Encourage la rébellion

1 - 2 - 3

Liens utiles

Premiers pas
Contexte & co
Intrigue
Annexes
Scénariis
Effectif & listes
Pinterest
Playlist
Discord des Membres

Nouveaux validés


Les Partisans

CHRONOSREP

Wanted
Montréal, 2047. Une foule anarchique et cosmopolite fourmille le long de la rue sainte Catherine. L’armada populaire est multicolore de peau tandis que les corps sont mécaniques, de chair ou métis. Homme et androïde, chacun est différent mais tous sont identiques dans la masse, individu désintéressé et trop pressé, croisant l’autre sans même le regarder, les yeux rivés sur les vitrines ou sur son nouvel objet connecté et déjà démodé. C’est une tourbe de bras et de jambes. murmurent certains. Toutes ces conneries, ça sera la mort de l’être humain, ajoutent d’autres. Vous n’y êtes pas , renchérit un dernier, cette foule polymorphe, insaisissable, c’est la vie, le mouvement, le progrès.
C’est la danse des humanités.
Intrigue
Divergence // Suite à la catastrophe de la AH exposition, des groupes anti-androides se forment tandis que les industriels essayent de séduire de nouveau les acheteurs…
Léandre Luissier ▬ présent
George adamsmp

▬ MAJ et intrigue 2 : 25 aout 2017
▬ Ouverture d'Exantrop le fin mai 2016

Partagez | 
 

 Désillusions [Léandre]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Antoine Dastre
avatar
Réfractaires


Mails : 404
Surnom : L’illusionniste.
Emploi/loisirs : Agent infiltré d'Exovedat chez les réfractaires, écrivain, orateur, magicien.
Portrait robot : - 37 ans.
- Fumeur.
- Grand lecteur.
- Parle très lentement car réfléchi ses mots.
- Adore le théâtre.
- Vouvoie tout le monde.
- ENFP "Inspirateur"
- Semble désespérément attiré par les causes perdus comme les artilects et Léandre.



MessageSujet: Désillusions [Léandre]   Dim 14 Aoû - 10:05

Il restait encore un peu de temps avant le début du spectacle de ce soir ; une heure ou deux, Antoine n'osait regarder sa montre. Il montait sur scène depuis longtemps maintenant, mais il ne s'était jamais débarrassée de cette petite pointe d'appréhension qui accompagnait l'attente d'un nouveau tour de magie. Il avait à coeur de ne pas décevoir. Il avait choisi cette voie, quitte à se séparer de l'ensemble de sa famille. Il devait au moins s'en montrer digne.

Antoine avait décidé de prendre l'air pour tuer le temps. Debout à l'arrière de la salle qui l'accueillerait ce soir, il se retenait de trop fumer, afin de ne pas empester le tabac, ni perdre sa voix en plein milieu d'une illusion offerte à son public. Il avait volontairement laissé son briquet chez lui, mais il ressentait déjà le manque et agitait nerveusement se doigts.

Le magicien tentait de se concentrer sur l'image de la personne qu'il attendait, pour repousser le besoin de tabac. Il avait invité Léandre pour la première fois. Il fallait dire que les plupart de ses numéros se déroulaient dans des bars des souterrains et autres lieux malfamés où il n'aurait jamais osé traîner Léandre. Aujourd'hui, c'était différent. Il disposait d'une vraie salle. Loin d'être aussi prestigieuses que celles de la place des arts, elle avait un petit quelque chose de charmant, de convivial, qui laissait penser à Antoine que la soirée se déroulerait bien.
Cela étant dit, Antoine se demandait comment Léandre réagirait à son petit numéro. Antoine avait l'habitude de performer pour des enfants, surtout. Il aimait leurs regards émerveillés et leurs questions sans fin. Ce qu'il y avait bien, dans ce métier précaire, c'était qu'on répandait un peu de joie autour de soi. Antoine aurait aimé réussir à faire sourire les artilects comme il faisait sourire les enfants ; il aurait aimé capturer Léandre dans ses mirages comme il capturait ces enfants.

Le plus simple restait certainement de demander à Léandre son point de vue sur la magie ; Antoine voyait sa silhouette se rapprocher. Depuis leur dernière longue conversation, lorsque Antoine voyait Léandre, certaines interrogations dansaient devant ses yeux. Il revoyait ce bureau qu'il n'avait pas osé fouiller. Il repensait à ses confidences. Puis Antoine chassait tout cela pour se concentrer sur le présent.

Accueillant, le sourire aux lèvres, Antoine tendit une main chaleureuse à Léandre.

"- Je suis content de vous voir, Léandre. Voilà un petit moment que j'ai envie de vous présenter mon métier."

Qui n'était pas moins noble que celui d'un homme de droit, n'est-ce pas, se retenait d'ajouter Antoine. Il se souvenait de la leçon de morale de Léandre. Il n'arrivait pas à l'approuver entièrement, mais il savait son fond juste, et il savait ce trait d'esprit être une bonne chose. Quelqu'un qui prônait l'égalité ne pouvait pas être une mauvaise personne. Antoine continuait de s'accrocher.

Antoine, néanmoins, poussa un soupir. Ses doigts, ses lèvres, se sentaient seuls, vides, et Antoine aimait toujours aussi peu la solitude.

"- Je sais bien que vous venez d'arriver, mais puis-je vous demander un service, mon ami, avant que nous discutions ? J'ai oublié cigarettes et briquet chez moi et je me sens dépérir."

Il avait essayé ; il avait échoué. Ce n'était pas ce soir non plus qu'il réussissait à se séparer du tabac, de son addiction. Le manque le rendait lentement anxieux. Il avait besoin de le compenser. Léandre comprendrait peut-être son sentiment. S'ils avaient une chose en commun, c'était bien cette odeur de tabac qui leur collait à la peau.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Léandre Luissier
avatar
Réfractaires


Mails : 511
Double-compte : Georges Adams/logan Duval
Surnom : L'albatros
Emploi/loisirs : porte-parole d'Espérancia/ magistrat
Portrait robot : - psychologie basée sur l'obéissance
- Très anxieux. Lévres en piteux état, fume.
- prêt à tout pour être enfin reconnu et aimé par sa famille
- incapable d'aimer autrui et soi-même
- conservateur trés croyant
- pense que les androides sont des créatures déviantes
- belle âme au fond qui attend son envol
- homosexuel refoulé
- espére un jour être soigné
- attiré par Antoine Dastre

- Juge en DarkSlateBlue



MessageSujet: Re: Désillusions [Léandre]   Mar 16 Aoû - 11:03



Dancing Spirits Steven Cravis

Mercredi 14 aout 2097.
Dix-neuf heures cinq.
Pantalon droit et redingote sombre. Gorge de soie pourpre miroitant sous le soleil éblouissant de l'ouest.
Mains du serment qui se serrent sans emphase, salutation respectueuse de fin d'aprés-midi, entre chaleur de journée et fraîcheur du soir.

- Bonsoir Antoine.
Un sourire pudique. L'écoute muette des maux d'autrui.  Rien de plus pour cette l'âme esquissée sous le pinceau de la sobriété.

Un mot en réponse. "Anxieux?" Puis de nouveaux les commissures de sa bouche qui s'étirent doucement sous le silence. Léandre bienveillant.
Albatros qui, sans demander plus d'explications, sort briquet et cigarette de sa poche, en extirpe une du paquet pour la tendre à l'Illusionniste, l'enflamme une fois entre ses lèvres.

"Je ne pensais pas que les hommes du spectacle l'étaient. Face à votre public, vous semblez pourtant toujours si assuré." Lui aussi le semble quand il rentre dans la salle d'audience, toise l'homme qui doit juger, impassible. professionnel...

Sous l'image, il place sa cigarette sur sa lippe, l'allume puis range le briquet argenté dans sa poche. Il expire une fois la fumée lovée dans ses poumons.

"Néanmoins, je suis sur que ce spectacle sera une totale réussite. l'Illusionniste n'a pas le choix de toute manière.Je suis heureux d'y assister. J'aimais les illusions enfant. Essayer de comprendre leur mécanisme m'amusait. Ne pas les comprendre me fascinait d'autant plus. C'était alors pour moi de la vraie magie.
Son visage s'illumine faiblement sur le souvenir.

"Vous avez des rituels pour lutter contre le stress avant de rentrer en scéne?

Il inspire une bouffée de nicotine. En présence d'Antoine, il n'a l'impression de faire que cela:  Fumer; brume de tabac les enveloppant comme un cocon fragile, délicat lien parfumé qui les lit.

Je fais personnellement une prière à Dieu pour qu'il me donne la force d'être juste et de pardonner ceux qui me font face. C'est important pour moi. Je ne dois ni aimer, ni détester ceux que je juge pour pouvoir rester impartial. Même si, ne mentons pas, c'est parfois difficile dans certaines affaires."
Comme celles de meurtres ou de viol... de colère et de haine. D'horreur.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Antoine Dastre
avatar
Réfractaires


Mails : 404
Surnom : L’illusionniste.
Emploi/loisirs : Agent infiltré d'Exovedat chez les réfractaires, écrivain, orateur, magicien.
Portrait robot : - 37 ans.
- Fumeur.
- Grand lecteur.
- Parle très lentement car réfléchi ses mots.
- Adore le théâtre.
- Vouvoie tout le monde.
- ENFP "Inspirateur"
- Semble désespérément attiré par les causes perdus comme les artilects et Léandre.



MessageSujet: Re: Désillusions [Léandre]   Mar 16 Aoû - 15:06

La vue de la flammèche au bout du briquet, allumant la cigarette, est l'un des plus grands soulagements qu'Antoine ait connu. L'espace d'un bref instant, Léandre est un ange sauveur. Tirant sur la cigarette, humant la fumée, s'imbibant de l'odeur du tabac, Antoine retrouve ses repères et le confort de son esprit. S'il exprimait ce sentiment à voix haute, semblerait-il drogué ? Sans doute l'était-il. Ne pas pouvoir se passer de quelque chose, c'était une addiction. C'était lamentable, de se proclamer homme libre, et de se soumettre à quelque chose d'aussi futile que la cigarette.

"- Vous êtes un héros, Léandre. Je reprends vie."

Antoine inspira longuement la fumée de la cigarette. Il tentait de se rappeler la première à avoir touché ses lèvres, mais l'image lui revenait difficilement. Ce devait être dans un de ces bars au nom qui choquerait la bienséance de Léandre, où il traînait pour agacer son père. Ce devait être une jolie fille, ou un amusant garçon, qui lui avait tendu les restes de sa cigarette pour le lui faire essayer. C'était un petit geste de rébellion envers l'autorité parentale, qui s'était mué en chaînes épaisses autour de ses membres.

"- Je n'arriverai jamais à arrêter, n'est-ce pas ?" soupira Antoine plus pour lui-même que pour Léandre. "Comme d'être anxieux avant un spectacle."

