Encourage la rébellion

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CHRONOSREP

Wanted
Montréal, 2047. Une foule anarchique et cosmopolite fourmille le long de la rue sainte Catherine. L’armada populaire est multicolore de peau tandis que les corps sont mécaniques, de chair ou métis. Homme et androïde, chacun est différent mais tous sont identiques dans la masse, individu désintéressé et trop pressé, croisant l’autre sans même le regarder, les yeux rivés sur les vitrines ou sur son nouvel objet connecté et déjà démodé. C’est une tourbe de bras et de jambes. murmurent certains. Toutes ces conneries, ça sera la mort de l’être humain, ajoutent d’autres. Vous n’y êtes pas , renchérit un dernier, cette foule polymorphe, insaisissable, c’est la vie, le mouvement, le progrès.
C’est la danse des humanités.
Intrigue
Divergence // Suite à la catastrophe de la AH exposition, des groupes anti-androides se forment tandis que les industriels essayent de séduire de nouveau les acheteurs…
Léandre Luissier ▬ présent
George adamsmp

▬ MAJ et intrigue 2 : 25 aout 2017
▬ Ouverture d'Exantrop le fin mai 2016

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 Supercalifragili... C'est quoi la suite? [PV Antoine]

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La plupart du temps, il n'y pensait pas. Il se levait, passait la matinée à sourire en regardant Dove se préparer, résistant parfois, mais pas toujours, à l'envie de le câliner et de lui caresser les cheveux, avant d'aller à la maison de retraite, et d'y administrer les traitements nécessaires, et de prendre soin de ses patients. Il les aimait tous. Pas autant que son Dove, mais quand même. Pourtant, parfois, dans certaines circonstances, comme quand il venait de perdre un patient et avait passé des heures avec les médecins et la famille, tentant de retenir ses larmes à la mort de ces gens qu'il considérait comme ses parents, il se souvenait de la raison pour laquelle il était devenu infirmier.

Il se souvenait encore la déchéance. Le regard de sa mère qui se faisait de plus en plus vide, alors qu'elle ne parvenait même plus à le reconnaître, lui son propre fils, et qu'elle retombait, peu à peu, lentement, mais sûrement, en enfance. Le désespoir de son père, aussi, quand il avait compris que la meilleure solution était de "l'assister". Quel mot horrible. Il n'y avait que peu de choses que Lise détestait. Détestait vraiment, pas simplement avec un petit froncement de nez, mais du plus profond de son âme. Et ce mot en faisait partie. Eux, les gens adorables, comme Dove, assistaient vraiment les humains. Les aidaient en y croyant de tout leur cœur. De temps en temps, il était conscient que ce n'était qu'un programme. Et le reste du temps, il y croyait.

La bonté restait un concept abstrait, la plupart du temps. Et "l'assistanat" n'était qu'un mot corrompu. Il inspira profondément l'air un peu fermé, qui sentait le médicament, l'antiseptique, la lessive et le petit vieux. Un peu poudrée, un peu talquée, c'était une odeur qu'il adorait. Qu'il avait appris à aimer, en fait. Sa pénitence, en quelque sorte, pour n'avoir rien pu faire pour sa mère. Il passa la main dans ses cheveux perdus entre roux et châtain, créant plus d'épis que n'en aplatissant, et sourit doucement en rejoignant le groupe qui se rassemblait lentement. Sa belle voix grave s'éleva, enjouée.

"Alors, qui a hâte de voir le spectacle de magie? Monsieur Delons, je suis persuadé que vous allez essayer de casser tous ses tours. Et vous, Madame Elage? Où avez-vous mis vos lunettes? Vous n'allez rien voir, sinon..."

Il sourit et les lui ramena, allant à l'entrée accueillir leur "mystérieux" magicien. Ils étaient tous enthousiastes, et ça faisait plaisir à voir, eux parfois si amorphes devant leur télévision. Bercé par le couinement de son sabot gauche sur le linoléum vieillissant, il ajusta son uniforme. Il devait avouer qu'il avait envie de voir ça aussi. La magie l'avait toujours fasciné. Mais de loin. Il se savait un peu trop maladroit pour ça...
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Antoine Dastre
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Réfractaires


Mails : 388
Surnom : L’illusionniste.
Emploi/loisirs : Agent infiltré d'Exovedat chez les réfractaires, écrivain, orateur, magicien.
Portrait robot : - 37 ans.
- Fumeur.
- Grand lecteur.
- Parle très lentement car réfléchi ses mots.
- Adore le théâtre.
- Vouvoie tout le monde.
- ENFP "Inspirateur"
- Semble désespérément attiré par les causes perdus comme les artilects et Léandre.




Lorsqu'il se tenait devant les portes de la maison de retraite, Antoine avait toujours cette pensée volatile pour son grand-père. René Dastre était mort à un âge avancé, respectable. Père de son propre père, il avait toujours été plus chaleureux envers le jeune Antoine que son véritable géniteur ne l'avait jamais été. Il y avait eu un conflit entre René Dastre et son fils qui les avait éloigné, de corps et d'esprit.
Le grand-père d'Antoine était un homme dur et sévère, mais son ouverture au dialogue était ce qui avait fasciné, façonné Antoine. Il se souvenait encore des longues après-midi à discuter avec lui, à lui poser des questions sur le monde, à lui donner son avis sur les livres qu'il lui avait conseillé la semaine passée. Antoine avait aimé son grand-père ; si fort qu'il avait été le seul à lui rendre visite à l'hôpital les jours précédents sa mort, l'an passé. Jusqu'au bout, il avait fatigué les autres retraités de ses sermons sur la justice, probablement.

Antoine n'avait pas réussi à se défaire de son habitude de passer régulièrement dans cette maison de retraite. Antoine était le genre d'homme qui avait du mal à tuer sa routine malgré quelques efforts dans ce sens. Il lui avait néanmoins fallu trouver une nouvelle excuse pour se rendre ici ; une excuse aisée à formuler lorsqu'on était magicien. Il n'y avait pas que les enfants pour apprécier les tours de passe-passe.

Parce qu'Antoine était un homme ponctuel et que ses visites étaient toujours soigneusement programmées, il n'eut pas longtemps à attendre avant de se voir ouvrir. L'homme qui s'occupait avant de son grand-père l'accueillait dans sa tenue de travail, et Antoine admirait, comme à chaque fois, sa dévotion. Lise, comme Léandre, semblait être de ces hommes qui avaient choisi de se dévouer aux autres. Antoine admirait cette abnégation.

"- Vos patients sont-ils prêts pour un peu de magie ?" demanda Antoine sur le ton de la plaisanterie, montrant le sac contenant ses outils. "J'ai un nouveau numéro, depuis la dernière fois. Pour ne pas les ennuyer."

C'était dans l'intérêt d'un artiste de savoir se renouveler, de toute façon. On se lassait de ce qui était trop vu, on se fatiguait de ce qu'on pouvait prédire.

Antoine emboîta le pas de l'infirmier dans le couloir. Il l'avait tant emprunté, ce couloir, pour toujours monter dans la même chambre, voir la même personne. Son grand-père faisait peut-être parti de ces personnes qu'Antoine regrettait un peu, mais il n'en était pas certain. Il y avait eu une longue période durant laquelle il ne l'avait plus vu, lors de ses conflits avec sa famille ; et il ne l'avait pas pleuré à sa mort, et n'avait pas été invité à son enterrement. C'était davantage comme s'il s'était exilé dans un pays lointain. En quelque sorte.

"- Et vous, comment allez-vous ?" questionna Antoine avec politesse et douceur. "Ne vous surmenez pas."

