps, revient à l'action pas le passé simple.
Parallèle de construction du récit des deux évènements : comparaison et simultanéité marquées par "tandis que" dans le premier cas et "et" dans le second pour rendre compte des états respectifs de l'une et l'autre des communautés troglodytes ; conséquence introduite d'abord par "ainsi" : fatalité logique de leur attitude ; puis par "mais" en réponse au comportement de la moitié d'abord en position d'aider et désormais victime de son égoïsme. Gravité des situations marquée par "manquèrent absolument", "submergées", en comparaison avec "très fertiles" et "fertilité extraordinaire". Condamnation et jugement d'Usbek "ces misérables trouvèrent des gens aussi durs qu'ils l'avaient été eux-même" : nom "misérables" pluriel pour inclure tout le peuple troglodyte dans son individualisme, tournure comparative "aussi que" pour montrer l'esprit de vengeance de l'autre moitié qui ne vaut pas mieux. Auto-condamnation à mort du peuple troglodyte par son absence de prévoyance pour eux-même, de prévenance pour les autres.

Montesquieu, à travers la réponse d'Usbek à Mirza, se sert de l'apologue comme introduction à son futur Esprit des lois ; la création du contre exemple des valeurs qu'il défend prépare la morale, trois lettres plus tard, qu'il explicitera dans cet autre ouvrage et ouvre la porte au genre de l'apologue dont les Lumières se serviront pour faire passer leurs idées de façon plus digestes qu'en essais ou manifestes, comme Voltaire ou Diderot.


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MessageSujet: Re: lettres modernes ;;   Sam 1 Avr - 10:08

MAURICE MERLEAU PONTY – PHÉNOMÉNOLOGIE DE LA PERCEPTION (1945) ;;

MERLEAU PONTY - Philosophe français (1908 - 1961). Contemporain de Sartre et héritier de Husserl, premier à théoriser le concept de phénoménologie comme « science de l'expérience de la conscience ». Rejette à la fois idéalisme (pensée et conscience indépendantes du monde sensible) et réalisme (coupe le rapport monde/pensée - monde autonome, seul le concret existe, par ex pas d'imagination). La conscience et le monde réel sont imbriqués l'un dans l'autre en permanence, donc indissociables. Pas de pensée pure ou de monde pur.
PHÉNOMÉNOLOGIE - Étude descriptive des phénomènes et/ou d'un ensemble de phénomènes.
PHÉNOMÈNE - Fait observé, en particulier dans son déroulement ou comme manifestation de quelque chose d'autre
PERCEPTION - Action de percevoir par les organes des sens. // Idée, compréhension plus ou moins nette de quelque chose. // Événement cognitif dans lequel un stimulus ou un objet, présent dans l'environnement immédiat d'un individu, lui est représenté dans son activité psychologique interne, en principe de façon consciente ; fonction psychologique qui assure ces perceptions.
EXISTENTIALISME - Courant philosophique mettant au centre de la réflexion l'existence individuelle, la liberté et les choix personnels (Kierkegaard fondateur, souligne l'absurde et l’ambiguïté de la condition humaine ; Sartre ; Nietzsche).

Étude de la manière dont la perception des phénomènes influe sur la pensée.
Comment le monde est-il perçu par l'homme, ou comment l'homme est-il perçu par le monde ? -

Le monde est là avant toute analyse que je puisse en faire et il serait artificiel de le faire dériver d'une série de synthèses qui relieraient les sensations, puis les aspects perspectifs de l'objet, alors que les unes et les autres sont justement des produits de l'analyse et ne doivent pas être réalisés avant elle. L'analyse réflexive croit suivre en sens inverse le chemin d'une constitution préalable et rejoindre dans « l'homme intérieur », comme dit saint Augustin, un pouvoir constituant qui a toujours été lui. Ainsi la réflexion s'emporte elle-même et se replace dans une subjectivité invulnérable, en deçà de l'être et du temps. Mais c'est là une naïveté, ou, si l'on préfère, une réflexion incomplète qui perd conscience de son propre commencement. J'ai commencé de ré- fléchir, ma réflexion est réflexion sur un irréfléchi, elle ne peut pas s'ignorer elle-même comme événement, dès lors elle s'apparaît comme une véritable création, comme un changement de structure de la conscience, et il lui appartient de reconnaître en deçà de ses propres opérations le monde qui est donné au sujet parce que le sujet est donné à lui-même. Le réel est à décrire, et non pas à construire ou à constituer. Cela veut dire que je ne peux pas assimiler la perception aux synthèses qui sont de l'ordre du jugement, des actes ou de la prédication. À chaque moment mon champ perceptif est rempli de reflets, de craquements, d’impressions tactiles, fugaces que je suis hors d'état de relier précisément au contexte perçu et que cependant je place d'emblée dans le monde, sans les confondre jamais avec mes rêveries. A chaque instant aussi je rêve autour des choses, j'imagine des objets ou des personnes dont la présence ici n'est pas incompatible avec le contexte, et pourtant ils ne se mêlent Pas au monde, ils sont en avant du monde, sur le théâtre de l'imaginaire. Si la réalité de ma perception n'était fondée que sur la cohérence intrinsèque des « représentations », elle devrait être toujours hésitante, et, livré à mes conjectures probables, je devrais à chaque moment défaire des synthèses illusoires et réintégrer au réel des phénomènes aberrants que j'en aurais d'abord exclus. Il n'en est rien, Le réel est un tissu solide, il n'attend pas nos jugements pour s'annexer les phénomènes les plus surprenants ni pour rejeter nos imaginations les plus vraisemblables. La perception n'est pas une science du monde, ce n'est pas même un acte, une prise de position délibérée, elle est le fond sur lequel tous les actes se détachent et elle est présupposée par eux. Le monde n'est pas un objet dont je possède par devers moi la loi de constitution, il est le milieu naturel et le champ de toutes mes pensées et de toutes mes perceptions explicites, La vérité n' « habite » pas seulement l’« homme intérieur », ou plutôt il n'y a pas d'homme intérieur, l'homme est au monde, c'est dans le monde qu'il se connaît. Quand je reviens à moi à partir du dogmatisme de sens commun ou du dogmatisme de la science, je trouve non pas un foyer de vérité intrinsèque, mais un sujet voué au monde.  