Il ne pouvait pas monter confiant sur scène. Il y avait toujours cet infime petit risque que quelque chose rate, que sa main lui désobéisse, qu'un oeil trop malin découvre le subterfuge. Il y avait la possibilité d'un tremblement, d'un oubli, d'un pleur d'enfant dans le public pour le déconcentrer.

Antoine s'assit sur les petites marches de pierre. Il savourait chaque bouffée de nicotine comme s'il s'agissait de la dernière qu'il inspirerait à jamais.

"- Est-ce vraiment une astuce ? Je l'ignore," répondit Antoine. "Je tente de me rappeler que j'ai réussi mon apprentissage, et de me souvenir la raison qui me pousse à monter sur scène."

Les raisons, même ; elles étaient si nombreuses. La révolte, le libre-arbitre, l'illusion de faire quelque chose de bien, d'être utile, toutes ces choses qui ne servaient qu'à lui donner de l'estime, à lui faire croire qu'il était un bon être humain. Comme lorsqu'il tendait cette main désespérée vers un artilect, tout comme sa défense des droits des androïdes, tout comme son travail sur Léandre. C'était une façon d'être satisfait de soi. C'était pour servir son ego. Il montait sur scène par orgueil.

"- Je suis content que vous aimiez la magie, Léandre," sourit Antoine. "J'ai ainsi le sentiment que mon occupation à un sens." Antoine fit attention à ce que la cigarette ne brûle pas trop vite. "Il reste un peu de temps avant le spectacle."

Un constat, une information. Une invitation à se poser quelques minutes et à discuter. De tout, de n'importe quoi, juste pour le plaisir d'échanger encore quelques mots. Antoine appréciait de voir Léandre en dehors du travail de l'association. C'était là qu'il lui semblait le plus simple de converser avec lui.

"- Où en sont vos fiançailles ?"

Antoine aimait bien ce sujet. Il aimait bien en apprendre plus sur les sentiments de Léandre. Il aimait bien, aussi, se projeter dans sa situation, et imaginer à quel genre de femme son propre père l'aurait menotté pour le restant de ses jours.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Léandre Luissier
avatar
Réfractaires


Mails : 511
Double-compte : Georges Adams/logan Duval
Surnom : L'albatros
Emploi/loisirs : porte-parole d'Espérancia/ magistrat
Portrait robot : - psychologie basée sur l'obéissance
- Très anxieux. Lévres en piteux état, fume.
- prêt à tout pour être enfin reconnu et aimé par sa famille
- incapable d'aimer autrui et soi-même
- conservateur trés croyant
- pense que les androides sont des créatures déviantes
- belle âme au fond qui attend son envol
- homosexuel refoulé
- espére un jour être soigné
- attiré par Antoine Dastre

- Juge en DarkSlateBlue



MessageSujet: Re: Désillusions [Léandre]   Mar 16 Aoû - 21:37



Dancing Spirits Steven Cravis

L'image de l'Illusionniste trop attaché à sa cigarette lui décroche un rire léger et discret.
Léandre l'imagine une fraction de seconde sans cigarette aux lèvres mais étrangement, Antoine sans la fumée qui l'entoure n'est plus vraiment Antoine. Néanmoins la dépendance est un vrai problème. Surtout à ce niveau. Lui et loin du stade de son ami, le besoin de cigarette n'étant impérieux que lors de ses angoisses mais il peut comprendre; s’inquiète presque un instant.

"Peut-être devriez-vous essayer la cigarette électronique. La quantité de nicotine est inférieur et vous aurez toujours le plaisir de fumer." De vapoter, aurait-dit un puriste de la cigarette. " Cela vous permettrez de vous désintoxiquer progressivement et votre corps vous en remerciera"

Il n'y a pas de réplique orale à la proposition de l'Albatros. Léandre a l'habitude. Souvent, les réponses de l'Illusionniste se font dans l'intimité de son esprit, quand il considère que celles-ci ne seront pas d'une parfaite réflexion. Parler juste ou se taire. C'est un art dans lequel excelle Antoine et une qualité que l'esprit monacal de Léandre apprécie.

Il expire, regarde l'Illusionniste s'asseoir et sous un énième sourire éphémère, acquiesce en silence quand Antoine lui parle de son rapport au métier.
Vient ensuite les questions personnelles. Les fiançailles. C'est un sujet que semble aimer Antoine même s'il serait plus juste de parler de mariage et non de fiançailles.

-Mariage mon ami. Mariage. Cela fait déjà trois mois que nous sommes fiancés.

Trois mois froids et sans passion, pétris de convenances, à manger en famille, à s'exposer en couple en ville, à faire semblant de vouloir connaitre l'autre. A ne pas s’intéresser en vérité, les sourires trop superficiels pour être sincères et l'esprit trop occupée à parfaire dans le rôle pour laisser le coeur ressentir ou aimer.

Trois mois dont ne ressortait que des connaissances désespérément banales sur celle qui l'accompagnerait sa vie durant : Sa date d'anniversaire, sa foi envers dieu, son attachement au cadre familiale, le prénom de ses parents et de son chat...
L'odeur même de son parfum, qu'il avait pourtant tant côtoie, lui échappait, remplacé dans ses souvenirs par la fragrance rassurante de la fumée de cigarette; celle d'Antoine. Son Ami . Celui qui, ces derniers mois, avait avait été bien plus présent au côté de l'Albatros que sa femme, que n'importe-qui même.

Certains auraient été attristés par ce triste constat mais pas Léandre. Face à ce futur conjugal morne et entravé de bienséance, aucune peine n'effleurait son coeur. Il aurait aimé aimer cette femme (il l'avait compris lors de sa derniére discussion avec l’Illusionniste) mais le reste (une vie conjugale sans passion) l'importait peu. Il avait toujours connu cela. C'était ainsi. Comme la foi, la sexualité, la famille, l'éducation. C'était écrit. Il aurait une femme, un fils, une fille peut-être. Elle s'occuperait à la maison de leurs enfants, il travaillerait. Leurs mondes resteraient séparés.

Les femmes élévent, les hommes travaillent. Les individus d'un même sexe restent entre eux hors de la famille. Question d'affinités. Une femme distinguée ne pouvant pas, par exemple, aimer autant la fumée de cigarette en discutant qu'un homme.
C'était ainsi. La convention.
Songeur, il tira une longue bouffée et sourit, le regard vers le vide.

"D'ailleurs accepteriez-vous d'être mon témoin?"

Aprés tout, il en fallait bien un et Antoine était son unique ami.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Antoine Dastre
avatar
Réfractaires


Mails : 404
Surnom : L’illusionniste.
Emploi/loisirs : Agent infiltré d'Exovedat chez les réfractaires, écrivain, orateur, magicien.
Portrait robot : - 37 ans.
- Fumeur.
- Grand lecteur.
- Parle très lentement car réfléchi ses mots.
- Adore le théâtre.
- Vouvoie tout le monde.
- ENFP "Inspirateur"
- Semble désespérément attiré par les causes perdus comme les artilects et Léandre.



MessageSujet: Re: Désillusions [Léandre]   Mar 16 Aoû - 22:46

Entendre le mot "désintoxiquer" dans la bouche de Léandre ne faisait que confirmer toutes les craintes d'Antoine ; sa relation au tabac virait à l'obsession, même lui l'avait remarqué. Son cas était véritablement désespéré. Il le voyait aux factures chaque fois qu'il allait acheter un nouveau paquet. Il aurait peut-être pu se permettre de vivre dans un appartement plus grand s'il dépensait moins pour ses cigarettes, mais dans le fond, son appartement lui convenait, et son organisme était arrivé à un stade où il avait besoin d'autant d'air que de nicotine pour continuer à fonctionner. Lamentable.

Antoine mit de côté l'offre proposée par Léandre, dans un coin de sa tête, pour se concentrer sur le coeur de leur conversation, le regard dans le vague. Fiançailles, mariages. Ces deux concepts se ressemblaient un peu trop pour Antoine, qui n'effleurerait sans doute jamais ni l'un, ni l'autre. Il se faisait un peu vieux, maintenant. Aucune femme ne voudrait d'un artiste précaire pratiquement quarantenaire, renié par sa famille, qui mentait presque autant qu'il fumait. Et, d'ailleurs, quelle femme, quel homme même autre que Léandre, supporterait cette indécrottable odeur de cigarette qui avait imbibé chaque pore de sa peau ?  

Le magicien allait pour narrer à Léandre ses regrets et ses relations au mariage avec ce ton entre l'amusement et la mélancolie qu'il avait l'habitude de prendre lorsqu'un sujet le touchait, mais les derniers mots de son cadet le prirent de court ; coupèrent son souffle, laissèrent les cendres de la cigarette s'écraser contre le béton entre ses jambes. Ses yeux cherchèrent à croiser ceux de Léandre, mais son esprit était loin, cloisonné entre mille troubles opaques.

Ce n'était pas prévu. Ce n'était pas quelque chose qui devait arriver. Ce n'était pas dans ses plans. Leur relation ne devait pas avoir cette sincérité-là, cette forme-là. Tout devait être faux et calculé et artificiel. Tout devait être une équation à résoudre, dans laquelle Antoine avançait à petits pas. Il n'avait jamais été question de tant de confiance, de tant d'importance. Il n'avait jamais été question de prendre une telle place dans la vie de Léandre. Léandre ne devait pas baser son mariage sur des mensonges ; pas plus qu'il ne l'était déjà.

Antoine est ému malgré lui, et la cigarette fume bien loin de ses lèvres. Un peu moins attaché à elle, Antoine aurait pu la laisser s'écraser, mais il se força à l'approcher de ses lèvres à nouveau, comme pour se donner contenance. Léandre lui accordait plus de confiance, plus de valeur qu'on ne lui en avait jamais accordé. Antoine ne s'était jamais préparé à ça. Son père l'avait vu comme un raté et l'avait mis à la porte, ses compagnes l'avaient fuit, les artilects qu'il avait tenté de sauver ne lui avaient pas accordé un regard. Il n'avait d'importance que dans les soirées éphémères qu'étaient ses spectacles. Et Léandre, brusquement, lui offrait une place quelque part, à laquelle Antoine n'avait jamais rêvé.

"- Léandre, je..."

On n'entendait rarement le magicien perdre ses mots. Peut-être jamais. Il ne parlait jamais sans que la phrase n'ait été entièrement conçue dans son esprit. Antoine était confus. Déchiré, entre sa culpabilité de tisser tant de mensonges entre lui et Léandre, et entre la conscience de savoir sa cause juste. Déchiré entre le devoir d'accepter l'offre de Léandre, et la morale de devoir refuser. Tenir son rôle avait rarement été aussi difficile.

"- Léandre, êtes-vous sûr ?" réussit à articuler Antoine.