Ses patients avaient besoin de lui, en forme, alors il devait faire attention à lui. Antoine s'était quelque peu attaché au personnage, il l'avouait. Ce n'était pas vraiment de l'amitié, mais une sincère sympathie. C'était ce genre de personne que l'on rencontrait souvent, et avec lesquelles on échangeait des banalités avec un certain plaisir ; et parfois, on se laissait aller à une discussion un peu plus longue, et on se découvrait un curieux attachement.
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Son sourire s'agrandit encore lorsqu'il ouvrit la porte et reconnut Antoine Dastre. Il se souvenait encore ses fréquentes et longues visites à son grand-père. Celui-ci n'avait de cesse de parler de lui, fier comme un coq, et même pendant sa dernière année... Il bouillait de ressentiment, parfois, mais pas contre lui. Oh, non, il n'aurait rien fait contre lui, fort probablement. Lise le fit entrer avec enthousiasme. Ses patients. Oui, ils étaient siens, bien entendu. Des patients, mais aussi presque une famille. Il s'était presque autant attaché à eux qu'à Dove.

Il ne parlait jamais de lui avec Antoine. Il se demandait ce qu'il en pensait, mais s'il aimait débattre, il ne voulait certainement pas vexer les gens, ou blesser qui que ce fut. Après tout, impossible de savoir s'il n'avait pas eu une mauvaise expérience avec un androïde. Toutes les histoires avaient un intérêt. Et la sienne, il ne la connaissait pas. N'aurait pas osé demandé, de peur de l'attrister. Ou de lui faire du mal. Il n'aimait pas voir les gens mal à l'aise, ou pire, avec des larmes plein les yeux. Il en pleurait toujours, après, et il n'aimait pas cela. Dove paniquait quand il le voyait comme ça. Et il ne voulait pas voir son cher androïde dans cet état. Il l'adorait vraiment trop pour ça.

Il rit en regardant le sac, un joli son, dans la pièce qui résonnait un petit peu, vide de personnes pour l'instant.

"Ils vous attendent avec impatience. Ils adorent vos venues, pour ceux qui s'en souviennent. Et moi aussi, je dois admettre. Je me retrouve souvent aussi fasciné qu'eux par le ballet magique que vous nous offrez."

Il sourit et l'accompagna. Il était parfois un peu franc, et très maladroit, dans ses mots comme ses gestes. Les ancêtres accueillirent le bruit des pas de Lise, caractéristique, accompagné de celui des pas d'Antoine, avec un enthousiasme juvénile. Ils tapaient des mains et, pour certains, sifflaient. Il se tourna avec bonne humeur vers le magicien.

"Quand je vous disais qu'ils étaient contents de vous voir. De vrais enfants. Ils font plaisir à voir."

Il passa rapidement sur les questions le concernant. S'il adorait écouter, et débattre, il préférait exposer les opinions des penseurs que les siennes, veiller au bien-être de son interlocuteur qu'au sien, et surtout, détourner les regards. Il n'avait pas honte de lui, non, et il n'avait pas de vice caché ou de trouble enfoui qu'il souhaitait dissimuler. Il s'intéressait simplement plus aux autres qu'à lui-même.

"Vous avez certainement plus de raisons de vous surmener. Ce doit être éprouvant d'inventer des nouveaux tours. Des semaines de travail, peut-être même des mois d'entraînement? Je ne voudrais surtout pas y assister, ce serait un peu briser la magie, mais... La curiosité, parfois, vous savez..."

Il rit. Il se sentait aussi parfois comme un enfant. Il le fit rentrer dans la pièce et se reconvertit en chauffeur de salle pour l'occasion, faisant plutôt très bien son oeuvre, allant jusqu'à proposer à une vieille dame pomponnée de se transformer en magnifique assistante du magicien. Il se tourna vers lui avec une moue.

"Désolé, je me suis un peu laissé emporter. Vous n'avez peut-être pas besoin de cette charmante et fringante jeune donzelle?"

Il lui adressa un regard un peu suppliant. Ils avaient tous l'air tellement enthousiastes. Il aurait eu le cœur fendu de les décevoir, mais ce n'était pas son choix. Et il avait encore été terriblement maladroit et inconvenant...
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Antoine Dastre
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"Ceux qui s'en souviennent". Ce groupement de mots est parmi les plus tristes qu'Antoine aient entendu. Son grand-père avait eu la chance d'échapper à la perte de sa mémoire, mais tous les individus ne rencontraient pas le même succès. Antoine ne s'imaginait pas perdre ses souvenirs. C'était beaucoup trop important. C'était de ces choses qui façonnait celui qu'il était, son être. Plus d'un philosophe l'avait écrit. Un être humain est une mémoire, le fruit d'actes et de pensées propres à lui-même. En perdre le souvenir avait quelque chose d'effrayant et de déshumanisant ; et bien malgré lui, Antoine posait sur les retraités un regard vaguement empli de pitié.

Leur accueil chaleureux, néanmoins, chassa vite cette mélancolie. Les sourires, l'enthousiasme, la bonne humeur sur les visages des spectateurs, c'était le moteur de la passion d'Antoine. C'était la motivation de poursuivre et le renforcement de ses convictions. Antoine serra quelques mains, comme il en avait l'habitude. Se présenta aux nouveaux patients, affirma aux anciens qu'il allait bien, oui, de puis la dernière fois.

La ronde des salutations faites, Antoine détailla de haut en bas la vieille femme que Lise lui avait choisi pour assistante. Il n'y avait guère besoin d'une autre pair de mains dans les tours d'Antoine, mais si cela amusait une ancêtre, il lui trouverait une place dans son numéro.

"- On a toujours besoin d'un peu d'aide," mentit Antoine avec un sourire. "Dites à vos patients de s'installer, Lise, je vais en faire de même."

Antoine récupéra sa mallette, et s'installa à l'endroit habituel, pour déballer les accessoires habituels ; et lorsque les retraités furent assis, attentifs, et tous équipés de leurs lunettes, le numéro put commencer.

Tous les magiciens réalisaient les mêmes tours, à quelques variantes près, mais ce qui rendait un spectacle unique, c'était le charisme de l’illusionniste. Le maître d'apprentissage d'Antoine l'avait aidé à développer ce charisme. Quand laisser languir les yeux curieux, quand presser le numéro, quelle attitude adopter, quels sourires adresser. L'éloquence d'Antoine était un atout que tous les marchands d'illusions ne possédaient pas. Il s'en servait pour flatter son audience, et cette vieille femme qu'il emmenait presque danser.

On ne savait trop comment, Antoine parvenait à changer la couleur du châle de sa cavalière ; puis il lâchait sa main et faisait apparaître des objets qui n'auraient pu dut être dans cette pièce. D'autres se volatilisaient, comme la canne d'un pauvre vieillard qui ne comprit pas comment le magicien s'en était emparé.

Antoine aimait ce qu'il faisait. Étonner, distraire, tromper. Il était le centre de l'attention, l'acteur, le héros. C'était quelque chose qui lui convenait ; dont il avait besoin. Peu importait qui composait son public. C'était sa scène, son lieu de liberté. C'était le condensé de ce qu'était sa vie ; mensonges, belles paroles, fantasmes et secrets. Le monde est un théâtre, disaient les anciens. Antoine tentait de faire du monde son théâtre, difficilement, à l'échelle de ses moyens.

Le spectacle du jour achevée, Antoine rend sa retraitée à Lise. Antoine ne se permettait jamais de réaliser des numéros trop longs dans la maison de retraite car il avait remarqué que ces ancêtres peinaient à rester concentrés sur la durée. Ils somnolaient, piquaient un somme. Antoine avait toujours trouvé dommage d'autant dormir alors qu'on était si proche du sommeil éternel.

"- Cette charmante et fringante demoiselle a été bien choisie," rit Antoine face à Lise. "Une de vos nouvelles pensionnaires, n'est-ce pas ?"

Il ne se souvenait pas de ce visage. Et il était vrai qu'elle paraissait un peu plus jeune que ces congénères. Peut-être ne serait-elle bientôt plus capable de danser et d'assister comme elle l'avait fait. Qu'il était moche de vieillir. Qu'il était moche de décrépir.
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S'installer. C'était enfin le moment tant attendu qui commençait. Lise pouvait lire sur les visages l'enthousiasme, l'anticipation, la joie... la vie, tout simplement. C'était un tel changement par rapport, pour certains, à l'attitude amorphe qu'ils affichaient en regardant peu à peu leur mort arriver, dans l'indifférence générale. Le plus triste étant que parfois celle-ci venait de la famille de leurs patients, mais également du personnel de la maison de retraite. Il ressentait toujours ce pincement au cœur en constatant l'automatisme avec lequel certains infirmiers traitaient les vieillards qu'ils devaient aider. Les véritables robots, ce n'étaient souvent pas les androïdes, mais les humains abrutis par la morosité de leur monde intérieur. Bien sûr, il ne parlait jamais de ce genre de pensées. Ou alors, simplement lorsqu'il ne s'en rendait pas compte. Ses paroles dépassaient souvent ses intentions, même si rarement ses pensées.