Le monde est là avant toute analyse : si on ferme les yeux, le monde est toujours là. N'est pas une création du cerveau, ni le produit de la perception des sens ; il est, avant tout : opposition à l'homme intérieur de saint Augustin et sa « subjectivité invulnérable » qui place l'homme au centre de la perception du monde.

La pensée ne s'ignore pas comme pensée, structure la conscience et est motivée par le monde. Phrase longue, comme écrite au fil de cette même pensée ; vocabulaire simple qui vise à expliquer la pensée. "Je" qui vise à individualiser l'expérience de la démonstration.
Réel à décrire : exemple de la télé. Référence au savoir (donc synthèse de nos connaissance puis interprétation du réel), non pas description de la vision. Comme quand on apprend à dessiner, reproduire les traits sans y glisser d'image mentale. Télé = rectangle noir. Formes géométriques elles-mêmes inspirées par le savoir : connaissance objective et pas interprétation du réel. Aucune connotation. Fil de pensée suivi par le connecteur logique "cela veut dire" : conséquence de ce que la pensée entraîne, mouvement logique. Même logique pour les détails qui engorgent le champ perceptif : un reflet sur la télé est considéré comme réel, sans que l'on sache forcément d'où il provienne. Il fait automatiquement partie du monde et ne relève pas d'une création de l'esprit quand la projection de l'imaginaire peut être par-dessus le monde : "théâtre de l'imaginaire" comme scène parallèle à la scène du monde réel.
Si le monde seule conception de ton esprit, tu dois toujours te demander si c'est réel ou bien illusoire. Le monde se différencie de la pensée et de la conscience : le monde existe sans tes yeux pour le regarder et c'est le monde qui se met dans tes sens.

« La perception n'est pas une science du monde, ce n'est pas même un acte, une prise de position délibérée, elle est le fond sur lequel tous les actes se détachent et elle est présupposée par eux. » ne s'étudie pas, ne se crée pas, ne se décide pas : existe avant d'être perçue et est déduite de l'expérience.
Ce n'est pas moi qui fais le monde ; jardin dans lequel naissent pensées et sensations (vue, ouïe, toucher etc). Rien ne vient de l'intérieur de l'homme (pas de révélation du monde) : l'homme fait partie du monde et le monde se donne à être perçu. Sens commun : le savoir de tout le monde // science : lois qui théorisent le monde et le rende "tangible", "manipulable" ; homme dépendant du monde, presque création du monde : l'homme est façonné par le monde et non pas lui-même vérité. Serviteur du monde.


« Nous vivons dans un monde où la parole est instituée. Pour toutes ces paroles banales, nous possédons en nous-mêmes des significations déjà formées. Elles ne suscitent en nous que des pensées secondes; celles-ci à leur tour se traduisent en d'autres paroles qui n'exigent de nous aucun véritable effort d'expression et ne demanderont à nos auditeurs aucun effort de compréhension. Ainsi le langage et la  compréhension du langage paraissent aller de soi. Le monde linguistique et intersubjectif ne nous étonne plus, nous ne le distinguons plus du monde même, et c'est à l'intérieur d'un monde déjà parlé et parlant que nous réfléchissons. Nous perdons conscience de ce qu'il y a de contingent dans l'expression et dans la communication, soit chez l'enfant qui apprend à parler, soit chez l'écrivain qui dit et pense pour la première fois quelque chose, enfin chez tous ceux qui transforment en parole un certain silence. Il est pourtant bien clair que la parole constituée, telle qu'elle joue dans la vie quotidienne, suppose accompli le pas décisif de l'expression. Notre vue sur l'homme restera superficielle tant que nous ne remonterons pas à cette origine, tant que nous ne retrouverons pas, sous le bruit des paroles, le silence primordial, tant que nous ne décrirons pas le geste qui rompt ce silence. La parole est un geste et sa signification un monde. »
(Phénoménologie de la perception, p. 214)

--> Théâtre de l'absurde (Samuel Beckett)


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