Il se leva, acheva sa cigarette, et serra une des mains de Léandre dans la sienne. Il la serre peut-être un peu trop ; c'est difficile à dire. Et il le regarde dans les yeux.

"- Un mariage est un événement important d'une vie, Léandre. Vous devez être sûr de vous. Ne rien regretter. Je ne crois pas mériter de revêtir une place plus importante que celle d'invité à votre mariage, Léandre."

Parce que je vous mens, parce que je vous manipule, parce que je me sers de vous, parce que je ne suis pas cette personne bien que vous pensez que je suis. Antoine tut chacun de ces mots-là.

"- Votre offre me touche, Léandre. Et je l'accepterais avec plaisir. Seulement, si vous me jurez ne pas regretter de porter votre choix sur moi."

Antoine aurait dû rester ferme, vendre son plus beau sourire et accepter sans hésitation. C'était ce que sa mission, son rôle, exigeaient. C'était ce que disait le script. Mais Antoine était en hors piste. Il devait faire de l'improvisation ; et il se découvrait moins bon dans cet exercice qu'il ne l'aurait cru.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Léandre Luissier
avatar
Réfractaires


Mails : 511
Double-compte : Georges Adams/logan Duval
Surnom : L'albatros
Emploi/loisirs : porte-parole d'Espérancia/ magistrat
Portrait robot : - psychologie basée sur l'obéissance
- Très anxieux. Lévres en piteux état, fume.
- prêt à tout pour être enfin reconnu et aimé par sa famille
- incapable d'aimer autrui et soi-même
- conservateur trés croyant
- pense que les androides sont des créatures déviantes
- belle âme au fond qui attend son envol
- homosexuel refoulé
- espére un jour être soigné
- attiré par Antoine Dastre

- Juge en DarkSlateBlue



MessageSujet: Re: Désillusions [Léandre]   Mer 17 Aoû - 10:22



Dancing Spirits Steven Cravis

Leandre ne s'attendait pas à une telle réaction. Il pensait qu'Antoine allait sourire et acquiescer de son habituel air serein et décontracté.
Jamais il ne se s'était attendu à une telle surprise teintée de trouble. Il allait s'excuser à son tour, confus et inquiet, quand l'Illusionniste se leva, acheva sa cigarette avant d'enserrer une de ses mains de la sienne, y emprisonnant quelques mots incertains.  Paume contre paume. Sentiment ému qui trouvent comme écho l’apaisement d'une parole, la douceur d'un visage de lumière.

"N'ayez pas d'inquiétude à propos de ma décision."

Il pose sa cigarette à moitié consumée sur le bord de la fenêtre derrière lui,et avec la délicatesse dont peuvent faire preuve les cœurs sereins, pose sa main libre sur celles enlacées; les englobe de sa quiétude.

-j'y ai déjà mûrement réfléchi. Je n'ai ni frère, ni sœur, ni  ami proche. Juste des connaissances, ombres mouvantes dans la solitude paisible de sa vie. Cela fait peu longtemps que je vous connais c'est un fait et ma famille regardera surement cela d'un mauvais œil mais c'est mon mariage,   le leur, celui qu'ils avaient souhaité pour leur renommé et si je ne peux pas choisir mon témoin, alors mes droits se réduisent à néant. Vous êtes mon unique ami et les préparatifs de ce mariage m'ennuieront moins si je suis en aimable compagnie. Peut-être arriverez-vous même à y insuffler un peu de vie. Je connais ma famille, ce mariage ne serait en rien différent d'un enterrement. "

Même air lugubre derrière une parole maniérée de convenances. Même absence de sentiments derrière un sourire de compassion factice.

" Je comprendrais néanmoins que vous refusiez. C'est beaucoup de travail. Dans tout les cas n'ayez crainte d'exprimer vos sentiments sur le sujet. Si cela vous embarrasse, mon père trouvera un figurant pour jouer ce rôle. "
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Antoine Dastre
avatar
Réfractaires


Mails : 404
Surnom : L’illusionniste.
Emploi/loisirs : Agent infiltré d'Exovedat chez les réfractaires, écrivain, orateur, magicien.
Portrait robot : - 37 ans.
- Fumeur.
- Grand lecteur.
- Parle très lentement car réfléchi ses mots.
- Adore le théâtre.
- Vouvoie tout le monde.
- ENFP "Inspirateur"
- Semble désespérément attiré par les causes perdus comme les artilects et Léandre.



MessageSujet: Re: Désillusions [Léandre]   Mer 17 Aoû - 17:32

Antoine aimait entendre Léandre parler de ses droits ; Antoine aimait entendre parler de droits. C'était un mot noble, si noble, et si charmant entre les lèvres de son cadet. Tant de droits de Léandre avait été bafoués. Celui de s'exprimer, celui de choisir, celui de penser par lui-même, celui d'aimer librement, d'autres encore qu'Antoine devait ignorer parce qu'il ne connaissait pas encore assez cet homme dont il tenait si fermement la main.

Antoine était un défenseur des droits des hommes. Il avait ça dans l'âme, le sang. Il voulait que Léandre y goutte aussi, de cet amour des droits. Si Antoine pouvait être le premier pas sur ce chemin, il le serait. Si devenir le témoin de Léandre le libérait un peu du joug oppresseur de ses parents, alors il le serait.

Pourtant, il y avait toujours cette part de sensibilité, dans le coeur d'Antoine, qui lui donnait envie de hurler à Léandre de ne pas faire cette erreur. Trop de confiance, il lui accordait beaucoup trop de confiance, trop vite, sans savoir, sans comprendre. Il se laissait avoir, et il ne devait pas. Il devait, pour le bien des plans d'Antoine, il devait, pour la satisfaction d'Antoine, mais il ne devait pas, pour sa propre sécurité. Antoine marchait sur un fil. Si Léandre s'accrochait à lui, il pourrait bien tomber au moindre faux pas de son aîné ; et Antoine n'était pas encore décidé. Il ne savait pas encore, vraiment, à coup sûr, s'il voulait voir Léandre tomber, ou simplement l'aider à arriver au bout du fil sans embûche.

"- Je pourrais vous faire honte," souffla Antoine en baissant les yeux. "Rappelez-vous, Léandre. Je suis le fils déshérité et pointé du doigt d'une famille qui aspire au prestige de la vôtre." Il y eut ce piètre rire de circonstance. "Peut-être certains des miens seront-ils invités à votre mariage, allez savoir, et qu'on vous moquera pour m'avoir choisi."

Avec lenteur, Antoine se défait des mains de Léandre. Il perdit son regard sur la cigarette encore allumée que son cadet a déposé sur le rebord de la fenêtre. Il se l'empare tel un voleur et la fait sienne pour la seconde moitié qu'il reste à consumer. Antoine se fiche qu'une autre bouche l'ait touchée. Il a besoin de son tabac. Il a besoin de se tranquilliser avant que le spectacle ne commence.

Il était vrai que ce serait beaucoup de travail. Antoine ne savait que la théorie du rôle de témoin. Il n'avait jamais imaginé le devenir. Il n'avait jamais assisté à un mariage. Un mariage religieux, sans doute, durant lequel il devait feindre une dévotion plus grande que celle qui ne l'animait. Il s'était permis certaines libetrés avec Léandre que le reste de la famille Luissier ne tolérerait pas ; pour peu que la famille Luissier le tolère tout court. Antoine maintenait : son nom était connu, dans les sphères un peu trop élégantes de Montréal. Peut-être les parents de Léandre lui interdirait de le choisir comme témoin.

"- Si cela vous importe peu," reprit Antoine après un silence peut-être trop long, "alors laissez-moi accepter. Laissez-moi endosser le rôle que vous m'offrez."

Comme soudainement conscient de son larcin, Antoine tend la cigarette qui se meurt entre ses doigts à Léandre, si jamais il lui dit de reprendre son bien et de l'achever de lui-même. Une part de lui regrette déjà d'avoir dit oui, parce qu'une part de lui a toujours honte d'être un homme si malhonnête.

"-Merci, Léandre," ajoute Antoine en conclusion de cette conversation.

Antoine ignore si Léandre comprendra ce que ce remerciement veut dire. Antoine avait déjà parlé de ses relations avec sa famille, de ses errances, mais avait-il déjà évoqué ce sentiment d'être un électron libre à l'importance éphémère aux yeux des autres ? Il en doutait. Antoine n'aimait pas apparaître comme un homme qui se lamente. Il n'aimait pas chercher la pitié. C'était peut-être ce qui rendait Léandre difficile à ne pas aimer ; il n'agissait pas envers lui par pitié. Pas la pitié dans son sens péjoratif, dans tous les cas.

Antoine osa jeter un regard à sa montre. Il restait encore un peu de temps. Un peu de temps pour regarder les cendres s'écrouler et chercher dans le visage de Léandre une trace de lucidité ; une preuve qu'il savait qu'Antoine n'était pas un bon ami.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Léandre Luissier
avatar
Réfractaires


Mails : 511
Double-compte : Georges Adams/logan Duval
Surnom : L'albatros
Emploi/loisirs : porte-parole d'Espérancia/ magistrat
Portrait robot : - psychologie basée sur l'obéissance
- Très anxieux. Lévres en piteux état, fume.
- prêt à tout pour être enfin reconnu et aimé par sa famille
- incapable d'aimer autrui et soi-même
- conservateur trés croyant
- pense que les androides sont des créatures déviantes
- belle âme au fond qui attend son envol
- homosexuel refoulé
- espére un jour être soigné
- attiré par Antoine Dastre

- Juge en DarkSlateBlue



MessageSujet: Re: Désillusions [Léandre]   Ven 19 Aoû - 11:44



Dancing Spirits Steven Cravis

Il y a de l'amertume dans les mots d'Antoine. Une certaine peur de décevoir aussi peut-être.

"Faire honte" dit l'Illusionniste. Non jamais pense Léandre. Il a confiance et même si certains doivent rire de son choix, il l'assumera, l'air résigné et le coeur triste que certains chrétiens le soient si peu, rejetant l'enfant prodigue.
Il laisse s'échapper la main d'Antoine, observe, surpris, son interlocuteur voler sa cigarette pour la placer avec envie entre ses lèvres. Il ne dit rien et vite son visage reprend son expression habituelle d'indifférente quiétude, homme qui contemple la vie avec froideur.

Il sourit à peine, un geste de refus de la main quand l'Illusionniste lui tend de nouveau sa cigarette consumée. "Finissez-la, je vous en prie". Un sobre merci et le silence s'installe, les regards sur le temps qui défilent.
Une minute de rien en dehors, d'échos dans la solitude de la pensée.
Dix-neuf heures douze. La parole reprend, réfléchie.

"Vous savez Antoine, j'y réfléchissais à l'instant et vous ne me ferez pas honte. Personne ne se moquera de moi car nous seront entourés de chrétiens trop occupés à bien paraître.