Suivant les demandes d'Antoine, il rassembla les retardataires, veillant à ce qu'ils soient bien installés, aient ce qu'il leur fallait, un café, une tisane, un verre d'eau, leurs lunettes, une couverture. Il avait chauffé la salle et avait fini par s'installer, aussi passionné qu'eux. Il suivit chaque geste, applaudissant autant qu'eux, s'émerveillant de la même façon. Il ne pouvait s'empêcher de regarder ses pensionnaires, de temps en temps, au cours du spectacle. Il avaient semblaient enthousiastes, mais certains peinèrent rapidement à suivre. Ils étaient fascinés, mais si leur cerveau était en éveil, leur corps ne suivait plus vraiment la cadence. La déchéance du corps était souvent bien triste...

Cependant, il savait que le magicien avait l'habitude, et le spectacle s'interrompit rapidement, sous un tonnerre d'applaudissements. Difficile à supporter pour les sonotones de certains, mais la situation se calma rapidement. Il y avait rarement des émeutes ou des mouvements de foule, en maison de retraite. Un avantage, même s'il devait leur courir après, il n'avait souvent pas bien loin à aller. Il se leva pour prendre le bras de la charmante assistante du magicien et sourit à Antoine, les yeux encore brillants de l'émerveillement du spectacle.

"Oui, tout à fait. Elle est arrivée en début de semaine, et apporte beaucoup d'enthousiasme et de dynamisme à notre petit groupe."

Pourtant, personne ne venait la voir, et elle ne resterait probablement pas longtemps avec eux. Il n'en dit rien, mais la confia à son parrain de la maison, accompagnant Antoine.

"Je peux vous proposer un café, quelque chose? Dehors, si vous voulez fumer, profitons du beau temps."

L'odeur persistante ne passait pas inaperçue, même si elle ne dérangeait pas vraiment l'infirmier. Quelques patients fumaient encore activement, sous prétexte qu'ils mourraient de toute façon, alors autant se faire plaisir. Une belle philosophie. Il sourit, attendant sa réponse. Il aimait bien discuter avec lui, de tout et de rien. Jamais de débat, jamais de conversation profonde. Mais agréable malgré tout.
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Antoine Dastre
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Les retraités se dispersaient avec l'aide du personnel. Antoine les entendait discuter du spectacle, se questionner sur certains tours, et cet intérêt lui arrachait un sourire amusé. Combien de ces personnes mourraient sans jamais savoir quelle était l’habileté qui se cachait derrière cette magie ? Les prestidigitateurs emportaient leurs secrets dans leur tombe, c'était connu. Antoine se demanda rapidement si son ancien mentor était aujourd'hui en maison de retraite, lui aussi. Antoine savait de quelques bouches bavardes que l'homme avait déménagé en Europe plusieurs années plus tôt. Il n'aurait sans doute plus jamais de nouvelles de sa part.

L'offre de Lise était alléchante et Antoine ne sut pas la décliner. Il était toujours incapable de refuser une discussion agrémentée par la cigarette et la boisson. C'était son activité favorite, après tout. Le coeur même de sa vie. Antoine était de ceux qui parlaient trop et n'agissait pas assez, mais il s'évertuait à maintenir un semblant d'équilibre. Un défi ardu qui demandait patience et attention.

"- Comment dire non à un café en plein air ? Vous connaissez mes goûts."

Il avait déjà cette habitude, à l'époque où son grand-père vivait dans cette maison de retraite. Puisque l'alcool n'était pas autorisé dans ce genre de bâtiment, il buvait du café. Que ce soit avec son grand-père ou avec le personnel, il finissait toujours aperçu une tasse en main. C'était aussi un moyen de couper court à ses envies trop importantes de cigarette. Il faisait toujours de son mieux pour se modérer, ici. Il tentait tant bien que mal de ne pas imposer une odeur trop forte de nicotine aux vieillards te aux infirmiers.

Antoine suit Lise jusqu'à la machine à café et jette un oeil à la cour intérieur de la maison de retraite où de vieilles personnes prennent le soleil peut-être pour la dernière fois. Antoine aimait ce petit jardin. C'était à, souvent, où les jours lumineux comme celui-ci, il arrachait un brin de causette à Lise.

"- Je ne vois pas votre androïde aujourd'hui", lança Antoine sur le ton de la conversation. "Toujours en votre possession ?"

Antoine savait ce thème quelque peu délicat. Lise n'était pas véritablement au courant des idées, occupations, et autres complots d'Antoine. Ils évitaient toujours soigneusement les sujets fâcheux. Chaque fois qu'Antoine évoquait le petit Dove, il s'abstenait d'émettre tout jugement sur le statut de propriétaire de Lise, sur sa façon de le traiter, sur son rôle. Il ne louait pas, ne condamnait pas. Il posait des questions, énonçait des faits. Tout devait rester banal, entre eux. Une sorte de règle tacite. C'était en cela bien différent de ses discussions houleuses avec Léandre.

Rien que cet environnement était différent du lieu où il s'entretenait avec Léandre. Cette maison de retraite était à des années lumières du bureau du jeune Luissier. On s'y sentait moins enterré, mais tout avait aussi moins de caractère. L'un dans l'autre, ce n'était pas l'endroit où Antoine se sentait le mieux. Rien ne valait son petit appartement ; et ce bar où chantait la tendre Cybèle.
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L'enthousiasme. C'était parfois ce qui manquait à la vie de Lise. L'enthousiasme et l'émerveillement. Les mystères. Tout ce qui donnait du sel à la vie, selon lui. La sienne était un peu fade, mais elle était douce, sans remous, sans colère, sans violence. Avec une bonne dose de mort, évidemment, mais c'était inhérent à son métier, plus que de son fait. Il aimait sa vie, mais se laissait porter par elle, plutôt qu'agir pour la changer. Lorsque l'on demandait aux gens ce qu'ils pensaient, de lui, il n'était jamais remarquable, ou formidable, intriguant, passionnant, énigmatique, comme pouvait l'être Antoine, parfois. Ce n'était que de brefs instants, pendant lesquels il regrettait des instants perdus, manqués, qui auraient pu changer sa vie. Puis cette porte se refermait, et il souriait à nouveau, appréciant ce qu'il avait, et ce qu'on lui avait offert. Il ne put retenir un petit rire en entendant ce qu'il prenait pour un compliment. Il en venait presque, parfois, à considérer le magicien comme un de ceux dont il s'occupait. Les gens avec lesquels il était le plus à l'aise, à part Dove. Et les connaître, leurs goûts, leurs attentes, leurs envies, était un plaisir. Son plaisir.

Mais il était vrai, quand il y songeait, qu'il le faisait souvent, à l'époque où il visitait son grand-père. Il clôturait sa visite avec un café, et une petite discussion, le peu de temps que Lise pouvait lui consacrer, entre deux patients. Il le mena jusqu'à la machine, servant deux tasses, et lui en tendant finalement une. Il n'était pas si mauvais, par comparaison à d'autres qu'il avait pu goûter en hôpital. Il inspira la fragrance, prégnante, ensorcelante. Il avait toujours aimé l'odeur du bon café, même s'il devait se contenter de celui-ci, avec son salaire. Il avait deux passe-temps qui coûtaient cher. D'ailleurs, en en parlant...

Il releva les yeux vers lui. Il se demandait toujours ce qu'il pensait, tant il s'efforçait d'être neutre en le mentionnant. C'était bien mieux. Cet endroit n'était pas propice au débat. Plutôt au calme et à la diplomatie. Une seconde peau, son essence, même. Il baissa un peu la tasse.

"Il est là, quelque part. Il est le plus utile ici."

Il sourit gentiment. Il aurait voulu lui dire qu'il aimait être ici, mais il était cruellement conscient que ce sentiment, comme aucun autre, n'existait en Dove. Il revenait parce qu'il le réparait, parce qu'il était son propriétaire, parce que sa base était connue... Pourtant, il ne pouvait nier que lui l'adorait. Sa naïveté, sa petite frimousse, sa gentillesse sans aucune borne qui, si elle était programmée, n'en était pas moins un exemple pour nombre d'entre eux.

Il le guida sans heurt dehors, saluant de la main quelques pensionnaires qui hochèrent la tête en leur direction. C'était un espace de détente complet, plus d'un en profitant pour lézarder, quand d'autres fumaient, ou jouaient aux échecs. Et les derniers, comme eux, discutaient à voix basse, d'un ton toujours égal, se réchauffant les mains d'un café qui n'était ni bon ni mauvais.

"Vous vous produisez dans beaucoup d'endroits? Des cabarets, ce genre? J'imagine que votre intervention bénévole ici est... nostalgique, plutôt que véritablement utile ou génératrice de publicité pour vous..."

Ce n'était pas la meilleure façon d'aborder le sujet, mais sa curiosité était réelle. Il tentait de la satisfaire en se retenant de poser des questions sur les tours en eux-mêmes. Un magicien les emmenait littéralement jusque la tombe, et ici, elle était bien trop près pour l'évoquer sans y penser avec un réalisme dérangeant. Alors il préférait parler de la vie, et de l'extérieur.
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Antoine Dastre
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Dove était utile. Antoine n'en doutait pas. C'était une des qualités que l'on attribuait volontiers aux androïdes : ils étaient utiles. Peut-être trop. L'un des arguments favoris des réfractaires, c'était que ces vulgaires machines volaient le travail des hommes. Une part d'Antoine était d'accord, une autre trouvait cette réponse ridicule. Il n'y aurait pas besoin des machines si seulement les hommes étaient assez compétents. Puis il y aurait toujours des métiers pour lesquels le plus performant des androïdes ne voudrait rien ; l'art, au hasard. Antoine imaginait difficilement l'un de ses précieux romans écrits de la main d'un androïde, aussi attaché aux droits de ces machines était-il.

Antoine suivit l'infirmier au dehors et apprécia l'air frais qui coupait avec la discrète odeur d'hôpital du lieu. Il chassa dans un coin de sa tête l'idée de fumer et se concentra sur le café entre ses mains et sur le sentiment de paix qui irradiait de ce petit jardin et de son timide soleil. Combien de fois avait-il discuté avec son grand-père sur l'un de ces bancs ? Trop, sans doute, pour être comptées.

De nombreuses personnes âgées les entouraient. Un autre atout des androïdes, songeait Antoine, c'est qu'ils ne vieillissaient pas. Un androïde bien entretenu pouvait durer de longues années sans perdre de ses capacités. Il ne connaîtrait pas la dégénérescence de son corps ; et le cas venant, il suffisait de remplacer les pièces abîmées.

"- Il est vrai que je ne tire aucun bénéfices de mes visites ici," répondit enfin Antoine comme si aucun silence n'avait séparé ses mots de ceux de Lise. "Mais j'apprécie cet endroit et j'ai plaisir à divertir vos patients."

Etait-ce une forme de charité ? Probablement. La vérité, c'était que ce genre de bonne action aidait Antoine à se prendre pour un bon être humain, quelqu'un de respectable. Aider son prochain était une belle valeur. Être gentil avec les autres, leur vendre un peu de joie, c'était une manière de se sentir satisfait. C'était un acte très égoïste, en fin de compte. Antoine ne s'était jamais voilé les yeux sur son égoïsme. Il n'avait rien de très noble comme avait parfois l'air de le penser ses connaissances.

"- J'ai l'habitude de me produire dans de petites salles ici et là. Quelconque établissement veut bien de moi, m'a. J'atterris souvent dans des endroits mal famés qui mettraient en colère certains de mes amis," rit Antoine en pensant à Léandre, "mais cela me convient."

Il n'avait pas besoin de plus. Sa popularité actuelle lui convenait à merveille. Il ne ressentait pas le besoin de viser des sommets, de se sortir de ses bars miséreux et de ses scènes pour enfants lors des festivals en plein air. Ses rêves de grandeur étaient morts il y avait de cela longtemps, en même temps que son esprit de rébellion, sans doute ; quoique celui-ci survivait un peu à travers les âges.

"- Je n'ai pas d'attrait pour les grandes salles qui alignent les sièges sur plusieurs rangées," ajouta Antoine. "Je n'aime pas les grands espaces qui sonnent vides. Pour vous faire une confidence, Lise, le vide m'effraie."

Et le vide revêtait tant de formes qu'il était souvent difficile de l'éviter. Antoine but une longue gorgée de son café, et la chaleur de la boisson lui arracha un discret frisson. Toujours le même goût depuis tout ce temps. C'était ainsi qu'il aimait les choses ; habituelles.
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Le plaisir de se divertir, de divertir, et d'être diverti. Celui d'être sur le devant de la scène, observé, épié, admiré. Si Lise en comprenait un aspect, l'autre lui était entièrement inconnu. Rien de tout cela ne l'attirait, ne l'avait jamais attiré. Il était un être discret, sans histoire, sans saveur, qui s'intéressait et se fascinait de la brillance des autres. Ironiquement, même l'insouciance programmée de Dove lui laissait cette impression, alors même qu'elle n'avait rien de spontané. Il aimait aimer les gens pour cela. Parler de leur vie, de leurs aventures, de ce qu'ils avaient vécu, pensé, vu, ressenti.

C'était ainsi avec ses pensionnaires, dont les longues années amenaient un nombre incalculable de contes et presque de légendes. C'était ainsi, également, avec la vie mouvementée de son androïde, bien qu'il s'inquiète plus souvent qu'il ne profitait. Les longues heures passées à essayer de faire disparaître les stigmates de ses pérégrinations, sommeil perdu dans les limbes. Et surtout, c'était ainsi avec les rares visiteurs, membres des familles, acteurs d'une vie extérieure dont il ignorait, en quelque sorte, tout. Métro, boulot, dodo... Parmi tous ses visiteurs, Antoine était un de ses préférés. Il avait toujours possédé cet air mystérieux, peut-être son côté magicien. Mais s'il n'était pas l'homme le plus beau qu'il ait jamais rencontré, il était un des plus charmants.

Il aurait voulu lui demander mille et une choses sur ses tours, ses entraînements, mais il ne pouvait le faire. Ce serait briser l'enchantement. Et puisqu'il s'agissait des seuls astres brillant dans le ciel noir de son quotidien planplan. Il ne s'en plaignait pas, cela lui plaisait bien. Mais il ne pouvait que rêver à celui de ces gens fascinants. Alors il l'écouta, un doux sourire aux lèvres, en sirotant son café trop chaud qui lui insensibilisa la langue. Il rit même devant la perspective de ces amis qui seraient choqués par les lieux qu'il ne pouvait qu'imaginer. Et des amis qu'ils ne pouvait qu'essayer de concevoir.

Il n'en avait pas lui-même, en réalité. Des connaissances, d'excellentes, pour certaines, rencontrées sur la toile, restaient entièrement virtuelles. Gêné par son physique, par sa vie inintéressante et pourtant par son manque de courage pour en faire plus, par sa maladresse, il n'allait pas vers les gens s'ils n'avaient pas besoin de lui, préférant rester silencieux et seul, un peu à l'écart. Même de voir Dove prendre de son temps et risquer son intégrité pour d'autres pouvait le chambouler.

Puis il y eut ce vide. Il le connaissait, mais certainement pas le même. Il posa une main rassurante sur son épaule, peu de temps. Il ne voulait pas paraître inconvenant, alors même qu'il était simplement avide de combler sa propre version du vide.

"Ici, ce ne sera jamais vide. Vous y êtes toujours le bienvenu, et même si ceux qui ont connu votre grand-père ont disparu ou oublié, ils sauront vous accueillir avec chaleur. Même si certains s'endorment parfois, ou perdent le fil..."