Le ton n'est pas cynique. Il est doux et calme malgré l'aigreur des mots. Léandre connait ceux qu'ils l'entourent depuis longtemps . Il l'a accepté. L'homme est, par son essence, un pécheur depuis qu'Adam et Eve ont été chassés du Paradis.. Il doit pardonner. Voir le monde avec réalisme et miséricorde.
Il continue.

"Se moquer du témoin du marié n'est dans l’intérêt de personne. Au contraire. "

Comme il l'a fait au début de cette conversation, il cherche dans sa poche paquet de cigarette et briquet, s'en allume une entre ses lèvres et posent les deux biens restants sur le bord de la fenêtre. A disposition.  

"Saviez-vous que ma future femme a pour père un des hommes les plus riches du Québec et que ma famille n'a pas un quart de leurs richesses? Que ce n'est donc aucunement pour notre patrimoine que mon  beau-père a accepté ce mariage. Ce qu'il veut s’approprier, c'est uniquement l'image de charité et chrétienneté immaculée de la famille Luissier et avoir comme mari pour sa fille, le fils unique de cette famille est, pour lui, une pièce maîtresse.

Il inspire, expire la fumée, cigarette à la main.

De ce constat, remplissez une église de chrétiens identiques à celui-ci. Quelle sera selon vous , leur réaction quand ils verront que le marié, déjà reconnu pour l'ardeur de sa foi et la justice de ses actes, a pour témoin un fils prodigue qui, devant cette assemblée, fait figure de repentir?

Mesure de silence dans la partition des paroles.

Ils l'acclameront en disant que c'est un miracle,  qu'un homme possédant la foi peut changer un pécheur en saint.

Quelques cendres tombent sur le sol.

"Cela ne sera surement pas ce qu'ils penseront en réalité mais les bonnes manières feront taire leur vrais sentiments. Accueillir son prochain est un précepte chrétien et personne ne veut être considéré comme un Judas. Pas même votre pére." .

Il y sera. Léandre a vu la liste des invités avant même de choisir Antoine comme témoin. Il a pensé à lui alors. A ce qu'il lui avait dit il y à peine deux semaines, troublant son coeur d'une étrange mélancolique.

"Avez-vous su qu'il était en disgrâce auprès des bien-pensants de Montréal depuis qu'il vous a claqué la porte au nez? Il sera surement heureux d’accueillir son fils à présent que celui-ci est l'ami intime d'un membre d'une de très famille du Quebec.

Par désir chrétien de pardonner et empathie égocentrique, il espère que l'occasion permettra au fils et au père de recréer le lien perdu.

-Chacun a à gagner à assister à ce mariage.

Le bien-paraître pour certains, l'estime tant recherchée ou retrouvée pour d'autres.

"Ce n'est question que du sacrifice de quelques heures."

De toute une vie pour lui.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Antoine Dastre
avatar
Réfractaires


Mails : 404
Surnom : L’illusionniste.
Emploi/loisirs : Agent infiltré d'Exovedat chez les réfractaires, écrivain, orateur, magicien.
Portrait robot : - 37 ans.
- Fumeur.
- Grand lecteur.
- Parle très lentement car réfléchi ses mots.
- Adore le théâtre.
- Vouvoie tout le monde.
- ENFP "Inspirateur"
- Semble désespérément attiré par les causes perdus comme les artilects et Léandre.



MessageSujet: Re: Désillusions [Léandre]   Sam 20 Aoû - 18:59

Il y avait une information nouvelle dans l'équation ; le rang de la fiancé de Léandre. Ainsi, le garçon allait épouser plus raffinée que lui. Il allait gagner en importance, s'élever. Mais Antoine avait le pressentiment que cela ne changerait pas en profondeur le caractère de Léandre. Il était trop détaché de cette future épouse, et trop imbibé de ses valeurs d'humilité pour se laisser distraire par le prestige d'un nom ; si ce n'était celui de ses parents. Être un Luissier, peut-être, avait tout de même un poids lorsque le mot résonnait aux alentours.

Antoine appréciait de savoir ça. Il appréciait que Léandre s'envole. Plus on volait haut, plus la chute était douloureuse ; et plus frappant serait le coup que porterait Antoine. Néanmoins, plus on attend, plus on s'accroche, et plus il est dur de lancer une flèche sur l'oiseau que l'on chasse. Antoine savait que, tout en s'approchant toujours plus de Léandre, il devait garder une certaine distante. Une exercice rigoureux, presque impossible. Être témoin lui faisait franchir plusieurs frontières d'un seul pas, et Antoine n'avait pas encore décidé du pied sur lequel il se rattraperait.

Puis quelques mots de Léandre rappellent à Antoine qu'il n'est pas le seul à jouer, ni le seul à avoir de bonnes cartes entre ses mains. Le pécheur transformé en saint. C'était élogieux, en effet, et ne rendait Léandre que plus bon, plus honorable. Léandre se servait de lui, à sa façon. Il n'était pas aussi inoffensif qu'il pouvait parfois en avoir l'air ; pas aussi naïf, non plus.

"- Si vous me transformez réellement en saint, Léandre, peut-être alors devrais-je réellement considérer de trouver la foi véritable," rit Antoine. "Votre travail va être ardu, mon ami."

Antoine avait besoin de cette plaisanterie légère pour chasser le visage de son père qui dansait devant ses yeux. Ce souvenir brumeux lui était désagréable. Il n'avait aucune envie de le revoir, de devoir respirer le même air que lui. Cette pensée provoquait en lui dégoût et ennui. Il imaginait déjà le regard lourd de sous-entendus que lui lancerait son père. Cet homme n'avait pas besoin de mots pour blesser. Antoine en avait fait les frais, subit l'expérience. Feindre l'indifférence, feindre de ne pas le voir, feindre de ne pas avoir de fils, c'était bien plus efficace que de le pourrir d'insultes.

Il n'y avait aucune chance de réconciliations entre eux deux.

Mais Antoine laissa Léandre y croire. Il ne voulait pas impliquer ce garçon dans ses histoires de famille, pas plus que cela n'était nécessaire. Il ne voulait pas le voir se battre pour lui. Il devrait simplement se confronter à la réalité le jour de la cérémonie. Lorsque son père passerait à côté de lui en l'ignorant, Léandre devrait comprendre que ces années passées à se détester de loin avaient tué tout espoir de se sourire de nouveau ; pour peu qu'ils se soient déjà souris un jour.

"- Je serai votre témoin," répéta Antoine en achevant, comme offert, la cigarette de Léandre. "Je compte sur vous pour tenir votre parole et ne pas voir la honte ombrager votre regard lorsque vous prêterez serment devant l'autel." Antoine écrasa le mégot, et se retint d'user du tabac que Léandre mettait à sa disposition. Un sourire ourla ses lèvres. "Et moi je vous promets de ne pas faire disparaître vos alliances dans un tour de magie de mauvais goût."

Et de la magie, il n'allait pas tarder à y en avoir. Quelques bien longues minutes avant que l'artiste ne doivent monter sur scène. Antoine ne voulait toujours pas s'informer de l'heure. Le mieux était de ne rien savoir pour ne pas angoisser. La salle devait déjà s'être bien remplie. Beaucoup de personnes aimaient prendre de l'avance. Il faudrait songer à rentrer et à prendre place, l'un sur scène, l'autre dans un siège, avant qu'il ne soit définitivement temps. Bientôt. Bientôt. Rien ne pressait.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Léandre Luissier
avatar
Réfractaires


Mails : 511
Double-compte : Georges Adams/logan Duval
Surnom : L'albatros
Emploi/loisirs : porte-parole d'Espérancia/ magistrat
Portrait robot : - psychologie basée sur l'obéissance
- Très anxieux. Lévres en piteux état, fume.
- prêt à tout pour être enfin reconnu et aimé par sa famille
- incapable d'aimer autrui et soi-même
- conservateur trés croyant
- pense que les androides sont des créatures déviantes
- belle âme au fond qui attend son envol
- homosexuel refoulé
- espére un jour être soigné
- attiré par Antoine Dastre

- Juge en DarkSlateBlue



MessageSujet: Re: Désillusions [Léandre]   Dim 28 Aoû - 20:51



Dancing Spirits Steven Cravis

Il y a une chose étrange chez Antoine, cette assurance de facade mélée à cette habitude quasi systématique de se dénigrer par un trait d'humour.

"Pourquoi vous transformer en Saint mon Ami? N'avez-vous pas déjà votre propre foi et votre propre sainteté?"

Léandre croit en la sainteté de chacun au delà du culte comme il croit aussi aux péché des plus saints des chrétiens. Il veut que son ami le comprenne, l'accepte, même s'il doit le répéter mille fois.

Il est certain que vous êtes pour eux un paria car vous ne partagez pas la foi en leur dieu mais je ne vous parle personnellement pas de religion.
La sainteté d'un homme ne se trouve pas dans l'or d'une auréole, l'assiduité dans une religion, ou le titre donné par une Eglise. Il se trouve dans la beauté de la foi qu'il porte à son prochain. De nombreux saints ne correspondaient pas à l'image de bienséance de leur époque ou n'ont jamais hérité de ce nom car il n'appartenait pas à la chrétienté. "


Il y avait eu des prostitués, des criminels, des révolutionnaires. Des religieux, des politiques, des gens de rien. Des chrétiens, des païens, des athées.

Jesus même, saint entre les saints, n'était-il pas considéré comme un fou et une gêne pour les romains? Pensez-vous qu'il n'aurait pas reconnu comme ses frères Mandela ou Ghandi?

Il inspire longuement, expire.

A réfléchir... Sourire. Quant à ce mariage, plaisanterie des alliances mise à part, comptez sur moi comme je compte sur vous. La confiance est le propre des amis n'est-ce pas?

La confiance que le magicien n'a pas, ni pour lui-même, ni pour Léandre.
L'Albatros l'a remarqué récemment, décelant la faille dans l'illusion. Le magicien n'est pas imprenable. Il est mus des même peurs que tout homme . Celle de la déception et de la trahison . De l'abandon, pense Léandre. Le seul détail est qu'Antoine la cache, poussé par son orgueil, le même qui secoue tant de monde autour lui, qui le secoue quand il endosse le rôle que ses parents lui ont assigné. Étrange péché que celui de vouloir être important.

Léandre regarde sa montre. Dix-neuf heures dix-sept.

"Le spectacle commence dans quarante minute, je vais aller m'asseoir si je veux espérer avec une bonne place. "

Il finit sa cigarette précipitamment, l'écrase au sol d'un mouvement de pied, et quitte l'Illusionniste sur un vague signe de tête pour retourner devant l'entrée du théâtre. Prospero de son petit nom. Surement une influence Shakespearienne.