Il rit, un joli son qui retentissait souvent entre ces murs. Il termina sa tasse de café et regarda autour d'eux, frissonnant un peu quand un nuage passa devant le soleil, avant de les baigner à nouveau de sa lumière dorée.

"Et moi aussi. Vous nous apportez de l'émerveillement dans une vie qui en manque. C'est toujours un combat pour moi de ne pas céder à la tentation de vous demander vos secrets. La curiosité, vous comprenez... Mais le mystère en fait partie. Et si vos petites salles sont parfois mal famées, eh bien... J'imagine que ça doit avoir son charme malgré tout..."

Le sourire n'avait pas quitté ses lèvres.
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Antoine Dastre
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Mails : 388
Surnom : L’illusionniste.
Emploi/loisirs : Agent infiltré d'Exovedat chez les réfractaires, écrivain, orateur, magicien.
Portrait robot : - 37 ans.
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- Parle très lentement car réfléchi ses mots.
- Adore le théâtre.
- Vouvoie tout le monde.
- ENFP "Inspirateur"
- Semble désespérément attiré par les causes perdus comme les artilects et Léandre.




La main qui se pose sur son épaule fait sursauter Antoine qui ne s'y attend pas, mais il ne repousse pas le geste. Antoine n'était pas une personne frileuse avec les contacts physique. Tenir une main, une épaule, somnoler contre quelqu'un, une embrassade amicale, étaient des actes familiers et dépourvus d'arrière-pensée qui faisaient partie de son quotidien. Antoine aimait trop les liens humains pour les repousser. Il n'était pas le genre d'homme à aimer s'isoler et se couper de ses congénères. Il avait beaucoup trop besoin de sa vie sociale.

Antoine tourna la tête vers Lise et lui sourit. Il faisait tourner son café dans le gobelet sans le boire. Il ne voulait pas contredire l'homme parce qu'il n'avait jamais été question de débattre profondément entre eux deux, mais il mettait en doute l'opinion de Lise. Rien n'était éternel. Cette maison de retraite finirait par fermer un jour et se vider. Peut-être même de son vivant, peut-être pas. Cette idée déplairait sans doute à Lise, alors mieux valait ne rien dire et s'intéresser à ce café ; le vider un peu.

"- La seule personne à laquelle je pourrais révéler mes secrets serait un apprenti, tout comme mon mentor l'a fait avec moi. Mais je n'en ai pas," dit calmement Antoine. "Je ne compte pas en avoir. Je suis mauvais pédagogue. Et déjà bien assez occupé."

Et pas assez vieux, aussi, pas assez expérimenté, pas assez extraordinaire. Son mentor était une personne talentueuse qui avait pratiqué avant même d'apprendre à lire et à écrire. Un vieux bougon qui avait eut bien du mal à discipliner Antoine et à la rendre agile de ses dix doigts, mais l'acharnement des deux hommes avait fini par porter ses fruits, au moins un petit peu.

"- Les petites salles mal famées auront toujours leur charme car c'est là-bas que j'ai fais mes débuts, et sans doute là-bas que je donnerai mon dernier spectacle." Antoine but une gorgée de café. "Elles sont un défi, vous savez. Vous devez vous montrer plus intéressant que les différends et l'alcool qui errent dans la salle et captiver votre auditoire. Réussir a quelque chose de satisfaisant."

Ces petites salles étaient aussi l'occasion de bonnes rencontres, mais Antoine ne pouvait se permettre de parler de Cybèle. Un homme comme lui ne devait pas côtoyer les androïdes, encore moins les artilects, et Antoine ne pouvait deviner qui connaissait la douce chanteuse des bas quartiers de Montréal.

"- Si la magie vous intéresse," reprit Antoine, "promenez-vous dans les salles et les cafés qui offrent une chance aux artistes de tout horizon. Vous pourriez avoir de bonnes surprise. Je ne suis pas l'unique magicien de la ville."

Et pas le plus compétent, pas dessus le marché, mais peut-être un des plus accessibles ? Antoine n'en savait rien car il limitait ses contacts avec ses collègues. Une habitude prise de son vieux mentor : moins on en sait sur les secrets des autres, moins ils en savent sur les nôtres. Et dans ce genre de métier, le secret était une question de survie.
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Une gentille rebuffade qu'il prit avec le sourire. Oui, bien entendu, il ne lui aurait pas dit. Ce n'était pas juste affaire de ne pas demander. Car quand bien même l'aurait-il fait, il ne lui aurait pas répondu. Enfin, évidemment qu'il n'aurait pas répondu. Puisque la base de son art était le secret. Ce n'était pas parce que lui demandait qu'il lui dirait. Sinon, il ne servirait plus à rien pour eux d'être magiciens. Ils perdraient l'émerveillement. Décortiquer leur magie, c'était un peu comme raser un arbre centenaire. On en tirait un bois d'exception, une satisfaction immédiate, mais quelque chose était irrémédiablement perdu.

Quant à ce qu'il pouvait bien dire sur son manque de pédagogie, il ne put que froncer un instant les sourcils. Il se sentait toujours triste quand les gens se dévalorisaient de la sorte, surtout sans raison. Lise restait persuadé qu'Antoine avait un don pour se mettre au diapason des humeurs d'une salle, et adapter son spectacle en conséquence. Il ne doutait donc absolument pas qu'il aurait su modifier son discours en conséquence, pour intéresser et plaire à un jeune. Ou une jeune. Il y en avait peu, mais les magiciennes existaient aussi.

Pourtant, rapidement, le sujet changea. Il était celui qui les avait évoquées, ces salles mal famées. Un défi. Oui, comme ici. Un défi pour intéresser le client, pour l'appâter, pour le retenir, surtout, capter son attention. Lise avait ce genre de défis. Il les appelait des combats, et ses adversaires, une bande de retraités enragés refusant à n'importe quel prix de faire ce qu'ils devaient faire, sous une foultitude de prétextes fallacieux. Ce devait être la même chose. Les distractions étaient nombreuses.Mais il ne doutait pas qu'Antoine soit des plus doués pour cela. Il lui sourit donc, maintenant l'expression, même lorsqu'il lui suggéra de les découvrir par lui-même, ces endroits.

Sortir? Seul? Pour que les gens le regardent et qu'il se ridiculise... non, il s'y refusait encore. Et personne ne l'aurait accompagné. Il ne pouvait même pas essayer avec Dove. Déjà parce qu'on ne savait jamais s'il n'allait pas tomber sur des radicalistes anti-droïdes, et aussi parce qu'il était intenable. L'infirmier ne cherchait pas spécialement à le faire, il avait l'illusion que cela lui donnait une forme de libre-arbitre. Il sourit et regarda l'état de leur tasse.

"Je m'intéresse à un peu tout, pas seulement la magie. Mais c'est gentil..."

Ou une autre façon de dire qu'il ne s'aventurerait jamais dans ces endroits. N'importe quel endroit, qu'il ne connaissait pas.

"Souhaitez-vous une autre tasse de café? Ou parler avec quelques pensionnaires? Je sais de source sûre que M. Lamontagne était marié à une assistante de magicien. Il serait ravi de pouvoir parler avec vous."

Car s'il ne détournait pas la conversation, il serait obligé de parler de lui. Et ils ne parlaient pas d'eux, ne débattaient pas, ne se connaissaient pas vraiment. C'était un peu le contrat, entre eux...
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Antoine Dastre
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Lise dit s'intéresser à tout, mais il ne parle jamais de rien. D'aussi loin que remontaient leurs conversations à la banalité d'une route de campagne, Antoine ne se souvenait pas l'avoir entendu s'épancher sur un sujet qui ne concerne pas son travail du quotidien. Il ne parlait jamais de ce qu'il aimait, ou de ce qu'il n'aimait pas. De ses envies, de ses rêveries. Qu'est-ce qui ^pouvait rendre un homme si secret ? Qu'est-ce qui pouvait le pousser à éviter à ce point à s'offrir aux autres ?

Lorsqu'il dévisageait Lise, Antoine avait le sentiment de faire face à une énigme. Une grande énigme à forme humaine cachée sous une blouse d'infirmier. Antoine fit tourner son café dans le gobelet. Il aurait aimé résoudre Lise, mais tout aurait subitement perdu de son charme. Lise était en quelque sorte à l'image de la magie. Il était plus fascinant lorsqu'on en ignorait les rouages, aussi dévorante soit la curiosité.

Antoine boit une gorgée de café. L'offre de Lise lui arrache un sourire.

"- Vous êtes aimable, mais je vais déjà finir celui-ci avant de retourner embêter votre machine." Antoine fume vite mais boit lentement. On s'y habitue. "Peut-être parce que je ne fréquente pas assez votre milieu, je trouve triste de voir arriver de nouveaux pensionnaires si souvent. Vieillir est moche."

La santé était un bien précieux qu'Antoine ne désirait pas perdre ; et pourtant son rythme de vie n'était pas pour l'aider. Ses veillées nocturnes, son addiction à la cigarette, sa tendance à l'alcool, étaient autant de poisons qui lentement venaient l'affaiblir, sans qu'il ne s'en rende compte. Il le savait, au fond de lui, mais c'était plus facile de faire l'autruche. Il n'avait de toute façon pas la volonté de se débarrasser du tabac, ni de la boisson ponctuelle.

Antoine vida le reste du café d'une traite et croisa les bras. Son regard balaya les pensionnaires du regard, et s'arrêta sur une de ces vieilles dames qui fixait le vide comme capable de voir une présence que tous les autres ignoraient. Les chats avaient parfois la même attitude.

"- Nous devrions nous voir en dehors d'ici, un jour," proposa Antoine. "Boire un verre quelque part, dans un établissement sympathique. Ou chez moi si vous n'aimez pas les espaces publiques. Discuter."

Peut-être un cadre plus privé, moins professionnel, dériderait-il Lise. C'était une théorie qu'Antoine avait bien envie de mettre à l'essai. Il croisait mentalement les doigts pour que Lise accepte. Fuirait-il la rencontre comme il fuyait le dialogue ?
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"Vieillir est moche." La phrase tourna dans son esprit un long moment, en boucle, sorte de disque rayé à une époque où ils n'était plus en vogue. S'il l'avaient vraiment été un jour. La question se posait véritablement sans son simple, très simple esprit. Fallait-il vraiment considérer la vieillesse comme laide? Ou n'était-ce qu'une façon de dire qu'il semblait injuste que le corps ou l'esprit cèdent face au temps, après une vie passée à croire que l'on était bien mieux que cela? Une vie passée à jouer aux petits dieux en créant des existences parfaites. Il ferma un instant les yeux. Il ne pouvait se permettre de penser de la sorte. Il était, de bout en bout, pour les androïdes. Il les aimait comme il aurait aimé des humains, et tentait de comprendre leurs limitations, leurs aspirations, de ne pas trop demander d'eux. Et quand il pensait aux artilects, il ne pouvait s'empêcher de se dire que les humains, quelque part, avaient perdu le contrôle. Et qu'ils tentaient de rattraper leurs bévues de la plus horrible de façons.

Mais parce qu'il ne débattait pas avec Antoine, et moins encore sur le très sensible sujet des androïdes, il ne répondit pas. Il y avait certainement une réponse téléphonée à délivrer. Qui ressemblerait à "c'est la marche du temps". Ce n'est pourtant pas la réponse qu'il lui fit. Il se contenta de sourire doucement, gentiment, en regardant ses vieux pensionnaires, certains lâchés par leur corps, d'autres par leur esprit, et les derniers par leur famille. En relative bonne santé, avec encore toute leur tête, et la cruelle conscience de leur abandon. Ils étaient les plus admirables, selon Lise. Mais c'était encore un débat. Et il rangea ce sujet avec les autres.

Il avait laissé le silence égrainer ses minutes et il se raclait l'esprit pour trouver un terrain beaucoup plus neutre, beaucoup plus solide et sécurisé que celui qu'ils avaient emprunté jusque-là. Ce fut avec surprise qu'il se tourna vers lui, le regardant longtemps avant même de tenter de former une réponse dans son esprit. Que lui demandait-il? Que lui proposait-il? De sortir? Oh, peut-être avait-il senti sa réticence à fréquenter les salles dont il lui avait parlé, et proposait-il simplement de l'accompagner voir un de ses propres spectacles. Même si la partie discussion, qui n'avait pourtant rien à voir avec leur schéma habituel, l'intriguait. Le seul problème était l'idée de sortir. Il laissait sans problème Dove le faire, mais lui? Dans un endroit inconnu? Il était un homme d'habitudes, de routine. Ennuyeux au possible. Ici, il ne s'en rendait pas compte, car tout le monde oubliait ce qu'il avait déjà raconté, mais seul avec Antoine? Il se ridiculiserait, c'était certain. Et son regard sur lui changerait à jamais. Et d'un autre côté, refuser tracerait une ligne infranchissable.

Maintenant qu'il y songeait, ils étaient ainsi, deux bulles qui rentraient en contact à un point particulier, dans un contexte particulier, deux forteresses qui se frôlaient, sans qu'aucun mur ne tombe jamais. Et le magicien venait d'envoyer un émissaire de paix frapper à la porte que celle qui s'appelait Lise. Le rejeter reviendrait-il à faire baisser la herse? Ou à reprendre leur statu quo? Aussi effrayé était-il par la perspective de devenir source de ridicule, celle de fermer la porte était encore pire. Il hocha donc la tête, souriant doucement, tentant de ne pas laisser paraître son appréhension. Lise ne sortait pas, et jamais il ne lui serait venu à l'esprit que ce puisse être autre chose qu'une polie tentative de discussion.

"C'est très gentil de votre part, de m'inviter... Ce serait avec plaisir."

Jusqu'à la dernière seconde, il avait hésité à refuser. Mais l'image vibrante de cette porte fermée avait eu raison de lui. Elles s'ouvraient si peu que perdre une occasion était... bien plus terrifiant.
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Antoine Dastre
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C'est un sourire qui orne les lèvres d'Antoine lorsqu'il tourne de nouveau son visage vers Lise. Il espérait à peine une réponse de sa part. Il savait l'infirmier renfermé, sans antipathie, mais secret, et distant, et obtenir si facilement une réponse, et une réponse positive, était de ces petites victoires qu'Antoine aimait fêter intérieurement. Il avait posé un pied dans l'espace de Lise et n'avait pas été rejeté. Il prenait ça comme un bon signe, comme un progrès.

Etait-ce réellement de la gentillesse de l'inviter ? Antoine en doutait. Il n'avait pas émit cette offre par parfait altruiste. Il avait des intérêts. Celui de s'occuper, celui de s'assurer de la compagnie, celui de découvrir quelqu'un. Antoine se garda toutefois de le soulever. On ne rabrouait pas un animal craintif qui venait quémander de l'affection. Cela ne faisait aucun sens.

"-C'est, surtout, gentil de votre part d'accepter".

La réplique devrait être satisfaisante pour s'exprimer sans mentir, montrer qu'il comprenait, au moins un petit peu, ce qu'il pouvait en coûter à Lise d'accepter son offre. La réponse que l'infirmier lui avait donnée, néanmoins, était incomplète.

"- Faites moi savoir lorsque vous aurez décidé ce que vous préférez, entre l'extérieur et mon appartement. On s'organisera."

Antoine fit quelques pas vers sa gauche à la recherche de la poubelle de la cour. Il y déposa son gobelet de café vide, puis 'en retourna après de l'infirmier. Antoine était plutôt content que les vieillards soient calmes. Ils n'avaient, pour l'heure, pas besoin de Lise, ce qui laissait le champ libre à la conversation. Le problème de cet homme était qu'il était trop sollicité. Antoine n'avait pas toujours l'occasion de le saisir plus de dix minutes autour d'un café.

"- Je suis d'humeur curieuse", annonça Antoine. "J'aimerais vous poser quelques questions. Bien, sûr, en retour," et Antoine se montra d'un geste de main", "je répondrai à autant de vos questions si vous en avez."