Il s’arrête quelques minutes, observe la rue, les passants, les voitures sur la route, les quelques jeunes mangeant tranquillement à la terrasse du Poutineville. ça discute, rigole sous un fond de musique étouffée. Agitation timide de fin d'aprés-midi.
Il est dix-neuf heures vingt, aurore pour les noctambules, crépuscule pour les magasins.
Le Village (*) est calme à cette heure, loin des démons de minuit et Léandre, étrangement trouve presque l'endroit agréable.

Il sait néanmoins que cette quiétude disparaîtra dans quelques heures pour laisser le quartier s'animer aux couleurs d'un arc-en-ciel criard.

Il serre les dents inconsciemment sous la simple idée. Il déteste le Village bien qu'il connaisse bien le quartier l'hébergeant car l'Association vient souvent y aider une partie de ses habitants : Familles défavorisées, prostitués, sans-abris. C'est un quartier populaire le Centre-Sud; pauvre et mal-famés, bien que depuis quelques années, les ménages de classe moyenne s'amassent autour des infrastructures rénovées. C'est un quartier en pleine mutation aussi comme beaucoup d'endroits à Montréal depuis le projet de gentrification de l'espace urbain lancé par la ville. Le paysage change, faisant fuir les plus miséreux dans les souterrains, nouveau paradis de la crasse.

Dans ce climat social tendu, il y a souvent des protestations. De la part des nouveaux habitants mais aussi des vieux habitués du quartier qui ne veulent pas partir malgré l'embourgeoisement des lieux et leur présence toujours plus critiquée. Droits, fiers malgré leur misère, ils restent alors campés sur leurs positions, crient à qui veut les entendre : "Le Centre-Sud nous appartient".
C'est leur ghetto à eux et Léandre les soutient. Il pense que personne ne devrait avoir à vivre dans les sous-terrains ou sous une tente, chacun ayant le droit à la lumière et à un logis en dur, aussi petit soit-il.

A l'association, il se bat pour ça; pour ces gens sans le sous, ces sdf qui le soir, non loin, dorment massés entre berges et voix ferrées, bercés par les bruits de décadence du Village et ceux des trains et des cargos qui passent

Léandre a des idéaux depuis toujours et quand, il y a quelques jours, Antoine lui parle du lieu et de la date de la représentation, il ne peut pas s’empêcher de sourire. Silencieusement, il hoche la tête puis ajoute un "très bien", mentalement satisfait de savoir qu'il sera à deux pas de ceux qu'il doit justement visiter ce soir là.

Le jour dit, en fin d'aprés midi, il pose sa tente et ses affaires dans le Petit Village, celui des SDF, et se rend au 1371 Rue Ontario. Il retrouve Antoine, discutent, se séparent et le revoilà seul à nouveau, devant l'entrée des spectateurs, à quelques pas du Sacré Coeur de Jesus.
Un endroit où il aurait davantage sa place , pense-il en poussant les battants du théâtre, un sourire sur les lèvres pour lui même.

Il est temps d'entrer en salle, quelque part petit gosse , impatient de voir quels tours de magie lui a concoté son ami.

(*) le village gay
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Antoine Dastre
avatar
Réfractaires


Mails : 404
Surnom : L’illusionniste.
Emploi/loisirs : Agent infiltré d'Exovedat chez les réfractaires, écrivain, orateur, magicien.
Portrait robot : - 37 ans.
- Fumeur.
- Grand lecteur.
- Parle très lentement car réfléchi ses mots.
- Adore le théâtre.
- Vouvoie tout le monde.
- ENFP "Inspirateur"
- Semble désespérément attiré par les causes perdus comme les artilects et Léandre.




A-t-il foi en son prochain ? Peut-être. Il n'a rien contre l'être humain ; il l'aime peut-être même un peu trop. Il le fréquente jour et nuit, lit à son sujet, pense perpétuellement à son passé et son avenir. Lise, par contre, pour sûr, est un homme qui prend soin de son prochain. Il est probablement plus sain qu'Antoine ne le sera jamais. Lui, il n'était bon qu'à se préoccuper de machines brisées et d'esprits perdus ; des cas désespérés, quoi qu'il advienne.
C'était, ceci dit, une sorte de point commun qu'il partageait avec Léandre : il n'arrivait pas à fermer sa porte à celui qui demande de l'aide. Peu importait le jeu et peu importait le mensonge, si, demain, Léandre frappait chez lui et priez pour de l'aide, il y avait des chances bien grandes qu'Antoine soit incapable de se désister.

Parce que c'était ce que faisaient des amis, oui, de maintenir la confiance et de s'entraider. Et qu'elle soit sincère ou qu'elle soit feinte, Antoine avait pour l'heure besoin de cette amitié. Besoin, et envie peut-être.

Antoine observa Léandre s'en aller, n'ajouta pas un mot. Comme toujours, lorsqu'il ne savait pas quoi répondre, Antoine préférait se taire. Et il était présentement à court de mots. Une fois n'était pas coutume, Léandre l'avait déstabilisé ; ils n'auraient jamais dû évoquer ce mariage.
Antoine balaya l'air de sa main comme pour chasser la fumée, les ombres de ses pensées. Il était temps pour lui-même de se préparer, sans doute. Un magicien efficace était un magicien présentable, pas un homme hagard qui montait sur scène comme s'il avait ouvert une porte par hasard. Antoine ouvrait rarement des portes par hasard.

Après avoir prit une grande inspiration, Antoine se dirigea et s'enferma dans la petite pièce qui lui avait été allouée pour préparer le spectacle. Il y avait une carafe d'eau et un verre, et les effets personnels qu'il avait déposé en arrivant. Antoine s'assit et décida de boire, de refouler l'assèchement de sa gorge. Se mélangeaient dans sa tête des images de mariage et de tours de magie, et dans les deux cas, le regard de Léandre sur lui.
Une question tournait en boucle. Léandre avait-il de l'influence sur lui ? Puis elle était suivie d'une seconde. Y aurait-il deux joueurs dans la partie ? Antoine commençait à penser qu'il ne menait pas autant qu'il l'avait naïvement cru. S'il était si maître de la situation, le jugement de Léandre, l'approbation de Léandre, la confiance de Léandre, seraient autant de vanités qu'il aurait pu effacer d'un revers de main sans ciller.

Antoine s'efforce de faire le vide dans son esprit. Il répète mentalement chaque étape du spectacle de ce soir, chaque tour, chaque sourire, chaque parole. Il imagine l'assistance, il anticipe les réactions. Il veut que chacun en ait pour son argent et que personne ne regrette son ticket d'entrée pour la séance. Il a envie que tous passent une bonne soirée et qu'on se souvienne de lui en bien. Il a envie, aussi, de trouver Léandre dans la salle, pour croiser son regard en milieu de représentation, et tenter de deviner ce qu'il pense de cette soirée.

Un coup d'oeil à l'heure annonça à Antoine qu'il allait être l'heure d'entrer sur scène. Comme toujours, il avait envie de fumer, mais il ne peut pas et ne doit pas. Il fait craquer ses doigts comme pour les préparer et se lève de son siège avec volonté. Quittant la pièce, il gagne la scène sans réfléchir, sans douter, et face aux gradins, salue la foule. L'illusion allait commencer.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Léandre Luissier
avatar
Réfractaires


Mails : 511
Double-compte : Georges Adams/logan Duval
Surnom : L'albatros
Emploi/loisirs : porte-parole d'Espérancia/ magistrat
Portrait robot : - psychologie basée sur l'obéissance
- Très anxieux. Lévres en piteux état, fume.
- prêt à tout pour être enfin reconnu et aimé par sa famille
- incapable d'aimer autrui et soi-même
- conservateur trés croyant
- pense que les androides sont des créatures déviantes
- belle âme au fond qui attend son envol
- homosexuel refoulé
- espére un jour être soigné
- attiré par Antoine Dastre

- Juge en DarkSlateBlue






Dancing Spirits Steven Cravis

La salle est petite. Intime. Il y a une cinquantaine de places tout au plus. Le dénivelé entre les rang est faible et la scène, cachée derrière un épais rideau, ne semble pas bien grande au vu de sa largueur.  
Léandre, plus accoutumé à l'immensité de l'opéra ou des espaces de la place des Arts n'est pas habitué à ces superficies réduites qui instaurent  une proximité certaine entre l'artiste et son public. Perplexe, il fixe quelques minutes le théâtre vide et ses sièges bruns pour imprégner sa rétine du lieu puis va s'installer à mi-hauteur, sur la gauche. C'est un endroit tranquille, dans l'ombre du champs de vision.

Il penche la tête en arrière, regarde le plafond parcouru de câbles. Il n'a pris quasiment aucun temps pour se poser depuis deux semaines et est fatigué. Il ferme les yeux. . Il a 35 minutes à attendre, l'oreille tendue vers la salle qui, doucement, progressivement, s'agite de plus en plus sous le bruit des voix impatientes et des fauteuils maltraités.  
Il rouvre les yeux quand les lumières s'abaissent derrière ses paupières et que le brouhaha de la salle devient murmure puis silence.

Face à lui, le rideau s'ouvre sur la scène. Le décors est dépouillé, minimaliste. Les lumières sont bleues et blanches. Diffuses et mêlées, comme une aquarelle. Elles éclairent une chaise, une petite table sur lequel trône une vieille mallette. Au sol traîne une caisse d'où sortent d'encombrants objets plats et circulaires. Devant, à un petit mètre de la table, trône deux tréteaux espacé d'un mètre cinquante.  On dirait un tableau endormie, abandonné à l'Hiver éternel.

Puis Antoine arrive. Il salue, balaye la salle d'un regard, sourit à son public et trouve en des applaudissements un écho. En un instant, la salle se réchauffe de l'unique présence de son magicien, qui, le geste sur et silencieux, commence son voyage.

Il attrape un des objets dans la caisse. C'est un disque d'une cinquantaine de centimètres de diamètre, la face vierge et entouré de chaque côté d'une tige de métal. Il le pose sur les tréteaux, cachant la vue de la table à quiconque et, avec douceur, fait tourner l'objet. Sur celui- ci apparaît le dessin d'une cage.  

Les yeux de Léandre se figent, l'âme déstabilisée. Il connait cet objet, plonge dans sa mémoire lointaine pour déterrer ce souvenir de doux Hiers. Un thaumatrope. Qui, très vite s'immobilise sur sa tranche, à plat, découvrant la table à présent ornée d'une cage identique à celle du dessin.

Premier applaudissement de la foule. Le spectacle continue.  
Pourtant l'Albatros lui n'a pas applaudit. Il n'as pas eu le temps, perdu dans ses souvenirs d'enfant.
Un thaumatrope... Un thaumatrope cage-oiseau ensuite et l'oiseau de chair dans la cage de fer qui prend la suite. La Colombe qui s'envole par la porte ouverte et rejoint l'épaule de son maître.  
Léandre cette fois sourit. Il applaudit. Tous applaudissent. Temps de pose infime pour l'artiste qui, sous une esquisse de contentement, continue sa valse des illusions.