Le jeu serait-il accepté ? Pas la moindre idée. Comptait-il attendre l'approbation de Lise ? Certainement pas. Lorsqu'on ne poussait pas un peu les gens, ils avaient tendance à prendre la fuit.e C'était plus simple.

"- Comment occupez-vous votre temps libre ?"

La première question était lancée ; et, avec, le jeu. Libre à Lise de le snober et de retourner travailler. Libre à lui, aussi, d'accepter de livrer un brin de lui-même. Antoine préférait qu'il se tourne vers la seconde option, mais il ne pouvait le forcer. Les relations humaines ne marchaient pas comme ça. On n'obtenait rien de concret par la force. Rien qui ne soit sincère et volontaire et qui n'en vaille réellement la peine.
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Il sut qu'il avait donné la bonne réponse en voyant le sourire sur le visage d'Antoine. C'était une petite satisfaction, en soi. Il aurait été injuste de dire que Lise n'appréciait pas les interactions sociales. Il en avait fait son métier, en quelque sorte. Mais ces gens avec lesquels il parlait dépendaient de lui. La relation était entièrement déséquilibrée. Celle-ci l'était aussi, mais plutôt à son désavantage. Le magicien était tellement à l'aise. Même s'il prenait le temps de peser ses mots, sa diction lente était un autre signe qu'il savait qu'il fallait parfois réfléchir avant de parler. Contrairement à lui. Quoique, c'était souvent pire quand il y pensait.

La preuve. Il fit de son mieux pour ne pas avoir l'air de se crisper, en entendant sa réponse. Il n'arrivait pas à savoir si c'était parce qu'il savait qu'il avait manqué de refuser jusqu'à ce que les mots lui échappent, ou si c'était une façon de s'excuser d'avoir brisé un statu quo de superficialité qui les maintenant dans une camaraderie distante et de passage. Lise était un visage connu dans un environnement, un point d'étape dans la vie, il n'en doutait pas, bien remplie d'Antoine. Et il n'aspirait pas à être autre chose. Ce qui était bien le problème. Il ne voulait pas aspirer à plus. Il savait bien comment cela se terminait, et ses onze ans de célibat aussi s'en souvenaient.

Il retourna ensuite le reproche dans sa tête. Une réponse incomplète, oui. Parce qu'il avait espéré ne pas avoir à répondre. Ne pas avoir à décider. Sortir, dans un environnement moins intimiste, moins privé, avec l'espoir que celui-ci distraie suffisamment son compagnon d'un soir pour qu'il ne se concentre pas trop sur lui. Ses maladresses pourraient être dissimulées, dans ce genre d'endroit. Il savait aussi qu'il n'y serait pas à l'aise, mais ce n'était pas véritablement une donnée à prendre en compte. Son propre confort importait peu, et n'était garanti que dans ses aires habituelles. Quoiqu'il arrive, aucun de deux endroits ne le seraient.

Et le soudain accès de curiosité d'Antoine le conforta dans son idée. Il l'avait suivi des yeux, alors qu'il partait jeter son gobelet. Il regardait sans voir, réfléchissant. Mais ce n'était pas rien d'avoir réussi à retenir son attention pendant cette phase. Normalement, il perdait absolument toute conscience de son environnement. Mais peu importait. Il ne se rendit compte de la tension qui l'avait envahi à cette question qu'en entendant le plastique du gobelet craquer sous la pression de sa main, et en sentant la brûlure du café qui avait fait son chemin par-dessus bord dans le même mouvement. Définitivement pas chez lui. Il se confondit en excuses, comme d'habitude, et alla à son tour jeter son verre, et prendre des serviettes pour s'essuyer la main, vérifiant qu'il ne s'était pas taché.

Il revint auprès de lui, avec un petit sourire contrit. Décidément, il ne tenait vraiment pas la comparaison. Cette soirée serait une catastrophe. Mais tant pis. Il s'était engagé, et il n'aimait pas décevoir les gens, qu'il soit à l'aise ou pas. C'était un peu la même chose sur ce petit "jeu". Il ne voulait pas y répondre, mais il ne voulait pas rabrouer une personne qui s'intéressait à lui, même par pure distraction.

"Désolé encore pour ça, je milite depuis des années pour avoir des gobelets plus solides, mais ce n'est toujours pas fait."

Il eut un petit rire, puis reprit sa place, regardant à nouveau les résidents, sereins sous le soleil, si ce n'était pour les injures polies fusant de part et d'autre de la table d'échec.

"Je m'occupe principalement de Dove... Il me demande beaucoup de veille technologique pour pouvoir le débarrasser des virus qu'il récupère dehors."

Un doux sourire un peu paternel étira ses lèvres. Ce n'était pas exactement faux. Il était bien obligé de faire tout cela. Il se tourna vers lui pour le reste.

"Je n'ai pas encore de question, vous m'avez pris par surprise. Mais je garde mon droit pour cette nuit que nous passerons ensemble."

Il eut un instant de flottement avec la sordide impression qu'il avait gaffé. Il savait qu'un éclair de panique pure avait dû passer dans son regard, et il ne put que détourner le regard pour que le magicien ne le voit pas. Il avait voulu dire soirée, n'avait pensé à rien d'autre que ça, et c'était tout autre chose qui lui avait échappé. Comme s'il allait inviter Antoine à passer une folle nuit. Ridicule. Il se retint de se frapper le front de la paume devant sa propre stupidité, préférant continuer comme s'il n'avait absolument pas dit une énormité.

"Ce serait avec plaisir également que je découvrirais un établissement que vous jugez sympathique. Ou même un de ces petits endroits où vous pratiquez vos spectacles. Peu m'importe."

Il réussit même à avoir un petit sourire. Il entama une danse de la victoire mentale pour l'effort fourni. S'il ne pouvait plus s'auto-congratuler quand il survivait à une discussion, qui le ferait?
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Antoine Dastre
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Antoine s'était habitué à savoir Lise soigneux de son androïde. Il errait toujours quelque part dans l'ombre dans son propriétaire, apparaissait dans ses paroles à d'autres moments. Lise parlait de son Dove comme d'une machine, mais avec la pointe d'affection que l'on réservait aux humains, semblait-il, et Antoine s'était toujours amusé de ce contraste. Antoine aurait été incapable de parler mécanique. Il n'avait pas la connaissance et n'avait pas la mentalité pour. Les androïdes étaient des mystères, pas des rouages, pour lui. Il voulait toucher l'esprit, pas la carte mémoire.

Lorsque Lise affirma garder son tour de questionnement pour plus tard, Antoine hocha placidement la tête, acceptant le marché. Le nombre de questions qu'il poserait à Lise avant que Lise ne se lasse serait autant de questions que Lise pourra lui retourner ultérieurement.

Difficile, en revanche, de ne pas sourire en entendant l'erreur de l'engage de Lise, et si Antoine n'aimait pas la moquerie gratuite, il résistait rarement à l'occasion d'une plaisanterie sans méchanceté.

"- Je doute, si je bois, de tenir éveillé toute la nuit. A moins que vous ne troquiez ma boisson contre un café corsé."

Et il en faudrait beaucoup pour le convaincre de céder la whiskey à la caféine lors d'une intéressante conversation. Antoine aurait aimé, parfois, que sa jeunesse ne lui ait pas apprise à associer converser et boire. Une erreur du passé qu'il ne réparerait que très difficilement, peut-être même jamais. Rien dans son quotidien ne le poussait à se défaire de cette mauvaise habitude.

Antoine prit alors le temps de réfléchir à où il pourrait inviter Lise. Sa première idée était l'établissement dans lequel chantait Cybèle. Cet endroit était un de ses favoris de tout Montréal, un de ses repaires cachés dans lesquels il aimait s'isoler certains soirs, à écouter la voix de l'androïde, à fumer, à boire, à écrire des vers sans sens dans un carnet corné. Seulement, Antoine imaginait que l'établissement serait trop mal famé pour Lise. Il devrait trouver autre chose.

"- Je vais tâcher de nous trouver un endroit agréable, et je vous tiendrai au courant," conclut Antoine.