Ses mains se lient sous une ombre chinoise et de la tâche d'obscurité du rideau blanc, née un merle qui vient se poser à côté de son opposé blanc.
La procession des tours se poursuit. Un ours en peluche solitaire retrouve sa demie caché par un tour de disque, un vase vide fleurit derrière le thaumatrope.
C'est un jeu d'apparitions répétitif que Léandre trouve poétique et devant lequel les enfants s'émerveillent sans lassitude.

Vient ensuite l'ouverture de la mallette de magicien, aux outils chinés par manque d'argent et repeints pour leur donner une seconde vie.  Tout y passe, folklorique, colorés et joyeux: le tambourin aux foulards, la tasse aux confettis, les pièces qui se multiplient des oreilles d'un bambin qui se croit soudainement riche, les jeux de cartes habiles avec les petits assistants ahuris .  

L'Albatros est serein, transporté par les rires, étrangement heureux, enfant presque redevenu.  Sous les illusions, ses lèvres se découvrent sur un sourire de dents blanches, enthousiaste et émerveillé, un de ceux qu'il n'affiche jamais par pudeur. Qui s'efface quand Léandre croit voir Antoine le fixer dans le public.
A l'Ami, l'Albatros fait un geste discret de tête, le visage fendu par un sourire timide, de convenance. Il applaudit. Tous applaudissent et le spectacle s'achève.

Retombe le rideau sur l'enfance et ses sourires d'innocence

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Antoine Dastre
avatar
Réfractaires


Mails : 404
Surnom : L’illusionniste.
Emploi/loisirs : Agent infiltré d'Exovedat chez les réfractaires, écrivain, orateur, magicien.
Portrait robot : - 37 ans.
- Fumeur.
- Grand lecteur.
- Parle très lentement car réfléchi ses mots.
- Adore le théâtre.
- Vouvoie tout le monde.
- ENFP "Inspirateur"
- Semble désespérément attiré par les causes perdus comme les artilects et Léandre.




C'est un spectacle dont Antoine est plutôt fier. Il n'y a pas eu d'erreur grossière, pas d’exubérante maladresse. La confiance s'était installée, et, avec elle, la qualité du numéro d'illusions. Les minutes avaient filé comme les les objets sous les yeux des spectateurs et la fin arriva si vite qu'Antoine aurait presque aimé s'excuser de ne pouvoir les divertir plus longtemps. Mais les excuses ne valent rien lorsque l'on s'est donné de tout son coeur et que son public applaudit la performance.

Dans le public, Léandre est toujours là. Antoine aime ce sourire poli et satisfait qu'il lisait sur son visage, et aime encore plus voir ses mains s'agiter pour récompenser son travail. Il semblait avoir aimé cette soirée ; Antoine espérait qu'il l'avait aimé, qu'il ne feignait pas, qu'il ne mentait pas. Antoine était le seul autorisé à mentir. Telles étaient les règles du jeu ; mais peut-être aurait-il fallu que Léandre sache qu'ils jouaient. Un jour, peut-être, Antoine le lui dirait. Pas ce soir. Ce soir Antoine savourait sa victoire, le plein accomplissement de son objectif ; et le reste n'importait que peu.

La salle se vite aussi prestement qu'elle s'est remplie, et les silhouettes d'inconnus franchissent la porte pour disparaître dans les rues de Montréal. Certains s'attardent et viennent serre une main ; celle du magicien, qui aux grands rêves des enfants de suivre sa voie, rétorque qu'il leur faudra se doter de patience et de passion. Antoine ébouriffe une touffe de cheveux, offre un sourire, clame un au revoir. Puis, la salle vidée de son public, il s'en retourna récupérer ses affaires.

Antoine rassembla rapidement ses effets, passa son manteau sur ses épaules, et sortit par cette porte arrière à laquelle il avait retrouvé Léandre avant le début de la représentation. Il ne lui avait pas donné rendez-vous à la sortie, mais cela lui paraissait être une évidence. Il le chercha, rapidement, dans les alentours de la salle, et l'ayant rejoint, plaqua une main sur son épaule. Un remerciement silencieux pour sa venue et son enthousiasme.

Il y avait un banc inoccupé non loin de l'entrée, et Antoine après le spectacle debout n'était pas contre un peu de repos. Muré dans son habituel silence de réflexion, il s'approche, s’assoit, observe Léandre. Des mots lui venaient, mais n'étaient pas les bons. Antoine prit encore un peu de temps pour les peser et faire le tri, puis quand tout fut en forme, dit :

"- Mon père n'a jamais daigné assister au moindre de mes spectacles. Ni à mes débuts, ni aujourd'hui. J'imagine qu'il ne peut pas s'abaisser à fréquenter ce genre d'endroit."

Dans un geste machinal, Antoine chercha dans sa poche cigarettes et briquet. Absents. Il laissa sa main à l'abri du froid, mais ferma le poing de contrariété. Il ne se sentait pas de quémander à nouveau, mais n'aimait pas ce vide entre ses doigts.

"- Votre présence ce soir vous rend plus important à mes yeux que ma propre famille. Je ne peux garder de l'affection pour ceux qui rejettent ce que j'aime."

Pour ne pas dire, ce qu'il était. Antoine chassa, encore et toujours, l'image du regard froid de son père, et cette question qui le brûlait de savoir si Léandre connaissait ce regard, partageait ce même souvenir, de son propre père.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Léandre Luissier
avatar
Réfractaires


Mails : 511
Double-compte : Georges Adams/logan Duval
Surnom : L'albatros
Emploi/loisirs : porte-parole d'Espérancia/ magistrat
Portrait robot : - psychologie basée sur l'obéissance
- Très anxieux. Lévres en piteux état, fume.
- prêt à tout pour être enfin reconnu et aimé par sa famille
- incapable d'aimer autrui et soi-même
- conservateur trés croyant
- pense que les androides sont des créatures déviantes
- belle âme au fond qui attend son envol
- homosexuel refoulé
- espére un jour être soigné
- attiré par Antoine Dastre

- Juge en DarkSlateBlue







Dreaming of you Cigarettes after sex


Le spectacle est fini. La salle s'est vidé et Léandre est resté. Il est retourné devant l'entrée des artistes et il a attendu. Antoine est arrivé. C'est leur troisiéme rencontre en ce début de soirée. Les mots et les regards s’enchaînent toujours avec cette fluidité étrange, en équilibre sur le fils des non-dits et des silences bavards.
Antoine parle. De son père. Toujours et unique figure parentale à croire que sa mère n'est qu'une ombre dans le schéma familiale.
Antoine cherche. Une cigarette inexistante qu'il enferme dans son point clos; dans sa poche vide.
Léandre ne dit rien de ce geste vain. Il l'ignore, maitre dans la pudeur des convenances.

- Il est dommage que votre père n'ait jamais voulu assister au moindre de vos spectacles. Il se serait rendu compte alors qu'aucun labeur n'est vain et qu'il peut en ressortir de surprenantes splendeurs.

Il glisse à son tour sa main droite dans sa poche, effleure du bout des doigts son paquet de cigarettes et son briquet.

L'utilisation du thaumatrope était d'une grande poésie. J'ai beaucoup aimé.

Sur la déclaration, il attrape une cigarette dans le paquet, la sort, coincée entre son index et son majeur, et la tend légèrement vers le magicien.

"Cela a du vous manquer non?  "

Depuis que l'Albatros connait l'Illusionniste, celui-ci est entouré d'un parfum de cigarettes, signature encrée sur sa peau et ses vêtements et qui fait qu'il est si pleinement lui.

Aujourd'hui néanmoins, il n'est pas enveloppé de cette odeur si personnelle. Léandre l'a de suite remarqué quand ils se sont vu avant le spectacle.

Antoine devait éviter de fumer avec son habit de représentation, question de ne pas sentir le tabac froid face aux enfants. L'idée l'avait fait sourire intérieurement, attendri par l'attention dont pouvait faire preuve l'Illusionniste envers son jeune public, étrangement dérangé par le fait qu'il cachait alors une part si grande de son identité.


En réponse au hochement de tête approbatif du magicien face à la cigarette, l'Albatros, sort son briquet, enflamme le tabac  et laisse glisser son bien entre ses doigts, suit du regard son parcourt de la main d'Antoine à ses lèvres avides de nicotine   Vision à l'apaisante accoutumance. Homme-fumée, Antoine-cigarette.

"Je vous payerais le lavage de votre costume si celui-ci sent le tabac. C'est le moindre que je puisse faire, moi qui vous encourage à fumer malgré votre volonté timide de ne pas le faire ainsi habillé."

Esquisse complice, une de celles qui montrent que l'on connait l'autre; qu'on l'a percé à jour, transperçant en écho sa propre carapace.
Léandre est attentif à Antoine.
Il a compris sans mot, par l'acuité de l'observation muette.

Léandre aime l'odeur de tabac.
Il ne fume pas néanmoins ce soir et  le regard ailleurs, perdu même peut-être, se contente d'observer son pair le faire.

Léandre aime les lèvres ourlées de fumée.
Il se grise de silence le temps d'une bouffée vaporeuse pour ensuite casser l'hors-temps d'un oeil aiguisé sur sa montre.  
Vingt heure quarante-sept. Treize minutes avant son rendez-vous.
Léandre aime être ponctuel.

"Par où repartez-vous? Je repars à pied pour ma part. J'ai rendez-vous entre les chemins de fer et la berge pour le projet "une nuit avec les SDF" . Je ne sais si je vous en ais déjà parlé.  "
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Antoine Dastre
avatar
Réfractaires


Mails : 404
Surnom : L’illusionniste.
Emploi/loisirs : Agent infiltré d'Exovedat chez les réfractaires, écrivain, orateur, magicien.
Portrait robot : - 37 ans.
- Fumeur.
- Grand lecteur.
- Parle très lentement car réfléchi ses mots.
- Adore le théâtre.
- Vouvoie tout le monde.
- ENFP "Inspirateur"
- Semble désespérément attiré par les causes perdus comme les artilects et Léandre.




Antoine ferme brièvement les yeux et se remémore ce passage de son spectacle où il use de ce thaumatrope. Il se demande l'aspect qu'il revêt du point de vue d'un spectateur, lui qui n'est que l'artiste, et tout en se souvenant de ce même numéro employé par son mentor, il espère avoir réussi à le rendre aussi beau que le sien. C'était l'un de ses favoris. L'un de ceux qu'il avait le plus eut à coeur d'améliorer et d'intégrer à son spectacle. Tromper les yeux d'autrui était sa prédilection. Pas besoin de magie, d'agilité. La science agissait seule. Antoine n'avait jamais été un grand physicien, mais l'optique avait toujours attiré sa curiosité, parce que son métier se basait finalement sur sa capacité à berner les sens et la raison. Antoine rouvrit les yeux, exposa sa réponse.

"- Je suis ravi qu'il vous ait plu. Il faut bien qu'un peu de mon âme de poète se retrouve dans mes numéros. Tout comme un peu de mes numéros se retrouvent dans mes poèmes."


Antoine aurait pu développer, dix ans, mille ans, sur les arts qu'il pratiquait, mais la vue de cette cigarette, son poids, son odeur, chassèrent ses pensées comme un coup de vent inattendu. Son parapluie imaginaire s'était retourné et le laissait trempé. Antoine sourit à Léandre en remerciement timide, et après l'une des plus grandes inspirations de sa vie, ferme les yeux un bref instant, et teinta sa voix de taquinerie.

"- Vous êtes attentif à mes besoins. C'est mignon."

L'odeur n'importait plus. Le spectacle était fini. Il aurait le temps de laver sa tenue avant le prochain, d'effacer le parfum latent de tabac, pour ne pas empoisonner ces jeunes enfants comme il s'empoisonnait lui-même.

"- Espérons que vous serez aussi attentif envers votre épouse que vous ne l'êtes envers moi," ajouta-t-il dans un rire léger et fragile.

Antoine se tut pour consommer à nouveau de ce tabac enivrant, inspire, goûte, et laisse les cendres tomber aux pieds du banc. Il s'imbibe et rêve d'un verre d'alcool fort pour accompagner le tout, et comme toujours finit par se glisser la culpabilité. Elle lui intime d'écraser cette cigarette, de jeter les autres à l'eau, de ne plus se laisser tenter. Il n'a pas besoin de tout ça, ça ne lui apporte rien de bon. Antoine le sait, mais Antoine a intégré la cigarette à son essence et ne sait plus comment s'en passer.

"- Parlez-moi de ce projet," demanda Antoine en fixant les braises. "Il semble intéressant."

Et il leva la tête vers le ciel obscurci par l'heure et s'imprégna de cette ambiance calme et placide. Le silence après l'effervescence de l'art, la cigarette, l'ami, la brise et la nuit. Le poète apprécie ce tableau.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Léandre Luissier
avatar
Réfractaires


Mails : 511
Double-compte : Georges Adams/logan Duval
Surnom : L'albatros
Emploi/loisirs : porte-parole d'Espérancia/ magistrat
Portrait robot : - psychologie basée sur l'obéissance
- Très anxieux. Lévres en piteux état, fume.
- prêt à tout pour être enfin reconnu et aimé par sa famille
- incapable d'aimer autrui et soi-même
- conservateur trés croyant
- pense que les androides sont des créatures déviantes
- belle âme au fond qui attend son envol
- homosexuel refoulé
- espére un jour être soigné
- attiré par Antoine Dastre

- Juge en DarkSlateBlue







Dreaming of you Cigarettes after sex


C'est un remerciement étrangement acerbe qui éclot de la bouche du magicien quand il se saisit de la cigarette offerte par Léandre.
[...]C'est mignon... Espérons... [...]
L'Albatros se froisse légérement du vocabulaire employé en son égard et le ton neutre et posé, réplique.

""Il  n'y a rien de mignon là dedans. Il est moralement normal d'être attentif envers ses proches. Qu'ils soient ami ou épouse. "

La réponse est cartésienne. Elle semble convenir à l'Illusionniste qui, muet, la laisse se dissiper dans le silence, accompagné d'un volute de fumée.

Bouffée.

Léandre reprend. La plaie de son orgueil blessé s'est refermé, presque aussitôt à croire qu'il ne peut pas rester contrarié face à la quiétude si profonde d'Antoine .  

"Quand au projet, le principe est simple. Il est de passer une nuit dans le camps de SDF du centre-sud pour pouvoir ensuite raconter cette expérience à travers une série d'articles et de discours prononcés lors de la fête de l'Assomption. C'est un projet que l'association a monté pour sensibiliser les paroissiens de Montréal de la difficulté de conditions de vie de ces gens."

Il sourit légèrement, presque amusé.

""Pour la première fois de ma vie, je vais donc dormir sous une tente, entouré de toxicomans et de dealers de drogue. De ces même gens que je juge tout les jours, protégé derrière ma fonction."

L'esquisse sur ses lèvres s'est estompée à cette dernière image.

"Au début, mon père m'a dit que j'étais déraisonnable et ne souhaitait pas que j'y aille par moi-même . Néanmoins, j'ai tenu à le faire. Cela fait des mois que je travaille sur ce dossier et il m'aurait semblé hypocrite et lâche d'envoyer quelqu'un d'autre sur place.

Demi-temps de silence. Vingt heure cinquante-et-un.

"Il faut parfois avoir le courage d'ouvrir les yeux sur ce que l'on ne préférerait pas voir.  L'homme ne peut pas se bercer éternellement d'illusions."
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Antoine Dastre
avatar
Réfractaires


Mails : 404
Surnom : L’illusionniste.
Emploi/loisirs : Agent infiltré d'Exovedat chez les réfractaires, écrivain, orateur, magicien.
Portrait robot : - 37 ans.
- Fumeur.
- Grand lecteur.
- Parle très lentement car réfléchi ses mots.
- Adore le théâtre.
- Vouvoie tout le monde.
- ENFP "Inspirateur"
- Semble désespérément attiré par les causes perdus comme les artilects et Léandre.




Léandre compliquait inutilement les choses, les émotions, les mots. Il pouvait se débattre, l'avis d'Antoine ne flanchait pas. Être attentif envers ses proches, pour reprendre ses mots, était mignon. Tout le monde ne se donnait pas cette peine. Son père ne s'était pas donné cette peine. Sa mère avait vite abandonné cette peine. On était attentionné envers les personnes qu'on aimait, auxquelles on accordait de l'importance. Antoine n'était pas le genre de personne qui négligeait ces gestes.

Le projet de Léandre n'étonna pas beaucoup Antoine. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre que Léandre, en dépit de défauts coriaces, était une personne altruiste. Plus qu'Antoine. Il ignorait si l'altruisme de Léandre était aussi égoïste que le sien, aussi paradoxale soit cette conception, mais elle était dans tous les cas plus flagrante. Léandre était un engagé, après tout. Antoine était une discrète ombre derrière lui ; une ombre ramassée par ce même altruisme. Antoine était une conséquence des actions de Léandre, en quelque sorte.

L'idée d'imaginer Léandre traîner au milieu de ce genre d'individus n'en restait pas moins cocasse, cependant. Tiendrait-il le coup ? Il était fort à sa façon, Léandre, mais Antoine doutait qu'il soit réellement enclin à gérer la possible agressivité d'un homme en manque, ou à l'esprit un peu trop haut. Peut-être faisait-il erreur. Antoine lui-même n'avait jamais apprécié ce genre de fréquentation, en dépit de sa jeunesse. S'il avait toujours eut un penchant prononcé pour l'alcool, il était resté sa seule ivresse. La drogue était restée aussi loin de lui que faire se pouvait ; ses amis de l'époque, en revanche, s'y adonnaient parfois. Des personnes dont Antoine finissait pas se lasser, se souvenait-il.

"- J'avais cette connaissance, il y a longtemps," entama Antoine en achevant sa cigarette, "qui était de bonne conversation et d'humeur légère. Cette personne a abusé de ce qui était à sa disposition et je l'ai fuis. Je n'ai pas cherché à l'aider. Sa présence m'écoeurait."

Peut-être, à cause de cette absence de soutien, était-elle morte d'une overdose. Peut-être s'était-elle tournée vers d'autres personnes. Peut-être s'était-elle lassée. Antoine ne le saurait jamais, et ne ressentait pas le besoin de savoir. C'était un autre temps, un autre état d'esprit. Pourtant, aujourd'hui, il adopterait certainement le même comportement. La drogue n'était pas une cause perdue pour laquelle il voulait lutter. Les addictions, on les combattait soi-même. Il était bien placé pour le savoir, avec ce mégot entre ses doigts.

Antoine se leva du banc et écrasa les restes de sa cigarette. Il inspira lentement l'air frais de la soirée, puis entama quelque pas. Vers où Aucune idée. Il n'avait pas de destination. Il se contentait de remonter la rue, présumant que Léandre le suivrait, et garda le silence le temps nécessaire à ce qu'il réfléchisse aux mots de son cadet.

"- Dire à un illusionniste de ne pas se bercer d'illusions est plutôt comique, Léandre." Ses mains allèrent rejoindre ses poches. Ses doigts refroidissaient. "Je me berce, me nourris, vis d'illusions."

Et au delà du comique, il y avait l'hypocrisie. Ouvrir les yeux ? Il aurait pu le faire quelques jours plus tôt, lorsqu'ils avaient discuté de ses moeurs légères. Antoine se souvenait du ton de la conversation, de la fermeture de Léandre. Quelque chose le dérangeait dans sa fréquentation ponctuelle des hommes. Quelque chose le dérangeait dans son ouverture d'esprit, et c'était là bien ironique. Antoine garda la réflexion pour lui. Il n'avait pas envie de se battre, ce soir. Il avait vendu du rêve, ce soir, et c'était déjà bien assez.

"- J'ai déjà dormi dehors, certaines nuits, lorsque j'étais jeune." Très jeune. Un adolescent, un début d'adulte. "Je ne voulais pas rentrer à la maison. Entendre les reproches, les jugements et les obligations. Je passais la soirée dans je ne sais quel bar, laissait mes aînés acheter mes boissons. Je buvais souvent plus que de raisons. D'autres fois, j'étais celui encore assez sobre pour les raccompagner chez eux. Je n'avais jamais le courage de leur demander de me prêter un lit. J'avais trop de fierté. Alors j'errais dans la rue et parfois, somnolais sur un banc ou assis sur le palier d'une porte, pour attendre le petit matin."