Antoine jeta un coup d'oeil rapide sur la montre à son poignet. La pause que Lise pouvait se permettre de s'octroyer n'allait sans doute plus durer longtemps. Il devait profiter du temps restant pour reprendre son petit jeu.

"- Ma seconde question, si vous permettez. Qu'est-ce qui vous a poussé à devenir infirmier ?"

Pourquoi choisir les vieillards et la mort ? Pourquoi choisir le blanc et les antiseptiques ? Pourquoi s'isoler ici, pourquoi aimer tant s'occuper des autres au lieu de soi-même ?
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Il ne manqua pas le sourire. Il aurait été difficile à manquer, après tout. Il n'était pas moqueur, ce sourire, non. Pas vraiment. Pas tout à fait. Un petit peu. Ce qui n'empêcha pas Lise de ressentir la honte au plus profond de son âme. Maladroit il était, il l'avait toujours été. Il le serait certainement à jamais. Ce qui n'arrangeait rien, cependant. Le savoir ne changeait pas les conséquences. Et elles brûlaient son âme, l'avaient toujours fait. Depuis son plus jeune âge. Il n'avait pas eu une vie tragique ou intéressante. Juste pleine de petites vexations qui l'avaient poussé, de plus en plus, à se renfermer sur lui-même et à ne laisser paraître que cette apparence douce et aimable, qui était aussi une part de lui. Cette sagesse et cette patience. La façade n'avait pas tué ses angoisses, ses peurs, ses insécurités, son égoïsme, ses crises de rage, de panique, son envie, non, son besoin, de toucher les gens. Elle les avait juste enfermés très loin, dans un endroit très privé.

Alors il ferma les yeux un instant, prit cette nouvelle blessure, cette nouvelle vexation, et la rangea avec les autres. Oh, elles étaient bien classées, sauvegardées dans sa mémoire, pour les ressasser dans la pénombre de sa chambre, quand Dove se rechargeait, et que lui-même n'avait rien d'autre à faire que venger sa frustration sur une armée de mobs innocents. Il se noyait dans ces eaux pour ne pas affronter sa réalité. Et la stupidité de celle-ci.

Il haussa un sourcil à ce "si je bois". Il ne savait vraiment rien d'Antoine, et s'il l'avait bien entendu imaginé avec une boisson alcoolisée plutôt classieuse, type brandy ou cognac, ce n'était jamais allé plus loin. Que la réalité puisse éventuellement correspondre à la fiction semblait à la fois magique et terrifiant. Pourtant, il retint sa question. Celle de savoir ce qu'il buvait. Il le saurait bien assez tôt. Ou pas. On ne savait jamais, cette proposition pouvait tomber à l'eau, retomber dans les affres de l'absurdité desquelles elle était sortie. Il se contenta de hocher la tête. Il ne voulait pas perdre son éventuelle cartouche.

Il laissa le silence se prolonger, laissant le temps au magicien de réfléchir. L'absence de conversation ne l'avait jamais dérangé. Elle était même confortable. Beaucoup plus que les mots sans sens ni conscience qui sortaient de sa bouche. Et puis, il n'y avait pas que le silence, autour d'eux. La respiration d'Antoine, la sienne propre, le rire lointain d'un pensionnaire, le doux frottement feutré des pièces d'échec glissant sur le plateau, les pas d'un aide ou un autre, dans les couloirs, le vrombissement de la machine à café. Un bruit de chaise. Le tic-tac de l'horloge qui lui rappelait qu'il lui fallait repartir depuis déjà trop longtemps.

Un endroit convenable. Il se demandait ce que ce serait. Puis il se demanda comment Antoine le lui dirait. En revenant ici? En appelant? Probablement l'un ou l'autre. Ils n'avaient aucun autre moyen de se contacter, après tout. Et quand il reprit la parole, cela entraîna plus de réflexion de la part de l'infirmier. C'était une bonne question. Comme souvent quand il plongeait très loin, il se mordilla l'intérieur de la joue. Pas jusqu'à se blesser, mais c'était un réflexe, un tic. Il se demandait quoi dire. La vérité, oui, bien sûr. Mais toute la vérité, rien que la vérité? Non, probablement pas. Il lui sourit quand il pensa avoir trouvé comment l'exprimer. Pour une fois qu'il réfléchissait avant de parler.

"J'ai appris très jeune que j'aimais m'occuper des gens. Surtout de ceux qui ne pouvaient plus s'occuper d'eux-même. J'ai plongé dans cette voie et je n'en suis jamais sorti."

Et il n'aurait jamais pu devenir médecin. Il n'était pas assez intelligent pour ça, d'une part, et il avait l'impression que ça l'éloignerait des patients, quelque part. C'était certainement étrange. Mais en tous les cas, c'était ce qu'il ressentait. Il lui sourit.

"Je garde mon ticket pour celle-ci aussi. Je finirai bien par trouver quoi demander."

Il se demandait comment amener en douceur le fait qu'il fallait qu'il retourne travailler. Il ne voulait pas couper court, mais... il n'avait pas le choix. Et si les questions devenaient plus personnelles que cela, il avait vraiment finir par se refermer comme une huître, avant même leur soirée. Ce serait certainement malvenu. Il passa doucement d'un pied sur l'autre, ses chaussures couinant sur le linoléum alors qu'un aide venait chercher les pensionnaires.

"Ça va être l'heure du repas..."

C'était le plus subtil qu'il pouvait faire, probablement, avant de complètement mettre les pieds dans le plat.
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Antoine Dastre
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Réfractaires


Mails : 388
Surnom : L’illusionniste.
Emploi/loisirs : Agent infiltré d'Exovedat chez les réfractaires, écrivain, orateur, magicien.
Portrait robot : - 37 ans.
- Fumeur.
- Grand lecteur.
- Parle très lentement car réfléchi ses mots.
- Adore le théâtre.
- Vouvoie tout le monde.
- ENFP "Inspirateur"
- Semble désespérément attiré par les causes perdus comme les artilects et Léandre.




Antoine s'entourait de décidément bien des personnes avec le coeur sur la main. C'était honorable, de s'occuper d'autrui, de s'intéresser à son prochain. Tout le monde n'avait pas cette volonté, cette force, cette abnégation, parfois même.
Antoine lui-même n'était pas toujours le plus généreux et le plus soucieux des hommes. Il essayait, à son échelle, d'être un bon être humain, un humain sympathique. D'aider à se relever celui qui était tombé dans la rue. Mais, comme Léandre Luissier, s'investir dans le secours des autres, ou comme Lise St-Pierre, se dédier à l'aide à autrui ? Non. Ily avait une liberté à laquelle il tenait trop, sans doute.

Encore une question retenue. Antoine hocha la tête et sourit. Ce petit jeu est plaisant ; il l'est d'autant plus que Lise ne le joue pas complètement. C'était piquant intrigant. Antoine espérait pouvoir le poursuivre, ultérieurement. Pour l'heure, il avait compris la sollicitation. Il y avait des vieillards à nourrir. Antoine s'était beaucoup attardé e la pause était finie.

Antoine tendit sa main pour une poignée amicale, l'expression douce d'à son habitude collée au visage.

"- Je reviendrai amuser vos pensionnaires," promit-il. "Et vous donner des nouvelles de notre petite sortie."

Il n'oublierait pas. Antoine n'oubliait jamais la perspective d'une bonne conversation et d'un bon moment entre individus.

"- Bonne fin de journée à vous, et à une prochaine fois."

Antoine gratifia l'infirmier d'un dernier souvenir, puis promit qu'il connaissait le chemin. Il pouvait s'en retourner s'enquérir de l'état de ses patients. Antoine vagabonda jusqu'à la sortit, et, dehors, alluma cette cigarette qu'il s'était retenu de prendre. Il songea alors, comme il lui arrivait souvent, qu'il avait passé un agréable moment, et c'était bien ce qu'il espérait de chacune de ses journées.


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Antoine vient donner un petit spectacle de magie aux résidents de Lise. Comme souvent durant ces petites visites, ils discutent autour d'un café. Antoine réussit à convaincre Lise de se voir en dehors de son travail.
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