Antoine n'avait jamais livré cette histoire à Léandre, de mémoire. Il évitait, généralement, d'évoquer les aspects les plus pathétiques de sa jeunesse. Il avait été le fils décadent qui avait couvert sa famille de honte. Il avait été l'alcoolique, le fêtard, le zonard, l'arrogant. Il avait été beaucoup de choses qui s'étaient apaisées avec le temps. Pourtant, tout était encore là, juste plus sourd. Antoine buvait toujours, veillait tard, marchait le soir, restait précieux. On ne se changeait pas totalement, même en vieillissant.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Léandre Luissier
avatar
Réfractaires


Mails : 511
Double-compte : Georges Adams/logan Duval
Surnom : L'albatros
Emploi/loisirs : porte-parole d'Espérancia/ magistrat
Portrait robot : - psychologie basée sur l'obéissance
- Très anxieux. Lévres en piteux état, fume.
- prêt à tout pour être enfin reconnu et aimé par sa famille
- incapable d'aimer autrui et soi-même
- conservateur trés croyant
- pense que les androides sont des créatures déviantes
- belle âme au fond qui attend son envol
- homosexuel refoulé
- espére un jour être soigné
- attiré par Antoine Dastre

- Juge en DarkSlateBlue







Les paroles de l'Albatros ont éveillées chez l'Illusionniste de tristes images d'archives, clichés d'hier que l'on ne dévoilent que dans l'intimité des amitiés profondes. Peut-être Antoine a-il même honte de ce passé car il s'éloigne, songueur, mets en place la course mécanique des pieds pour enclancher celle des mots.
Il parle alors d'illusions. " Il s'en berce, nourrit, vit " mais Léandre objecte dans sa raison : Il n'est pas questions d'illusions mais de rêves car le magicien connait trop la vie pour se laisser berner par des images plaquées d'or et de lumières.
Antoine parle de lui adolescent, et Léandre ne sait que répondre. Un instant, il regrette de l'avoir suivi, d'avoir pris la rue avec lui. Un silence d'une dizaine de secondes s'installe puis l'Albatros trouvent ces mots. Ceux qui sont évidents.

"-Ce passé est derrière vous." L'indifférence, le dos tourné face à la détresse muette de l'âme qui se perd dans la drogue. Les nuits vagabondes, l'alcool, la fuite. " Vous n'étiez alors qu'un enfant, un début d'adulte qui cherche la voix qu'il doit emprunter. Ce n'est une période glorieuse pour personne." Celle de Léandre n'a été en rien plus lumineuse, entachant encore son corps et son esprit de stigmates sombres, frissons de dégout sur son épiderme.

"Dieu vous a pardonné ces conduites et les pardonnera encore si elles doivent encore avoir lieues " Sourire rassurant. " Et si un jour vous avez besoin d'aide, je serais là en temps qu'ami. Considerez-moi, je vous en prie, comme un frère de coeur. " Demie-mesure de battement, "Je sais que vous n'aimez pas la notion de famille mais, même celle de sang vous a rejeté, il est toujours bon d'en avoir une pour pouvoir s'y appuyer en cas de chute. Elle est notre béquille.  "

Léandre veut être cette béquille, être là pour Antoine comme Antoine est là pour lui. Il veut se taire à ses côtés quand aucune pensée, aucun mot ne peut soigner, que seul la présence compte. Il veut dire par le silence " tout ira bien, tu n'es pas seul." Je suis là, et rien que le fait d'être là est déjà si important.
L'esquisse bienveillante disparait sur les lèvres de l'Albatros, remplaçé par un coup de pinceau plus sec.

"Et ne dites pas que mon attitude est mignonne je vous en prie. Elle est normale. Chacun devrait se comporter ainsi, qu'il soit paient ou chrétien. "
Personne ne devrait être seul, qu'il soit pécheur ou saint.
C'est ce que pense Léandre qui jette un éniéme coup d'oeil sur sa montre et fronce les sourcils. Vingt heure cinquante-sept. Il va être en retard et doit se dépécher s'il ne veut pas dépasser 10 minutes après la carillon de cloches de 21 heures.

" Mon ami, je suis désolé de vous laisser si subitement mais je suis déjà en retard et vais donc vous quitter sur l'instant. Vous voir sur la scène m'a procuré un grand plaisir et j'espère que cela pourra à l'avenir se reproduire".

Il tend la main vers l'Illusionniste. C'est l'heure des "au revoir".

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Antoine Dastre
avatar
Réfractaires


Mails : 404
Surnom : L’illusionniste.
Emploi/loisirs : Agent infiltré d'Exovedat chez les réfractaires, écrivain, orateur, magicien.
Portrait robot : - 37 ans.
- Fumeur.
- Grand lecteur.
- Parle très lentement car réfléchi ses mots.
- Adore le théâtre.
- Vouvoie tout le monde.
- ENFP "Inspirateur"
- Semble désespérément attiré par les causes perdus comme les artilects et Léandre.




Les sermons de Léandre sont de ces discours pieux qui glissent aux oreilles d'Antoine comme le flux d'une rivière. C'est un flot de parole doux et constant, une rengaine, quelque chose de répétitif que l'on écoute le soir avant de s'endormir : une berceuse. Au début, Antoine était tiraillé par le rejet. Lorsqu'il connaissait encore peu Léandre et était martelé par l'idée de le traîner vers le fond, il s'était fatigué de cette piété et de ce faux réconfort. Avec le temps et la découverte de l'autre, ces mots avaient pris un tout autre son, plus délicat, mieux accordé. Un changement sourd et discret qu'Antoine n'avait pas manqué de remarquer, et s'il n'avait pas craint l'impolitesse, il aurait fermé les yeux pour l'écouter.

Antoine accepta la main tendue de Léandre. Paume contre paume, la tradition était de la secouer avec énergie pour se saluer. Antoine garda sa main figée, mais, imperceptiblement, son index et son majeur allèrent frôler l'intérieur du poignet de Léandre. Un geste aussi discret que le changement de perception, quelque chose que l'on pouvait facilement méprendre pour une erreur de gestuel, mais qu'Antoine, lui, savait volontaire.
Sa main se fit plus franche et vint saisir le poignet de Léandre. Sur ce même poignet, sur ces poignets d'homme, il avait autrefois vu des marques. Sur ses poignets à lui. Il avait eu l'habitude de noter les jours ; les jours passés sans toucher à la cigarette, sans toucher à l'alcool. Des échecs cuisants, et des traces qui disparaissaient sous la douche.

Il n'y avait jamais eut de trace pour la drogue.

"- A vous entendre, Léandre, Dieu pardonne tout." Antoine prit une grande inspiration. "Il pardonne mes vices, mes erreurs, mes récidives et mon absence de remord. On dirait même qu'il pardonne ce que vous exécrez en moi."

Antoine parlait de sa bisexualité. Antoine parlait de ses moeurs légères. Antoine parlait de son manque de piété. Antoine de parlait de n'importe laquelle des choses, qu'il ignorait ou dont il avait conscience, qui éloignaient Léandre de lui.

Antoine tenait toujours le poignet de Léandre dans sa main ; et son regard était rivé sur leurs membres liés.

"- Parfois, il me semble que vous tentez de lui ressembler. A Dieu." Antoine leva ses yeux vers Léandre. Il cherchait un contact, une porte sur ses pensées. "Vous m'écoutez, me pardonnez tout, me donnez une seconde, troisième, centième chance. Vous avez sa gentillesse et sa miséricorde, et plus, sans doute."

Antoine serra le poignet légèrement plus fort. Rien qui ne puisse le blesser. L'image de sa propre peau marquée par le passer dansait encore quelque part derrière ses yeux.

"- Mais vous n'avez pas son omnipotence. Vous ne pouvez avoir la force de pardonner, aider tout le monde. Sachez doser votre générosité."

Il aurait certainement dû se montrer plus explicite. Il aurait dû être moins énigmatique et se faire clair. Il aurait dû dire qu'il évoquait son activité de ce soir ; qu'il désapprouvait ce projet à corps et à cris. Peu importait la pauvreté, peu importait la misère que Léandre allait côtoyer. Peu n'importait pas cette drogue que Léandre avait évoqué, cette drogue qui circulait partout où des mains acceptaient de la transmettre.

Antoine avait tenté d'arrêter la cigarette et n'avait pas réussi. Antoine avait tenté d'arrêter l'alcool et n'avait pas réussi. Antoine avait touché la drogue, une fois, et en avait eu si peur qu'il l'avait fuit. Il avait compris combien il était faible devant elle. Il avait compris l'emprise qu'elle aurait sur lui. Il avait compris que ce serait sa troisième addiction, et sa plus forte de toute.

S'il la voyait du coin de l'oeil, elle serait la lueur dans la nuit dont l'insecte ne peut pas s'empêcher de s'approcher.

Antoine se décida enfin à lâcher le poignet de Léandre. Il serra enfin cette main avec la véritable volonté de le saluer, et lui adressa un de ces sourires discrets dont il avait l'habitude.

"- Si vous me revenez intact, Léandre, je continuerai de me livrer à vous. Vous faites une bonne oreille."

Les mains de l'illusionnistes disparurent dans ses poches ; et, à son tour, disparut dans la nuit. Il devait laisser Léandre se perdre là où lui-même n'avait pas envie de se perdre, et s'égarerait à sa place sur le chemin du retour.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Léandre Luissier
avatar
Réfractaires


Mails : 511
Double-compte : Georges Adams/logan Duval
Surnom : L'albatros
Emploi/loisirs : porte-parole d'Espérancia/ magistrat
Portrait robot : - psychologie basée sur l'obéissance
- Très anxieux. Lévres en piteux état, fume.
- prêt à tout pour être enfin reconnu et aimé par sa famille
- incapable d'aimer autrui et soi-même
- conservateur trés croyant
- pense que les androides sont des créatures déviantes
- belle âme au fond qui attend son envol
- homosexuel refoulé
- espére un jour être soigné
- attiré par Antoine Dastre

- Juge en DarkSlateBlue




Vingt-et-une heure moins trois. Léandre avait tendu sa main droite à Antoine pour qu'il la serre mais celui-ci ne s'en était pas saisi conformément à l'usage. Il l'avait attrapé, oh oui, mais s'était contenté de serrer entre ses doigts son poignet.

Il n'avait pas dit au revoir mais avait parlé de Dieu, de ses péchés, du pardon universel que Léandre prêchait. Il avait appuyé son regard sur le poignet prisonnier dans sa main et avait continué à parler, de Léandre cette fois, et ses paroles, ses yeux clairs sur lui, avaient ébranlé l'Albatros qui l'espace d'un instant, avait entre-ouvert la bouche sur une défense vaine.
L'Oiseau avait tenté de piailler quelques mots mais Antoine s'était tu l'instant suivant et avait relâché son prisonnier, serrant sous un dernier sourire sa main.

"- Si vous me revenez intact, Léandre, je continuerai de me livrer à vous. Vous faites une bonne oreille."

Sur cette dernière énigme, il avait disparu. Vingt-et-une heure sonnait et laissait Léandre seul, les bras ballants face à son incompréhension. Au détour d'un simple au revoir, Antoine l'avait perdu.
Il était évident d'une chose néanmoins maintenant : Il serait en retard.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
L'Archiviste
avatar
PNJ


Mails : 331


RP CLOS
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://exanthrop.forumactif.org
Contenu sponsorisé




Revenir en haut Aller en bas
 
Désillusions [Léandre]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» APRES LE PASSAGE D'ANDRE APAID
» souper andre fraikin
» souper sphaghetti andre fraikin
» Léandre d'Erac [Validé]
» Un geste d'humanité {Léandre de Vallombreuse & Benoît de Courtenvaux}

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Exanthrop :: Hors RP :: Archives :: RP Terminés-
Sauter vers: